Goma : le temps des enchères

 

De folles rumeurs de la chute de la ville de Goma ont secoué Kinshasa tout au long de la journée d’hier. Mais, jusqu’au moment où nous mettions sous presses, cette ville était toujours sous le contrôle des FARDC, selon des sources officielles. La RTNC a même annoncé l’arrivée, au chef-lieu du Nord-Kivu, d’une délégation ministérielle venue de Kinshasa, via Bukavu, pour évaluer la situation du front militaire ainsi que les besoins humanitaires des milliers de civils contraints à l’exil intérieur.

Certaines sources indépendantes ont signalé la présence des rebelles du M23 dans la périphérie de la ville, à environ 3 Km, tandis que d’autres ont indiqué qu’elles étaient positionnées vers la localité de Kibumba, à une dizaine de kilomètres. A la lumière d’un front militaire où les lignes n’ont pratiquement pas bougé, l’heure est maintenant à la montée des enchères.

Le M23 exige des négociations

Tôt dans la matinée d’hier, un communiqué signé Jean-Marie Runiga, président de l’aile politique du M23, faisait état de la décision de ce mouvement rebelle d’observer une trêve dans l’attente des négociations directes avec le gouvernement congolais. Un ultimatum de 24 heures était même adressé au pouvoir en place à Kinshasa.

Dans leur nouveau cahier de charges, qui se veut une version améliorée de l’Accord du 23 mars 2009, les mutins exigent que les autorités congolaises annoncent officiellement, à la radio et à la télévision nationales, « l’ouverture des négociations politiques directes avec le M23 ». Parallèlement à ce round de pourparlers, ils en appellent à la « démilitarisation de la ville et de l’aéroport de Goma ».

A en croire certaines sources, Jean-Marie Runiga et ses compagnons revendiqueraient des postes ministériels, la réhabilitation des officiers du M23 dernièrement déchus de leurs grades et révoqués des FARDC, et leur maintien au Nord-Kivu, la vérité des urnes, le respect des droits de l’homme, la démocratie, etc. D’aucuns pensent que cette rébellion rêve d’une « prime spéciale » pour sa contestation des institutions de la République par les armes, à l’image des « composantes belligérantes » au Dialogue Intercongolais, notamment le MLC (Mouvement de Libération du Congo), le RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie), le RCD/N (Rassemblement Congolais pour la Démocratie/ Nationalistes), le RCD/K/ML (Rassemblement Congolais pour la Démocratie/Kisangani/Mouvement de Libération) et les Mai-Mai.

Kinshasa oppose un refus catégorique

Pour le gouvernement congolais, par la voix de son porte-parole, le ministre Lambert Mende des Médias, Chargé des Relations avec le Parlement et de la Nouvelle Citoyenneté, il n’est pas question de négocier avec les mutins, a-t-il confié à l’AFP (Agence France Presse). « Le M23 est une fiction mise en place par le Rwanda pour couvrir les activités criminelles chez nous… Et donc, nous ne discutons pas des ultimatums d’une fiction. Nous discutons avec la réalité de l’agresseur. C’est le Rwanda, et nous discutons à la CIRGL (Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs). Donc,  je ne ferai pas de commentaires sur ces propos du M23. Nous envisageons des discussions avec le Rwanda, qui utilise le M23 pour couvrir l’agression et échapper aux sanctions internationales.

C’est le but de cette dernière agression sur Goma : nous amener à désigner un autre agresseur, pour retirer cette épée de Damoclès de pressions internationales, qui vont certainement s’accélérer avec la fin du rapport du Comité des Sanctions des Nations Unies. C’est cela qui coûte toutes ces destructions auxquelles le Rwanda s’adonne», a-t-il martelé.

Le Rwanda prétend avoir été attaqué                                           

Lundi en fin d’après-midi, le chef d’état-major de l’armée rwandaise, le général Joseph Nzabamwita, a accusé l’armée congolaise d’avoir bombardé délibérément le territoire rwandais. L’action aurait été menée avec un tank et des mortiers. «Le Rwanda exerce pour le moment de la retenue», a-t-il déclaré.

Mais le porte-parole de la 8me Région militaire des FARDC, le colonel Olivier Hamuli, a démenti l’information. Selon lui, « aucun ordre de tir n’avait été donné en direction du Rwanda».

A l’analyse de ce présumé incident frontalier, les observateurs soupçonnent le régime de Kigali de chercher un prétexte pour entrer, à visage découvert, dans la guerre du Nord-Kivu, afin de ne plus avoir à se cacher. 

Jacques Kimpozo   

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