Fusillade sur Kanda-Kanda

De nombreuses attaques en plein jour et à visage découvert, des armes de guerre mises à contribution, la pègre de Kinshasa a non seulement pris ses marques, mais dévoilé son niveau élevé de professionnalisme, suivant en cela les traces d’Al Capone, le célèbre brigand qui a tissé sa légende dans la ville de Chicago. La recrudescence des attaques à main armée à travers la ville tend à faire croire qu’après un petit moment de répit, la pègre est maintenant décidée à tester le nouveau système de sécurité avec des surveillants renforcés par la présence des policiers armés.

Elle adresse en même temps un message de défi aux autorités en démontrant que les petits cambrioleurs d’hier, maintes fois arrêtés, condamnés et libérés, sont devenus aujourd’hui des brigands expérimentés qui infligent des insomnies aux banques commerciales, aux agences de transfert de fonds, aux coopératives d’épargne et de crédit, et donnent du fil à retordre aux services d’enquête de la police. Le dernier cas en date assez révélateur de cette grande insécurité dans la ville de Kinshasa, s’est produit le vendredi 31 janvier 2014, en pleine matinée et dans un quartier populeux.

 Voici le film de ce braquage spectaculaire vécu en direct par plusieurs témoins. Le vendredi 31 janvier, l’agence Moneygram de l’avenue Kanda-Kanda, dans la commune de Kasa-Vubu, est assiégée par les premiers clients tenant à être servis en priorité. Dehors, les agents de la société de gardiennage Securico et le policier Eric veillent aux entrées et sorties. Tout est calme jusque-là. Le ciel très couvert annonce une averse proche. D’ailleurs, il commence à pleuviner.

Vers 9 heures, la fourgonnette de la Raw Bank de convoyage de fonds avec quatre passagers, se signale. A bord, le policier d’escorte Iwondo Apete et trois caissières de Raw Bank s’impatientent. Il y a Mlles Bibiche Bwanga, Mamie Kiela Kalala et Mme Joëlle Likuase. Une petite fortune est entreposée à l’arrière du fourgon. Il s’agit de trois mallettes de fonds, l’une de 50.000 dollars destinée à l’agence de Kasa-Vubu, l’autre de 25.000 dollars pour l’agence Moneygram de Matete et le troisième de 20.000 dollars pour l’agence de Bongolo.

            Après quelques manoeuvres d’approche, le chauffeur Kalubuana Shimena alias Kalusha parvient à garer correctement son véhicule devant la porte d’entrée. L’agent Securico Denis Kayeye qui se poste aussitôt au coffre, décharge avec précaution le colis de l’agence de Kanda-Kanda lui désigné et se dirige vers l’intérieur de l’agence.

            Soudain, c’est l’enfer. Une fusillade éclate. Les balles sifflent de partout. La panique est générale. C’est la débandade dans tous les sens. Quelques assaillants visent l’agent Kayeye qui se dirigeait vers l’intérieur de l’agence. Celui-ci accélère sa course pour se mettre à l’abri. Un cri. L’agent de sécurité est touché. Il a reçu une balle dans sa fesse gauche. Mais avant de tomber, il a le réflexe de projetter la mallette contenant l’argent par dessus le mur de la clôture.  Témoin révolté de la scène, le policier Iwondo glisse vers un mur du bâtiment, se met à couvert et réplique par des tirs en l’air.  Les braqueurs en font de même. Quelques vitres de cette agence volent en éclats. Surpris par cette résistance, les braqueurs arrosent le coin des projectiles.  Le courageux policier est lui aussi blessé à la jambe gauche. Tout se précipite. Les bandits se tournent vers la fourgonnette, s’emparent alors de deux mallettes restantes destinées à Bongolo et Matete et ressortent à pied, couverts par leurs comparses et par plusieurs tirs en l’air.

Marche triomphale des braqueurs sur avenue Kasa-Vubu pour saluer le succès de l’opération

            Sur l’avenue Kasa-Vubu, la circulation s’est brusquement arrêtée. Craignant d’être braqués, les chauffeurs rentrent les uns vers le rond-point Victoire et les autres vers Pont Kasa-Vubu. Les piétons détalent, pendant que les brigands regagnent triomphalement l’avenue Oshwe à Matonge, où les attendaient leurs deux véhicules, le moteur toujours en marche. Une jeep Nissan avec volant à droite et une voiture Mercedes-Benz, toutes deux de couleur blanche. Des témoins postés dans les terrasses des environs signalent avoir vu les deux véhicules de bandits prendre la direction du Stade Tata Raphaël, avant de disparaître.

            Après ce braquage, le bilan donne deux blessés, l’agent Securico Denis Kayeye et le policier Iwondo Apete. Butin emporté au total : 45.000 dollars. Quelques vitres cassées, ainsi que des impacts de balles dans les murs.

            Au moment où les victimes sont internées pour des interventions chirurgicales, afin d’extraire les balles, nous apprenons que le Bataillon de la police d’investigations criminelles dont on connait l’expérience dans ce genre d’affaires, a été chargé de mener les enquêtes, neutraliser cette bande des malfaiteurs et récupérer les fonds emportés.

            Aujourd’hui, des questions se posent concernant cette recrudescence du banditisme dans la ville de Kinshasa, tourné principalement vers les banques commerciales, les agences de transfert des fonds et les coopératives d’épargne et de crédit. Pourquoi cette insécurité grandissante dans la ville de Kinshasa et pourquoi vise-t-on le secteur financier ? Y aurait-il une main noire derrière ces malfaiteurs ? Et comment éradiquer ce phénomène de braqueurs, si la police ne cesse de se plaindre des cas de libération des malfaiteurs dans les parquets alors qu’ils sont passés aux aveux, et que leurs dossiers sont pourvus de pièces à conviction et qu’ils ont été reconnus par leurs victimes lors des vols.

            En tout état de cause, le message envoyé aux opérateurs financiers qui ont choisi d’investir en RDC, serait certainement de les pousser à délocaliser leurs affaires. Car, dans le lot de ces établissements de crédit et agences de transfert des fonds, il y en a qui ont enregistré plusieurs cas de braquage diurne ou de cambriolage nocturne de leurs coffres-forts.                                  J.R.T.                        

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