Génocide au Congo : ONU, le piège de Kigali

Annoncé pour le 1er octobre 2010, le rapport du Haut Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations sur un possible génocide commis par des soldats rwandais en RDC entre 1996 et 2003 est plus que jamais au centre des débats au lendemain de la rencontre, à Kigali, entre le Secrétaire Général de l’ONU, Ban Ki-Moon, et le président rwandais Paul Kagame. La question qui hante de nombreux observateurs consiste à savoir si les autorités rwandaises vont réussir à obtenir une modification du contenu dudit rapport. La crédibilité de l’ONU est ainsi totalement mise en jeu. 

            Personne n’ignore le chantage de Kigali, qui menaçait de retirer ses 3.550 soldats du Darfour, où ils sont associés aux opérations de maintien de la paix de l’ONU et de l’Union Africaine, au cas où la version originale du « Mapping Report » était maintenue. L’on a appris, au sortir de l’audience que le président rwandais a accordée au Secrétaire Général de l’ONU, que le gouvernement rwandais n’allait plus exécuter sa menace. 

Cette promesse de Kigali de maintenir sa collaboration avec les Nations Unies est-elle sans conditions ?

            C’est ce que les observateurs entendent vérifier le 1er octobre 2010, au vu du rapport du Haut Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations Unies. La mouture en circulation depuis plus de deux semaines ayant révélé des faits graves tels que des massacres des Congolais et des réfugiés Hutu, des viols massifs des Congolaises et Rwandaises, des fosses communes, des traitements humains et dégradants, ce serait un scandale s’ils étaient élagués du document final.

             Les grandes lignes du rapport sont tellement connues et les faits rapportés encore frais dans les mémoires des Congolais qu’une version écornée jetterait un terrible discrédit sur l’Onu, ses fonctionnaires et ses dirigeants. Pour beaucoup, une éventuelle retouche du rapport, dans le sens de la révision à la baisse des bilans macabres qui jalonnent plus de 500 pages, ne pourrait s’expliquer autrement que par le passage de Ban Ki-Moon par Kigali.

            Pour avoir vécu aux quatre coins de leur pays, entre 1996 et 2003, des tueries qui n’ont rien à envier à un génocide, les Congolais ne sauraient accepter une attitude de complaisance de la part de l’institution onusienne. D’aucuns se demandent si les 3.550 soldats rwandais positionnés au Darfour sont plus importants que les 5 millions de Congolais et plus d’un million de réfugiés Hutu liquidés lors des deux guerres de libération-agression par les armées rwandaise, ougandaise, érythréenne, burundaise, angolaise, namibienne et zimbabwéenne, et auxquelles avaient participésles troupes gouvernementales congolaises ainsi qu’une multitude de groupes armés congolais.

            Face à la flamme de l’espoir de la fin de l’impunité allumée par l’Onu elle-même dans les cœurs des millions de citoyens congolais, il n’y a pas d’autre alternative pour celle-ci que de laisser la vérité historique éclater. Qu’il y ait eu des « fuites » ou non, au stade actuel, les Congolais attendent de l’Onu qu’elle puisse tirer, après le 1er octobre 2010, les conséquences de l’implication des soldats rwandais dans le génocide ayant eu pour terre d’accueil la République Démocratique du Congo.

Kimp.

 

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