Gouvernement : Deux informateurs : cohésion menacée !

minaku-kengoLa République Démocratique du Congo baigne, depuis quelques jours, dans un environnement politique exceptionnel. Il s’agit de la présence, sur la scène, de deux « informateurs  informels de fait», chargés d’identifier les partis et personnalités membres de la nouvelle majorité présidentielle mais aussi les futurs ministrables. Constitutionnellement, pareille charge est dévolue à une seule personnalité, dont la mission, de courte durée, se termine par un rapport circonstancié destiné au Président de la République, qui a la latitude de le confirmer formateur ou non, mais aussi de désigner un nouvel informateur ou un nouveau formateur, avec comme point de chute, la Primature.

            Avec le scénario sous examen, avec le Président du Sénat, Léon Kengo, et son collègue de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, sur le champ de la collecte des données devant permettre au Chef de l’Etat de choisir, selon son pouvoir discrétionnaire, le futur formateur du gouvernement de cohésion nationale, il y a lieu de craindre que la cohésion tant recherchée ne soit qu’une vue de l’esprit. Car, au regard du clientélisme politique qui bat son plein au Palais du Peuple où les deux « informateurs » consultent sans relâche, le futur formateur du gouvernement et Premier ministre devrait être forcément leur « produit ». De même, les ministrables à confirmer à leurs postes par le futur patron de la Primature, devraient dépendre de l’arbitrage de Kengo ou Minaku.

Sous ce statut, le futur animateur de l’exécutif national ainsi que ses collaborateurs, bien que choisis en dernier ressort par le Chef de l’Etat, n’en resteraient pas moins moralement liés à leurs deux parrains. Dans ces conditions, un ministre ou un vice-ministre pourrait se sentir plus redevable, dans l’exercice de ses fonctions, aux deux « informateurs », qu’au chef du gouvernement.

            Un tel climat pourrait être source de conflits permanents au sein de l’Exécutif, dès lors que le futur Premier ministre, lui-même otage de ses parrains, aurait du mal à imposer son autorité au sein de l’équipe gouvernementale. Un ministre ou un vice-ministre pistonné par l’un des deux parrains pourraient croire ne pas avoir des comptes à rendre au Premier ministre, lui-même fragilisé dès le départ par le processus de sa désignation.

Mais si le chef du gouvernement et ses collaborateurs passent le plus clair de leur temps à se tirer à boulets rouges, au gré des intérêts de leurs « parrains », la conséquence directe d’un tableau serait l’impossibilité de cheminer vers la cohésion nationale. En effet, ce serait une utopie d’espérer réconcilier les Congolais si les gestionnaires des portefeuilles ministériels n’émettent pas sur la même longueur d’ondes que le premier d’entre eux. Ainsi donc, au terme des Concertations nationales ayant laissé sur le bord de la route plusieurs sensibilités politiques et organisations de la société civile, on risque de se retrouver à la case-départ, celle de la grande cacophonie au sein de la communauté nationale.

 

Kinshasa cherche à réinventer la roue

Au pays de Lumumba, où la classe politique cherche tous les temps réinventer la roue, le bicéphalisme de l’Exécutif national fut particulièrement remarqué sous le règne de Joseph N’Singa Udjuu, comme Premier Commissaire d’Etat, entre 1982 et 1983. Sous la baguette magique du maréchal Mobutu, qui adorait « diviser pour mieux régner », le défunt « Conseil Exécutif » s’était transformé en un monstre à double tête, avec d’un côté des « Commissaires d’Etat et Secrétaires d’Etat » ne recevant leurs ordres et ne rendant compte qu’au Premier Commissaire d’Etat N’Singa, et de l’autre, ceux qui ne reconnaissaient que l’autorité du Vice-Premier Commissaire d’Etat et Commissaire d’Etat à l’Administration du Territoire et Décentralisation, Félix Vunduawe Te Pemako. L’ex-Zaïre avait ainsi fonctionné, pendant presqu’une année, avec un Exécutif piloté par deux chefs diamétralement opposés, sous la supervision d’une même « Autorité morale », Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Za Banga, Président-Fondateur du MPR et Président de la République. Constat : le pays n’avait été autant mal gouverné que le mandat du duo N’Singa-Vunduawe. Pour faire le ménage et restaurer l’autorité de l’Etat, Mobutu dut faire appel à « l’homme de la rigueur », Kengo wa Dondo. Comme l’indique son sobriquet, l’ancien tout puissant Procureur Général de la République dirigea le gouvernement de main de maître, avant de tomber en disgrâce à l’aube de 1986, à cause du programme d’ajustement structure conclu avec le FMI Mobutu finit par décréter que la pilule était trop amère et que le « cheval était fatigué ».

KIMP

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