Goma : de l’AFDL au M23

 

La ville de Goma restera marquée en lettres d’or dans les annales de l’histoire politique du pays pour avoir été le point de départ de toutes les guerres inutiles et de tentatives de la matérialisation du plan de balkanisation du pays par deux Etats voisins de l’Est, à savoir l’Ouganda et le Rwanda. Le modus operandi est toujours le même : le non respect des accords conclus par Kinshasa avec les gouvernements de ces deux Etats. Mais en réalité, ce sont les mêmes objectifs que ces deux régimes totalitaires poursuivent et qui visent à dépécer ce vaste territoire aux dimensions continentales selon plusieurs schémas. Si la balkanisation territoriale semble difficile à réaliser du fait de la résistance populaire et du principe sacro-saint de la Charte de l’Union Africaine, les deux régimes cherchent à infiltrer leurs éléments dans le système sécuritaire de la RDC, notamment les forces armées, la police et de la sécurité civile. De sorte à garder le contrôle des provinces de l’Est pour l’exploitation des ressources précieuses si riches et recherchées pour la technologie de pointe par les grandes puissances de la planète. C’est la balkanisation économique que ces deux pays cherchent à obtenir par des chantages sur les dirigeants politiques pour signer des contrats miniers et autres en leur faveur sous forme des sociétés anonymes à responsabilité limitée mais bénéficiant des capitaux rwandais et ougandais.

Goma I : l’affaire des Banyamulenge

            Timeo Danaos et dona ferentes. Ce dicton latin tiré de la mythologie grecque et qui signifie : « je crains les grecs surtout lorsqu’ils offrent des cadeaux » devrait servir de point de repère aux générations congolaises futures pour les prémunir contre les ambitions hégémoniques des pays voisins sur les richesses de leur pays. Sous prétexte que le HCR-Pt de triste mémoire avait retiré la nationalité congolaise à la communauté tutsi habitant sur les plateaux de Minembwe dans le Sud Kivu, le régime du Front Patriotique Rwandais déclencha une guerre en se servant des personnalités congolaises, notamment L.Désiré KABILA, Anselme MASASU Nindaga et des compatriotes regroupés au sein de la CONOZA où l’on retrouva des figures comme Jeannot MWENZE Kongolo, André KAPANGA, MAWAPANGA Mwana Nanga, Charles OKOTO Lolakombe, un parti politique dirigé par feu NGANDU Kisase  ainsi que d’autres éléments rwandophones dirigés par un certain Douglas BUGERA.

            Dès le début de cette guerre, Kigali se cachait derrière le prétexte d’une affaire congolo-congolaise. C’est lorsque des preuves tangibles et irréfutables de la présence des troupes armées régulières rwandaises sur le territoire congolais firent le tour du monde que Paul Kagame parle de guerre préventive contre les éléments des F.D.L.R. accusés d’avoir pris part au génocide de 1994. Un prétexte auquel va recourir Kigali chaque fois qu’il aura à déclencher une nouvelle guerre sous des appellations tout aussi diverses que pittoresques. Une fois le masque tombé, le régime du FPR opéra au grand jour en associant à sa sale besogne d’éminentes personnalités politiques moyennant des postes dans les diverses institutions de la République tout en prenant soin d’infiltrer ses agents dans le système sécuritaire de l’Etat et surtout des provinces de l’Est.

Goma II : la guerre du RCD            

            Selon les partisans de L.D. KABILA, un coup d’Etat avait été concocté par les éléments de l’armée rwandaise sous la direction du général James KABAREBE, chef d’Etat major Général de l’armée congolaise. Voilà la raison pour laquelle la direction politique décida de rompre l’alliance militaire qui liait le pays au Rwanda depuis le déclenchement de cette guerre de l’AFDL. Un communiqué lu sur les ondes de la télévision par un officier supérieur militaire annonça le 31 juillet 1998 que des avions allaient rapatrier les éléments des militaires rwandais vers leur pays d’origine.

            Au lieu de prendre la direction de Kigali, ces avions se dirigèrent vers la ville de Goma. Le 2 août 1998, le monde entier apprit la naissance d’un nouveau mouvement politico-militaire du nom de Rassemblement Congolais pour la Démocratie. Le tout premier président s’appelait WAMBA Dia WAMBA, un professeur d’histoire à l’université de Dar-es-alam. Entretemps, profitant de l’effet de surprise, les militaires rwandais sous le commandement du général James KABAREBE firent un raid sur la base militaire de Kitona grâce à des rotations des avions civils de la société privée de notre compatriote MAYANI loués pour le rapatriement de ces forces armées rwandaises.

