Guerre de l’Est : Kabila rejoue la carte du dialogue

 

L’on apprend, aux dernières nouvelles, que le M23 a finalement dégagé des villes de Goma et Sake le gros de ses troupes et de son matériel militaire. Ce qui constitue un signal positif dans la fouée de la décision des chefs d’Etat et de gouvernement de la CIRGL (Conférence Internationale de la Région des Grands Lacs) ayant décrété, lors de leur sommet du 24 novembre à Kampala, le retrait de cette rébellion du chef-lieu du Nord –Kivu ainsi que de ses positions à Sake ainsi que d’autres localités qu’elle occupait militairement depuis le 15 novembre 2012.

            Le départ du M23 de Goma et Sake étant l’une des conditions posées par le gouvernement congolais avant de se mettre à l’écoute de ce mouvement rebelle, l’on ne voit plus d’obstacle à la tenue d’un dialogue entre les deux parties. Il a été constaté que depuis le déclenchement de la nouvelle guerre de l’Est du Congo, les leaders tant politiques que militaires du M23 ne cessaient de réclamer des négociations directes avec Kinshasa, en citant nommément comme acteur incontournable de ce dialogue, le chef de l’Etat, Joseph Kabila.

            A un moment donné, tous les projecteurs de l’actualité étaient braqués sur ce dernier, car dans ses sorties médiatiques, il évoquait plusieurs pistes de sortie de crise : la diplomatie, le dialogue, le recours aux armes ou les trois à la fois. Il y a eu, à cet effet, plusieurs sommets, entrecoupés des cliquetis des armes au Nord-Kivu, jusqu’à l’escalade du 20 novembre 2012 qui avait conduit à la prise de la ville de Goma par le 23, solidement appuyé par l’armée rwandaise, entrée en action à partir de la ville voisine de Gisenyi.

Cette victoire militaire des rebelles semble avoir eu le don de réveiller les Nations Unies, l’Union Européenne, l’Union Africaine mais aussi la Conférence Internationale de la Région des Grands Lacs, qui ont condamné sans réserve la balkanisation programmée de la République Démocratique du Congo.

            En dépit de l’engagement du Chef de l’Etat congolais à écouter les rebelles et évaluer avec eux l’Accord du 23 mars 2009, il s’est établi une sorte de dialogue de sourds avec ce mouvement rebelle, qui se méfiait d’être mené en bateau après son retrait de Goma, Sake et ailleurs au Nord-Kivu. Pour le président de sa branche politique, Jean-Marie Runiga, et le patron de sa branche militaire, Sultani Makenga, la bonne foi du pouvoir en place à Kinshasa devait être testé à travers des négociations « inclusives » à organiser avant son désengagement des fronts militaires.

La voie du réalisme

            A présent que les armes se sont tues et que les choses commencent à rentrer à la normale à Goma, Sake et d’autres localités du Nord-Kivu, il y a lieu de noter que Joseph Kabila a choisi de rejouer la carte du dialogue, comme au lendemain de sa prise du pouvoir, dans un contexte de guerre et de partition de fait du pays. Cette option, on le lui concède, a le mérite de préserver des millions de vies humaines, des infrastructures, des fonds destinés à l’achat d’armes. La RDC pourrait, s’il n’y a pas d’agenda caché dans la démande du M23, fermer l’une des pages noires de son histoire. Chacun a en effet pu constater que l’option militaire, pleine d’incertitudes, notamment à cause de la présence, dans le camp du M23, d’ennemis sournois de la paix au Congo, a montré ses limites. Comme en 2002, au moment où le pays avait éclaté en plusieurs républiquettes tenues par le RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie),  le MLC (Mouvement de Libération du Congo), le RCD/N (Rassemblement Congolais pour la Démocratie/Nationalistes) RCD/K/ML (Rassemblement Congolais pour la Démocratie/Kisangani/Mouvement de Libération), Joseph Kabila a accepté de se faire violence en optant pour le règlement du conflit congolo-congolais autour d’une table.

            Cette démarche rejoint, à maints égards, celle largement partagée au sein de la classe politique congolaise et des organisations de la société civile. On dit, à ce propos, que Kabila a beaucoup consulté, en interne comme en externe, dans l’optique du dialogue futur avec le M23. S’il a eu à échanger avec le président Denis Sassou Nguesso du Congo/ Brazza ce week-end à Kinshasa, plusieurs de ses collaborateurs ont apporté ses messages à ses homologues africains tels que Edouardo Dos Santos d’Angola et Jacob Zuma d’Afrique du Sud. Mine de rien, en plus de la chaîne de solidarité née spontanément au niveau des Nations Unies et des pays occidentaux, l’Afrique est de cœur avec le peuple congolais dans la guerre de l’Est.

            L’on peut se réjouir, à ce stade, du refus de plusieurs partis politiques de l’opposition extra-parlementaire et des Congolais de la diaspora de se reconnaître dans les revendications du M23. C’est de bon augure pour la cohésion nationale et le désir de nos compatriotes de vivre dans un Etat souverain et pacifié, dans les limites territoriales héritées de la colonisation.

            Il est à souhaiter qu’à l’occasion de l’évaluation de l’Accord du 23 mars 2009, Joseph Kabila se montre le plus attentif possible aux aménagements à apporter au document, sans hypothéquer l’intégrité territoriale, l’indépendance nationale,  les textes légaux et les intérêts vitaux de la Nation. Si le dialogue envisagé avec le M23 peut apporter au peuple congolais une paix durable, ramener le Nord-Kivu sous l’autorité légalement établie, réconcilier nos compatriotes de divers horizons et opinions, mettre un terme aux pillages de nos ressources naturelles, stabiliser la RDC et la région des Grands Lacs, il y a lieu de le considérer comme un mal nécessaire.

            Toutefois, il importe de donner à ce dialogue un contenu de nature à ne pas énerver des millions de Congolais échaudés par le jeu malsain d’une rébellion instrumentalisée par le Rwanda et l’Ouganda, ni à heurter l’architecture institutionnelle en place.

            Cette voie de sortie de crise ne devrait pas, non plus, constituer une opportunité d’effacement des crimes à charge de certains ténors du M23 épinglés par la Cour Pénale Internationale (cas de Bosco Ntaganda) ou le Comité des Sanctions du Conseil de Sécurité ou encore le Sénat américain (cas de Sultani Makenga).

            Enfin, en attendant le dialogue Kinshasa-M23, les gestionnaires de la guerre de l’Est devraient tirer les leçons des erreurs de parcours commises (Accord du 23 mars, refus du débat  au Parlement, chasse aux sorciers) afin de mieux baliser le chemin de la paix.

Kimp

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