Goma : la stratégie de l’asphyxie

 

Ceux qui avaient salué la décision du gouvernement ougandais de fermer le poste frontalier de Bunagana dans l’espoir de priver les mercenaires du M23 des recettes de douane doivent se mordre les doigts. Car, la chute de Kibumba depuis dimanche dernier vient  aggraver la situation humanitaire de la ville de Goma qui se trouve ainsi à moitié encerclée et privée des sources d’approvisionnement en vivres et autres produits de première nécessité. Approvisionner cette ville par la voie de l’Ouest, notamment via Bukavu vers Uvira pour rejoindre le port de Kigoma en Tanzanie est uUne voie très longue et donc coûteuse dans la mesure où la route devant emprunter l’escarpement de Ngomo est minée par la présence des éléments irréguliers de ces différents groupes armés des MAI MAI. Les véhicules de transport des personnes et des biens ne peuvent passer que par la localité de Cyangugu au Rwanda pour atteindre Kamanyola via l’autre localité rwandaise de Bugarama. Connaissant la mauvaise foi des officiels rwandais, ce sera un véritable parcours de combattant pour les commerçants pour qui le temps est de l’or. Au regard de l’aggravation de la situation sur le terrain militaire, Il ne faudrait pas faire confiance aux autorités du pays agresseur, dont le cynisme constitue leur seconde nature. C’est ici l’occasion de condamner l’absence de vision politique et stratégique dans le chef des autorités congolaises qui n’avaient pas compris l’intérêt de la construction de la route de Lubarika via Lemera pour atteindre la plaine de la Ruzizi et le port d’Uvira sur le lac Tanganyika.

 Tout cela dans le territoire national pour éviter tout chantage éhonté que peuvent exercer les autorités du Rwanda. Sous d’autres cieux, l’on parlerait de haute trahison dès lors que la nation est prise en étau par des Etats dits voyous selon l’expression chère à l’ancien président américain Georges W. BUSH.

Tous les observateurs avertis avaient émis des réserves quant à cette décision de l’Ouganda de fermer le poste frontalier de Bunagana sous prétexte de priver les mercenaires du M23 des recettes douanières. Cette décision fait partie d’un plan concocté par les deux pays agresseurs associés dans ce complot de balkanisation de la RDC depuis l’inoubliable aventure de l’AFDL.

Faire accréditer la thèse d’une crise politique congolo-congolaise

La pression exercée sur Goma par le Rwanda via le M23 vise à contraindre Kinshasa à des négociations directes avec ce mouvement des terroristes et faire accréditer ainsi la thèse d’une crise politique interne. Comme cela avait été le cas lors de la guerre de l’AFDL que Kigali présentait comme un mouvement des Banyamulenge revendiquant leur nationalité. C’est lorsque sont apparues à la face du monde les preuves tangibles de la présence des forces armées régulières rwandaises que le Rwanda parlera de son droit de poursuite contre les éléments des FDLR accusés d’avoir été impliqués dans le génocide de 1994. L’appétit venant en mangeant, les autorités de Kigali viennent de commettre une gaffe de trop et les preuves de la présence des militaires de l’armée régulière est si visible et attestée par les eux rapports des experts de l’ONU.       

Par ailleurs, l’avancée du M23 qui bénéficie des renforts de l’armée régulière rwandaise peut déboucher sur une implosion incroyable de la CIRGL. (Conférence Internationale de la Région des Grands Lacs qui de ce fait n’aurait plus alors de raison d’exister. Cela pourrait conduire à une autre guerre mondiale africaine car les amis de la RDC, notamment l’Angola, la Zambie, le Zimbabwe, la Namibie, l’Afrique du Sud et bon nombre d’Etats membres de la Francophonie ne toléraient pas une telle situation conduisant inexorablement à l’implosion du Congo.

Regard tourné vers l’Onu

S’il est admis que le M23 est considéré comme un groupe des terroristes, tous les regards sont alors tournés vers la MONUSCO dont la mission principale consiste à protéger les populations civiles et non armées de Goma. Ce serait un échec de l’ONU si ses forces stationnées à Goma laissaient entrer ces terroristes. On rappelle ici, la colère des populations de Kinshasa au lendemain de la prise de Bukavu par les éléments du duo NKUNDA-MUTEBUSI au mois de juin 2004. Une explosion de colère qui avait paralysé Kinshasa durant toute une journée et ébranlé le système de 1+4 avant de faire fuir ces mercenaires vers le territoire de Masisi et le Rwanda. En ce moment-là, beaucoup des gens se refusaient à voir dans ces opérations la main invisible de Kigali. Mais depuis le déclenchement de la guerre en avril dernier par le M23, il est donc établi que le Rwanda a toujours été le créateur de tous les mouvements armés qui ont endeuillé la RDC depuis 1997. De même, à quoi serviront tous les rapports des experts de l’ONU qui attestent l’implication directe des autorités militaires et politiques de Kigali dans ce génocide qui se déroule sous les yeux du Monde entier si les forces de l’ONU ne réagissent pas face à ces terroristes et mercenaires du M23 ?          

FM                 

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