Hôpitaux et dispensaires : l’urgence méconnue en RDC !

une infirmière se prépare pour soigner un enfant soufrant de paludisme ce 22 mars 2011 dans un centre de santé à KinshasaLes malades amenés en urgence dans la plupart d’hôpitaux et centres de santé du pays, et les membres de leurs familles, ne cessent de se plaindre de la lenteur maladive qui a gagné le personnel soignant de la plupart de formations médicales. En effet, dans certains établissements sanitaires, tant à Kinshasa qu’à l’intérieur du pays, les agents administratifs chargés d’accueillir  les malades consacrent souvent le plus clair de leur temps aux formalités administratives et à la perception des frais à payer, avant même d’acheminer ces derniers auprès des infirmiers ou des médecins, se préoccupant ainsi moins de leur état de santé critique. Et pendant qu’ils s’attellent au prélèvement des identités, les malades abandonnés sur les brancards ou étalés sur des bancs, se tordant de douleurs ou roulant à même le sol, agonisent, faute de soins. Il est arrivé que ces malades qui respiraient encore à leur arrivée dans ces établissements sanitaires, finissent par rendre l’âme quelques minutes plus tard sans avoir reçu les premiers soins d’urgence.

         Que s’est-il passé au juste ? Les blessés conduits urgemment dans des hôpitaux étaient abandonnés sur des civières. Ils continuaient à perdre du sang, et leur situation déjà critique s’est empirée, à cause d’une prise en charge. La réalité est que personne ne s’est intéressé à ce genre des cas. Cela arrive souvent quand il s’agit des malades indigents et complètement démunis. Il en est de même des brûlés et des blessés qui ne disposent pas des trousses pour les sutures, la petite chirurgie et des frais pour la transfusion sanguine. C’est là un problème majeur d’éthique, comme il faudrait le souligner, maintes fois soulevé, et qui interpelle les responsables du ministère de la Santé.

         Pourtant sous d’autres cieux, face à un malade en état d’inconscience, ou un blessé agonisant, les agents chargés de l’accueil le conduisent en toute hâte vers la salle d’urgences. Et pour parer au plus pressé, on lui administre les premiers soins que requiert son état de santé préoccupant, et on tente de sauver ce qui peut l’être. C’est en ce moment critique et délicat que les urgentistes mettent leur expertise au service des patients et se débattent pour réanimer les patients en stimulant les fonctions vitales en veille. Et cela, souvent, avant de solliciter des examens particuliers à chaque type de situation médicale ou de pathologie constatée ou signalée au départ. Les litiges quant au recouvrement des frais de soins médicaux administrés, peuvent être réglés des heures ou des jours plus tard. La vie humaine étant sacrée, on lui consacre dès lors toute l’attention voulue. Et ailleurs, les urgentistes n’attendent pas le rappel des instructions déontologiques par les autorités sanitaires pour remplir leurs devoirs. Ils accomplissent leurs tâches avec dévouement et abnégation, sans se soucier de la poche du malade et de ce qu’il va payer demain ou le lendemain.

Pas de soins sans payer les frais exigés par les infirmiers

 

         Dans nos dispensaires et les hôpitaux, malheureusement, on est dans une planète du business. Priorité est accordée à la perception des frais de prise en charge. D’ailleurs, la première question que la plupart des agents administratifs posent avant l’admission du malade est celle de savoir, de combien il dispose pour le paiement de la fiche et les soins. S’il répond par la négative, personne ne s’occupe de lui. C’est à peine si le cas les intéresse. Il faut alors supplier les infirmiers préoccupés par d’autres cas, pour qu’ils viennent soigner par pitié. Et dès qu’un membre de famille friqué se présente, tous les agents vont se disputer le malade, chacun cherchant à plaire au membre de famille en proposant tel ou tel service pour les examens et la fourniture de certains médicaments qu’ils cachent dans leurs sacs à main. Cette différence de traitement, entre riches et pauvres, relance en effet, le débat sur la notion d’urgence qui ne fait pas des émules dans nos hôpitaux et centres de santé, et sur la responsabilité du personnel soignant en cas de décès par négligence ou refus d’assistance. D’autres interrogations passent à l’esprit. En RDC, y a-t-il une instruction d’ordre déontologique qui recommande aux agents administratifs d’exiger de l’argent avant de conduire les malades auprès des infirmiers pour les premiers soins ? Et face aux indigents, quelle est l’attitude prendre ? Quelle est dans notre pays, la valeur de la conscience professionnelle presqu’annihilée par l’esprit de lucre ? A première vue, la prise en charge dans nos hôpitaux paraît donc déplorable. Et il y a lieu que l’on s’y attelle en urgence pour tenter de trouver des remèdes à ce problème qui n’a que trop perduré. Le sujet a cessé d’être un tabou, pour devenir un problème de santé publique intéressant aussi bien les malades, les membres de familles, les autorités sanitaires que les juristes. Il devrait être mis sur la table pour être débattu sans gêne par les prestataires des services de santé et les bénéficiaires desdits services.

J.R.T.  

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