Import et Export en RDC : guichet unique : un parfum d’escroquerie

 

Un document en circulation dans les cercles politiques et économiques de Kinshasa et dont notre confrère « Le Potentiel » a publié une copie dans son édition d’hier mercredi 06 février 2013 suscite une vive controverse au sein de l’opinion nationale. Il s’agit, selon les initiés, d’un projet d’implantation de «Guichet unique à l’import-export » ayant pour géniteur  un consultant qui promet monts et merveilles au gouvernement congolais.

 Entre autres avantages qu’il fait miroiter à tous, il y a la transparence dans les opérations liées aux importations comme aux exportations, ce qui devrait se traduire, selon son entendement, par l’accroissement substantiel des recettes dans les caisses de l’Etat et, par ricochet, l’amélioration du vécu quotidien du commun de Congolais.

En principe, Congolaises et Congolais devraient saluer un projet appelé à garantir la traçabilité des mouvements des marchandises au niveau aussi bien des points d’embarquement à l’étranger que de débarquement au pays. Mais, le hic se situe d’abord au niveau de la durée du projet de partenariat : 11 ans.

A en croire, le montage ficelé par le consultant, le projet générer des recettes de l’ordre de 612.284.000 dollars américains sur l’ensemble de la période.

Selon les projections de partage des dividendes, Webb Fontaine devait prendre 345.127.000 USD, les partenaires locaux 181.102.000 USD, les différents consultants 86.056.000 USD.

Lorsque l’on défalque ces différents montants de la recette totale, le constat à faire est que l’Etat se retrouverait comme le dindon de la farce, avec zéro dollar dans sa gibecière. A quoi bon, dès lors, aurait-il intérêt à s’engager dans un projet improductif pour lui?

Cela parait, aux yeux de certains, comme un piège qui risque d’enfermer le gouvernement congolais pendant plus d’une décennie, et dont la dénonciation éventuelle pourrait entraîner de lourdes pénalités, dans le pur style des « fonds vautours » de triste mémoire.

Ensuite, selon des experts qui ont eu à tourner et retourner le « business plan » dans tous les sens, celui-ci n’est pas sans rappeler une copie collée des partenariats conclus dans le passé par le gouvernement congolais avec la firme CTC ou Bivac. En clair, sous prétexte d’un contrat gagnant-gagnant, l’Etat congolais va en fait au-devant d’un contrat gagnant-perdant.

On rappelle, à titre d’exemple, que la CTC, après avoir pompé plus de sept millions de dollars américains à l’Etat congolais au nom de la rémunération de ses services, dont personne n’avait pu déterminer l’impact réel sur l’économie nationale, avait préféré se retirer sur la pointe des pieds. De même, un grand flou continue d’entourer l’exécution du contrat RDC-Bivac qui rapporte à cette firme la bagatelle de 250 millions de dollars américains chaque année. Entre-temps, les gains promis à la partie congolaise restent difficiles à évaluer.

Le « business-plan » sous examen fait penser aussi au réseau d’aviseurs qui travaillent en synergie avec les régies financières, mais dont les prestations sont taxées à hauteur de 60% des montants qu’ils recouvrent auprès des assujettis aux obligations douanières, fiscales, administratives, domaniales et autres.

Compte tenu des expériences malheureuses du passé, des observateurs expriment la grande crainte de voir de ce nouveau projet de guichet unique à l’import-export ne pas apporter au peuple congolais des dividendes escomptés sur le terrain de la lutte contre la pauvreté. Il serait malheureux qu’une fois de plus, les opérateurs économiques opérant dans le domaine des importations et des exportations entre le Congo et l’extérieur ne soient amenés à faire payer aux pauvres consommateurs la lourde facture que des taxes supplémentaires à générer par le nouveau système.

En fait, l’on n’est pas opposé à la modernisation de taxation des marchandises à l’import et à l’export. Ce que l’on souhaite est que tout le monde trouve son compte dans la nouveauté, à savoir le Trésor public congolais, les partenaires de l’Etat congolais et le consommateur congolais.

Si le « business-plan » ne fait pas sortir le binôme import-export des sentiers battus, il serait difficile au gouvernement de réussir le pari de l’amélioration du social de nos compatriotes et de la montée du Congo dans le carré fermé des pays émergents. Or, échouer dans le domaine du social, c’est porter un coup dur au Chef de l’Etat, Joseph Kabila, qui a fait du social un des défis majeurs de son second quinquennat à la tête du pays.

Dans un Etat où la corruption bat des records scandaleux et où les marchés publics sont souvent l’affaire des membres des institutions de la République ou de leurs commissionnaires, il y a lieu de se méfier du «business plan» qui pourrait cacher des «cadavres». C’est fort dommages que les caisses de l’Etat continuent de sonner creux, pendant que des particuliers sans scrupules s’enrichissent  sur le dos du grand nombre.

Aussi en appelle-t-on à la grande vigilance des experts congolais dans la relecture des termes de ce business-plan afin de ne pas hypothéquer les intérêts de la République. Avant de donner leur quitus à son endossement par les décideurs politiques, ils devraient s’assurer que le pays n’est pas embarqué dans une nouvelle aventure sans lendemain, que certains n’hésiteraient pas à taxer d’arnaque. S’il est établi que c’est le cas, il est souhaitable que le mécanisme de protection des intérêts vitaux de la Nation soit enclenché pour prévenir les dégâts.

Jacques Kimpozo

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