Gizenga-Gbenye : le tandem de la terreur

Si Patrice Lumumba avait réussi à atteindre Stanleyville, l’histoire du Congo et probablement celle de l’Afrique Centrale auraient pris une autre direction. C’est pour éviter cela que les adversaires politiques du leader du MNC et leurs alliés occidentaux, notamment les Belges et les Américains levèrent l’option  d’organiser la traque qui a permis de mettre la main sur le premier Premier ministre du Congo indépendant à l’étape de Mweka, dans le Kasaï. Après sa révocation controversée par le chef de l’Etat Joseph Kasa-Vubu en septembre 1960, Patrice Lumumba et quelques uns de ses collaborateurs, notamment Maurice Mpolo et Okito échappèrent à la surveillance des éléments ghanéens affectés à la sécurité de sa résidence officielle à Gombe pour prendre la route de Stanleyville en vue d’y organiser la résistance contre le régime illégal de Léopoldville. Les autres leaders du Cartel Lumumbiste, à savoir Antoine Gizenga, Félix Kama, Baelongandi, Salumu Bernard, Christophe Gbenye, Anicet Kashamura, etc. avaient pris une autre direction dans le but de se rassembler dans le chef-lieu de la Province Orientale, fief du M.N.C.

Arrestation de Patrice Lumumba
C’est en cours de route et précisément à l’étape de  Mweka que le cortège du Premier ministre a été rattrapé par une équipe des agents de la sécurité sous la direction d’un certain Gilbert Mpongo, ancien sergent major de la Force Publique envoyé par le pouvoir de Léopoldville. L’histoire rapporte que le cortège de Patrice Lumumba avait déjà traversé la rivière Sankuru, mais ces éléments de la sécurité de Léopoldville étaient parvenus à s’emparer de l’épouse et de l’un des enfants du Premier ministre au niveau du débarcadère où ils attendaient le bac pour traverser la rivière et rejoindre Lumumba. En père de famille, Lumumba retraversa la rivière pour aller négocier avec ceux qui avaient pris sa famille en otage afin de les convaincre du bien-fondé de son combat. C’était sans compter avec la détermination de M. Gilbert Mpongo qui ordonna l’arrestation de Patrice Lumumba et deux de ses compagnons, à savoir Okito et Mpolo avant de les ramener à Ilebo, alors Port-Francqui pour les embarquer dans un avion petit porteur à destination de Léo.

Ngbenye et Gizenga à Stanleyville

En apprenant l’arrestation de Lumumba et ses deux compagnons, Le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur du gouvernement légal, à savoir Antoine Gizenga et Christophe Gbenye proclamèrent la République Populaire du Congo avec comme capitale la Ville de Stanleyville. Dans le but de contraindre Léopoldville de revenir à la légalité constitutionnelle en libérant d’abord le Premier Ministre Patrice Lumumba. Le pouvoir de Léopoldville ne l’entendit pas de cette oreille, bien au contraire, le Groupe dit de Binza animé par le colonel Mobutu, Justin-Marie Bomboko Lokumba, Albert Ndele Bamu, Victor Nendaka, Marcel Lengema, etc. organisèrent l’expédition de Lumumba et ses deux compagnons de malheur vers la ville de Bakwanga actuellement Mbuji Mayi. Un aéronef fut mis à la disposition de Jonas Munkamba et Ferdinand Kazadi pour le transfert des prisonniers au Sud-Kasaï alors en sécession sous la direction de M. Albert Kalonji. Le pouvoir de Léopoldville espérait voir les Baluba Kasaïens se venger de Lumumba accusé d’avoir commandité le massacre de la Cathédrale de Bonzola. Flairant le piège, les autorités sécessionnistes placèrent des fûts d’essence sur la piste de l’aérodrome et c’est ainsi que cet aéronef transportant Lumumba et ses deux compagnons n’avait pas pu atterrir et fut contraint de se diriger vers Elisabethville, la capitale de l’Etat indépendant sécessionniste du Katanga. C’est le lendemain de l’arrivée de ce cortège que les trois personnalités furent assassinées dans des circonstances demeurées mystérieuses jusqu’à ce jour.

La nouvelle de la mort de cet homme hors du commun fit l’effet d’une bombe à travers le Monde. Des manifestations éclatèrent partout pour condamner fermement cet acte ignoble. La cassure entre Stanleyville et Léopoldville fut irrémédiable et sans appel. Les deux « Républiques » se déclarèrent la guerre et chacune choisit son camp : Stanleyville opta pour Moscou tandis que Léopoldville se rangea du côté de Bruxelles et Washington. C’est la radicalisation des positions et le début d’une longue rébellion qui déchira le pays entier. A part le Bas Congo et Léopoldville, toutes les provinces du pays et particulièrement l’Est furent occupées par des forces rebelles dites Mulelistes. Les infrastructures industrielles, agricoles, économiques, financières furent détruites et le pays sombra dans un désordre et une confusion indicibles à l’origine du qualificatif peu enviable de « Congolisation » correspondant aujourd’hui à la « somalisation ».

