Ils ont refusé de parler…

La page de l’histoire des 50 premières années de notre indépendance est sur le point d’être tournée avec plusieurs zones d’ombre. Ses acteurs les plus connus ont un dénominateur commun : le refus de parler. Pourtant, en dehors du pays, des langues n’ont cessé de se délier, notamment sous le couvert de la prescription du caractère infractionnel des faits historiques liés à notre passé.

Des millions de Congolaises et de Congolais sont frustrés, à l’heure du cinquantenaire de la République, de ne pouvoir recevoir des informations de première main au sujet des événements politiques majeurs ayant émaillé l’histoire nationale. Quel Congolais n’aurait-il pas souhaité être correctement renseigné sur le scénario de la journée de l’indépendance, marquée par un discours sulfureux de Lumumba contre la Belgique et deux discours « réparateurs » du même orateur tenu le même jour devant le Roi Baudouin 1er ? Qui n’aimerait pas connaître la vérité sur le crime planifié contre le Premier ministre Emery Lumumba ?
Kasa-Vubu, Mobutu, Tshombe, Nendaka, Munongo, Kibwe, Ileo, Kamitatu…qui en savaient un bout ont quitté ce monde sans avoir osé lever le moindre pan de voile. Les survivants de cette tragédie, à savoir Mukamba et Bomboko affichent bouche et motus cousus.
La multitude continue d’attendre des éclaircissements sur les massacres de Bakwanga, de Kisangani ( sous les règnes du trio Gizenga-Gbenye-Soumialot et du RCD/Goma avec ses alliés rwandais et ougandais), de Bukavu, de Mutshatsha, de Kolwezi, de Moba (guerres de 80 et de 6 jours), le génocide Kasaïen ( l’UFERI de Ngunz et Kyungu), de Tingi-Tingi (AFDL), de Kenge (AFDL), de Mbandaka (AFDL), de Makobola (RCD), de Kasika (RCD-, d’Ankoro (FARDC), du Bas-Congo (Police Nationale Congolaise).

Le Commissariat général du Cinquantenaire avait suscité dernièrement beaucoup d’espoir chez de nombreux compatriotes, en annonçant l’organisation d’une journée de témoignages avec la participation de quelques pères de l’indépendance. Invités de luxe à ce rendez-vous, Bomboko, Gizenga, Gbenye et Bisukiro ont refusé d’apporter à leurs compatriotes des réponses impatiemment attendues depuis quatre décennies. Mais que ne savent-ils pas sur ce qui s’est passé au sommet de l’Etat congolais ou de leur Etat rebelle de Stanleyville !
Le mystère des assassinats de Masasu, Mzee Laurent-Désiré Kabila et Chebeya ne sera probablement jamais élucidé, compte tenu du flou enveloppant leurs dossiers judiciaires et de la non prise en compte d’indices et acteurs pouvant aider à la manifestation de la vérité.

L’Histoire avec des témoins indirects
La relecture de l’Histoire de la République Démocratique du Congo, entre 1960 et 2010, ne sera jamais le fruit de la participation de ses faiseurs mais plutôt l’œuvre des témoins indirects. Ses rédacteurs sont ceux qui ont entendu et lu, mais jamais ceux qui étaient au cœur des problèmes et des actions. La culture des « journaux personnels », des testaments, des mémoires, des manuscrits placés sous scellés pour renseigner la postérité n’existe pas chez les décideurs et opérateurs politiques congolais.
Chaque fois qu’un sous-fifre se risque sur le terrain de l’histoire, pour tenter d’en restituer un ou plusieurs épisodes sombres, il est systématiquement démenti par d’autres porteurs d’eau. Le mal des « héritiers » spirituels de ceux qui ont fait l’histoire du Congo, c’est soit de caresser leurs anciens maîtres dans le sens du poil, soit de les diaboliser comme il n’est pas permis, pour des mobiles liés à leur repositionnement politique par rapport au pouvoir en place.
Les Congolais de demain vont certainement être gavés des contre-vérités et affabulations concernant les différentes époques passées de leur patrie. Plus le temps va passer, et davantage les vérités qui auraient pu éclairer leurs mémoires vont s’éloigner.                      Kimp.

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