Goma sous la double menace du Rwanda et du M23 : la RDC victime des «Sommets»

 

La ville de Goma se trouve de nouveau, depuis le jeudi 15 novembre 2012, sous la double menace du Rwanda et du M23. Tout au long de la journée d’hier dimanche, de folles rumeurs de la présence, aux portes du chef-lieu du Nord-Kivu, des mutins et de leurs « alliés » rwandais circulaient dans tous les sens, semant un mouvement de panique dans les rangs de ses résidents. Mais, en fin de journée, le calme semblait revenir. On croit savoir que l’intoxication, la vieille recette qui a souvent réussi au régime de Kigali dans ses actions de déstabilisation de la République Démocratique du Congo, est de nouveau mise à contribution.

            Pendant que les FARDC, avec l’appui de la Monusco, se démènent pour faire échec au plan du Rwanda et du M23 de frapper un grand coup avec la chute de Goma, nombre d’observateurs constatent que la RD Congo est victime des « Sommets » à répétition qui lui faisaient miroiter la perspective d’un règlement politico-diplomatique du conflit armé du Nord-Kivu. Les autorités congolaises ont tellement placé d’espoirs dans les « résolutions » d’Addis-Abeba (Union Africaine), de Kampala I, II, III et IV (Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs), de New York (Nations Unies) et de Kinshasa (Francophonie) qu’elles semblaient avoir oublié l’essentiel : le maintien de la pression militaire sur le M23 et le Rwanda, son principal « parrain ».

            En sus des condamnations diplomatiques de l’appui de Kigali et de Kampala à ce mouvement rebelle, il y a eu des mesures en cascade de suspension de la coopération militaire ou économique entre plusieurs Etats d’Europe (Suède, Pays-Bas, Belgique) et d’Amérique (USA) avec le Rwanda. Il y avait aussi et surtout l’épée de Damoclès brandie par le Comité des Sanctions de l’ONU contre le Rwanda et l’Ouganda, formellement épinglés comme soutiens politiques, militaires, logistiques et financiers de la bande à Sultani Makenga dans le rapport des experts des Nations Unies.

            D’aucuns seraient tentés de taxer de naïve l’attitude des autorités congolaises, dans la mesure où, d’une part, aucune «  résolution» africaine ou onusienne n’a jamais cité le Rwanda ou l’Ouganda comme pays agresseur de la RDC, et, d’autre part, la fameuse « Force Internationale Neutre » appelée à faire le ménage à la frontière congolo-rwandaise parait mort-née.

            Bref, au jour d’aujourd’hui, avec le déclenchement de l’offensive du M23 sur la ville de Goma, chacun peut constater que la solution diplomatique, fondée sur le dialogue, direct ou indirect, avec le Rwanda ou le M23, a cruellement montré ses limites.

La paix au Nord-Kivu, un cadeau du Prince ?

            A considérer la manière dont le dossier sécuritaire du Nord-Kivu était géré jusque-là, avec la panoplie de contradictions entre l’appel du Gouvernement à la résistance et la chasse aux sorcières à Kinshasa et dans les deux Kasaï, très loin du front militaire, il y a à se demander si le retour de la paix au Nord-Kivu serait un cadeau du Prince. Le décor planté présentement par la diplomatie congolaise, après le paquet de « Sommets » alignés entre juin et octobre 2012, pourrait faire croire que le retrait du M23 des territoires occupés tomberait comme une manne du ciel, à partir de Kampala, Addis-Abeba, New-York, Washington, Bruxelles ou Paris, voire Kigali.

            Est-ce le fait de penser que le Rwanda ferait profil bas après toutes les accusations portées contre lui pour son implication dans la situation d’insécurité au Nord-Kivu qui aurait poussé l’Assemblée Nationale à refuser, comme la peste, tout débat autour de la question ? Tantôt, c’était le huis clos, sous prétexte qu’un déballage au Palais du Peuple contre les complices internes et externes de la guerre de l’Est risquait de compromettre les prétendues avancées diplomatiques entre le Rwanda et la RDC pour le règlement pacifique de la crise du Nord-Kivu. Tantôt, c’était un vote mécanique de la « Majorité » en faveur du ministre de la Défense, jugé à la hauteur de sa tache dans la gestion du dossier.

            La semaine dernière, alors que les bruits de bottes s’annonçaient de nouveau au Nord-Kivu, le Parlement congolais a brillé par une indifférence coupable envers la guerre de l’Est. Le Sénat a trouvé le temps de finaliser le Code du Travail tandis que l’Assemblée Nationale se concentrait sur le projet de Budget 2013, avec une préoccupation particulière pour les émoluments des députés, ainsi que sur une question orale sur les transports. Dans l’un et l’autre cas, le réchauffement du front militaire par le M23 semblait ne requérir ni l’intérêt, ni  l’urgence.

            L’homme de la rue est étonné de voir les animateurs et membres des institutions de la République se comporter comme dans un « Etat normal ». A Kinshasa, à Matadi, à Bandundu, à Mbandaka, à Kananga, à Mbuji-Mayi, à Kisangani, à Bukavu, à Kindu, à Goma comme à Lubumbashi, on semble occupé à « installer » au niveau des cabinets politiques, à se disputer des missions au pays comme à l’étranger, à s’acheter des villas ou des voitures, à s’entredéchirer autour des marchés publics, à régler des comptes aux présumés ennemis de la patrie, etc.

Un sérieux avertissement…

            Il est à souhaiter que le verrou placé par les FARDC et la Monusco pour barrer la route au M23 et au Rwanda ne saute pas. Toutefois, la relance des hostilités est un sérieux avertissement pour ceux des officiels congolais qui étaient convaincus que la trêve observée depuis trois mois ne serait pas violée.

La leçon à tirer de la duplicité rwandaise est que si la RDC veut la paix, elle n’a d’autre alternative que de ne plus se montrer distraite et de ne plus faire foi aux discours diplomatiques trompeurs. La mobilisation des moyens humains, financiers et matériels nécessités par l’état de guerre ne devrait devenir réellement prioritaire. Toutefois, tout ce qui est versé dans l’effort de guerre devrait obéir au principe de la traçabilité, afin d’éviter que la guerre ne devienne un gouffre à sous et une source d’enrichissement facile pour certains compatriotes.

            Parallèlement aux urgences de la résistance à l’ennemi, le cap devrait être sur la réforme de l’armée nationale, de manière à reconstruire un système de défense capable de faire passer la RDC du statut de l’Etat pleurnichard à celui du « gendarme » de l’Afrique Centrale et des Grands Lacs qu’elle fut dans les années ’70-80.                                       

Kimp

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