Le gouvernement de Stanleyville va faire appel à l’assistance militaire des pays du bloc communiste. Notamment l’Union Soviétique, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, l’Allemagne de l’Est, la Chine Populaire, la Corée du Nord, le Syrie et l’Egypte, etc. Des jeunes gens furent envoyés en formation dans les académies militaires de ces pays. Des commandes en armes et munitions de guerre provinrent de ces pays-là. Ce qui permit à Stanleyville de tenir tête au gouvernement de Léopoldville et d’alimenter les poches de rébellions disséminées à travers l’Est, particulièrement dans le Maniema, le Sud-Kivu, le Nord-Katanga, la partie Est de la province de l’Equateur, le district du Sankuru et le Bandundu. Des représentants du gouvernement de Stanleyville s’établirent dans des fiefs tels le territoire de Fizi-Baraka avec Laurent KABILA, MARANDURA et Casimir MBAGIRA dans la plaine de la Ruzizi, SOUMIALOT et Nicolas OLENGA au Sankuru et au Maniema. Des pays frontaliers comme le Burundi, le Soudan, l’Ouganda, le Congo-Brazzaville, la Tanzanie accueillirent des représentants du gouvernement de Stanleyville et autorisèrent l’ouverture des ambassades et consulats dans certaines de leurs villes.

Régime de la terreur noire et sanglante

Dans cette confusion et l’incompréhension doublée du goût de la vengeance, le gouvernement de Slanleyville instaura un régime de la terreur noire et sanglante. Des exécutions des journalistes et hommes politiques  se multiplièrent. Des maisons d’arrêt se multiplièrent et la plus célèbre fut celle d’Osio où périrent  sous les tortures les plus atroces des hommes d’affaires, des personnalités politiques, scientifiques, religieuses, etc. souvent pour des simples dénonciations calomnieuses et des règlements des comptes tribaux. Et cela, sans distinction de races, sexes, tribus et religions. On se rappellera la réplique du général Alexandre Singa au discours d’Antoine Gizenga à la Conférence Nationale Souveraine où il accusa le leader du PALU d’avoir expédié des centaines des milliers des gens à la prison célèbre d’Osio où ils furent exécutés sans procès. Tous les mercredis de la semaine, la cellule politique du gouvernement révolutionnaire organisait des procès publics sur la grande place devant l’immeuble appartenant aujourd’hui à la famille Lengema non loin de la nouvelle maison de la Poste pour juger des personnalités accusées de collusion ou au service des forces réactionnaires de Léopoldville ou d’Elisabethville.

Des hommes politiques arrêtés à Bukavu par le gouvernement d’Anicet Kashamura furent expédiés à Stanleyville et jetés dans la prison d’Osio. A Kindu, Nicolas Olenga et Soumialot faisaient de même, ce fut le cas de Papa Feruzi qui fut exécuté en public car accusé d’être membre du P.N.P. Des journalistes furent exécutés en public, tel Jean ZAMBITE, le frère aîné de M. Edouard TEPATONDELE, ancien PDG de l’ONACER et ancien ministre de l’Agriculture du gouvernement d’Honoré MPINGA Kasenda. Des religieuses furent violées et massacrées, telle la sœur Anouarite NENGAPETA qui fut canonisée par le Pape Jean-Paul II. C’est l’exécution en public et photographiée d’un médecin américain et d‘autres européens qui alerta le monde sur l’existence d’un régime sanguinaire à Stanleyville de style stalinien de l’époque du génocidaire BERIA. Ce fut le prétexte recherché par le Premier ministre Moïse Tshombe pour demander et obtenir du gouvernement belge des éléments parachutistes qui sautèrent sur la ville.

Entretemps, la colonne armée motorisée du colonel Van de Walle partit de la base militaire de Kamina pour joindre par la route Stanleyville. Voilà comment le gouvernement de Salut Public de Moïse Tshombe est venu à bout de ce régime de terreur instauré par le tandem Gbenye-Gizenga. Cette colonne motorisée comportait de éléments venus du monde entier, notamment de planteurs belges tels Jean Schramme, des mercenaires français tel Bob Denard, des sud africains blancs comme Mike Hoare, des cubains anticastristes qui pilotaient des avions de chasse de marque Srukas et T28. Des personnalités membres du Cartel Lumumbiste disparurent de façon mystérieuse, tel que Félix Kama, ancien député et co-fondateur du Parti Solidaire Africain d’Antoine Gizenga et Cléophas Kamitatu. On ne saura jamais où cet élu du Peuple a été enterré. C’est dommage que tous ceux qui ont survécu à ce régime de terreur n’aient pas saisi les cours et tribunaux car il s’agit des crimes contre l’humanité qui sont imprescriptible.         

Fidèle MUSANGU

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