            Comme à leurs habitudes, les rwandais recoururent au prétexte du non respect par L.D. KABILA des engagements avec ses alliés. Encore une fois, Kigali ne va reconnaitre la présence de ses troupes armées que lorsque des preuves furent exhibées par des correspondants des médias périphériques, des activistes des ONG de défense des droits de l’homme, des opérateurs économiques, des missionnaires des confessions religieuses et des Congolais en provenance des territoires de l’Est.

            Cette guerre va durer plus de cinq ans pendant lesquels le Rwanda va se livrer au pillage des ressources précieuses, notamment le coltan dont le cours avait atteint u taux fort élevé sur les marchés mondiaux. C’est après les accords de Sun City que cette guerre va pendre fin avec l’instauration d’un système unique en son genre avec un présidium de cinq membres dont un président assisté des quatre vice-présidents de la République. Les deux pays agresseurs seront représentés par leurs alliés locaux, notamment le MLC et le RCD qui se taillèrent la part du lion dans les institutions de la République, laissant des miettes à l’opposition politique pacifique et à la société civile. Ce système aboutit aux élections de 2006 avec la victoire controversée de Joseph KABILA opposé au deuxième tout à Jean-Pierre BEMBA. Lequel fut victime d’un traquenard qui le contraint à s’exiler en Europe jusqu’à son arrestation par la Cour Pénale Internationale en 2008. 

            Cependant, l’opinion n’avait pas vu la main du Rwanda dans l’aventure déclenchée au mois de juin 2004 par le duo MUTEBUTSI-NKUNDA à Bukavu sous prétexte de voler au secours des banyamulenge menacés par les autres congolais. Une aventure qui tourna court suite à la réprobation internationale qui avait beaucoup investi dans les préparatifs des élections. Mais ce n’était qu’une partie remise car Kigali va réarmer son pion Laurent NKUNDA pour relancer des hostilités dans les territoires de Masisi et Rutshuru avant d’aboutir aux accords de Goma d’abord sous le vocable de l’opération AMANI qui firent la part belle au CNDP, un cheval de Troie de Kigali. Le même mouvement va se muer en parti politique jusqu’à conclure une alliance avec la mouvance présidentielle avant les élections de 2011. Il s’en suivra des opérations militaires conjointes en 2009 entre les armées régulières rwandaises et congolaises pour traquer les éléments des FDLR dans les territoires de Masisi et Rutshuru.

            Kigali va ensuite se saisir de L. NKUNDA pour le remplacer par Bosco NTAGANDA et c’est sous son autorité que furent conclus les accords politiques de mars 2009 qui placèrent des représentants du CNDP dans les institutions de la République et des forces armées avec les grades leur octroyés pendant la guerre. 

Goma III : Le M23 de Sultan MAKENGA                 

             Alors que tout allait pour le mieux après la signature de l’alliance du CNDP avec la Majorité Présidentielle, voilà qu’au mois d’avril dernier un nouveau mouvement politico-militaire va naitre sous l’appellation du M23 ou mouvement du 23 mars 2009. Lequel revendiquait l’application de ces accords du 23 mars pourtant conclus entre le CNDP et le gouvernement de Kinshasa. Sous la poussée des confessions religieuses, toutes tendances confondues et de la plus grande majorité de l’opinion congolaise, Kinshasa va opposer une fin de non recevoir à toutes négociations politiques avec ce mouvement. Après quelques succès sur le terrain des opérations militaires, le M23 appuyé par des éléments de l’armée régulière rwandaise selon des rapports des experts de l’ONU et de l’ONG HUMAN RIGHT WATCH ainsi que des correspondants de guerre va reprendre coup sur coup toutes els localités du territoire de Rutshuru. Une accalmie fut observée dès les mois de juillet dernier et voilé que prenant prétexte d’une attaque qu’auraient déclenchée des FARDC en provenance de Bukavu sur le front de Kibumba, ce mouvement va effectuer une promenade de santé en quatre jours jusqu’à s’emparer de la ville de Goma aux yeux et sous la barbe de la MONUSCO.

            D’une manière générale, de 1998 jusqu’à ce jour, la ville de Goma aura servi de point de départ de toutes les aventures guerrières du Rwanda sur le territoire congolais sous des prétextes tout aussi fallacieux que mensongers. Avec comme seul objectif de prépare la balkanisation économique de la RDC.

            La question qui taraude tous les esprits est celle de savoir si grâce à ses complicités tant internes qu’internationales, le M23 ne va pas rééditer les exploits du RCD pour aboutir à un Sun City II.  Dès lors que les bruits des bottes sont perceptibles aux alentours de la ville de Bukavu et au regard de l’indifférence de la communauté internationale qui se réfugie derrière des jérémiades.

F.M.   

 

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