Fraude électorale : les précisions de Zetes

Nous tenons par la présente à répondre à certaines préoccupations mentionnées ici car notre société, Zetes, est citée en référence aux travaux d’identification des empreintes digitales que nous avons effectués sur les données issues de la révision du fichier électoral en RDC, informations reprises dans la presse locale à Kinshasa, notamment dans Le Potentiel 5343 du 30 septembre 2011 et dans Le Phare 4176 du même jour.

Tout d’abord, le titre du votre blog, même formulé au conditionnel, laisse entendre à certains lecteurs des fraudes avérées comme nous pouvons le constater aujourd’hui dans la presse locale où, sans considération pour le travail d’ampleur qui est fait, une hypothèse est présentée comme un fait accompli.
En tant que partenaire de la CENI, nous participons à un effort commun dont le but est d’obtenir les meilleures données apurées possibles en vue des prochaines élections.

Dans cette perspective nous sommes amenés à fournir à la CENI, au même titre que d’autres prestataires, le plus d’informations possibles pour participer à I’effort fourni par ces différents acteurs dont le travail, mis en commun, permet une épuration amenant à un fichier propre. Ces informations émanant de différentes sources sont analysées et consolidées par la CENI pour obtenir le rapport final sur la question des doublons. Il n’existe pas de rapport contradictoire en marge du rapport officiel rendu public par la CENI, seule dépositaire des informations définitives.

Il faut rappeler que ce genre d’opération complexe et d’envergure amène toujours son lot de problèmes, résolus dans la majorité des cas. Dans toute opération de ce type, nous mettons en jeu notre réputation, notre crédibilité et ne voyons pas d’un bon oeil la politisation d’informations qui nourrissent des rumeurs qui n’ont pas lieu d’être. On peut faire dire tout ce que I’on veut à des chiffres, la vérité et son contraire, lorsque ceux-ci sont incomplets et sortis de leur contexte. Nous sommes surpris et regrettons ces citations car nous n’avons à aucun moment été consultés ou avons eu l’occasion de nous exprimer avant l’exploitation incorrecte du contenu de ce blog dans différents organes de Presse.

Ayant une longue expérience des recensements informatisés, voici une affirmation que beaucoup travaillant de près ou de loin aux processus électoraux se devraient d’assimiler: La fraude est impossible à organiser au niveau des systèmes de gestion d’informations, base de données.

En voici différentes raisons:
– il est impossible de créer/effacer des données dans une base archivée sans qu’un des acteurs participant à I’opération, et ils sont nombreux, ne s’en aperçoive.
– Toutes les transactions dans les bases de données depuis le terrain jusqu’au système central sont enregistrées. Il est ainsi possible à tout moment de connaître tout type de manipulation effectuée (date & heure, nature & auteur de la manipulation …)

- En terme de logistique, il est impossible d’organiser une fraude à partir du fichier électronique dans des proportions non décelables ou de nature à avoir un impact conséquent- Essayez de créer 100.000 électeur fictifs dans une base de données de plus de B0 millions de personnes en dupliquant des électeurs. Il faudrait alors plus de 2.000 bus de 45 place ou plus de 400 avions de 230 place pour organiser leur déplacement vers un autre point de vote ou alors de donner des instructions précises de vote à ces 100.000 personnes sans que cela se sache par ailleurs ni au niveau du système central, ni au niveau de la presse locale. De plus, pour tant d’effort, vous aurez atteint à peine 0.3% de la population.

- Nous trouvons toujours in fine sensiblement le même pourcentage de vrais doublons quelque soit le pays concerné. La loi des nombres. Une hypothèse haute du nombre de vrais doublons (à ne pas comparer avec des doublons issus des données brutes remontées par le système AFIS – système de vérification des empreintes digitales) est de 0.5% sur base de la population totale. Parmi ces 0,5 %, 90 % sont des cas de personnes se procurant une deuxième carte par souci d’esthétisme (la
photo n’est pas «belle», il y a une faute dans le nom, ou tout simplement avoir une deuxième carte
par commodité).

- La nature d’un doublon est complexe. Les fraudes avérées sont un sous-ensemble des « vrais doublons », eux-mêmes un sous ensemble des doublons. Dans le cas où tous les « vrais doublons » sont des fraudes ce qui n’arrive jamais, nous parlons ici de moins 0,25 % de personnes concernées dont l’enregistrement ne doit pas être pris en compte (un doublon étant une paire d’au moins 2 personnes). Même triplé, ce chiffre n’est pas de nature à affecter le destin d’un scrutin.

Les solutions de centralisation informatisées sont là pour apporter la crédibilité au processus en offrant la possibilité de ramener les marges d’erreurs en dessous du pour-cent ce qui est même rarement le cas dans la plupart des « anciennes » démocraties. Ces solutions restent cependant nécessaires en I’absence de registre national informatisé, justement pour interdire la fraude. Lors d’élections dans les pays du G20, il arrive de constater des marges d’erreurs bien supérieures. Avec I’expérience de nombreux projets, plus de monde se devrait d’être plus au courant des étapes dans lesquelles les fraudes seraient possibles ou non et ce n’est pas au niveau des systèmes de centralisation qu’elles peuvent se produire de par la nature excessivement complexe et irrémédiablement visible de ce type d’opérations.

De ce fait, nous avons transmis successivement des informations partielles, non-exhaustives et qui ont contribué à la correction d’erreurs inévitables. Zetes n’est pas la seule source d’information ayant permis l’élaboration du fichier central. La présence même de nombreux acteurs garantit à ce stade la transparence par l’échange et la consultation permanente qui permet de constater qu’aucune altération illicite n’a pu se produire dans le fichier.
Il est indiscutable que des erreurs aient été constatées et il en est fait mention dans ce blog: nous n’avons jamais estimé que ces erreurs étaient insurmontables et avons toujours communiqué que nous n’avions pas rencontré de problème majeur pour les résoudre.
Les chiffres mentionnés dans ce blog sont de deux natures complètement différentes. On compare des données brutes avec des données définitives où des erreurs techniques ont déjà été enlevées. La comparaison n’a de fait aucun sens.

Cette réponse se veut volontairement le moins technique possible car d’une part, nous ne sommes pas habilité à divulguer des information n’étant pas dépositaire du rapport final et d’autre part, il est clair que tout chiffre prête à grande confusion. Il est facile de céder au doute et pour cela, nous rappelons qu’il s’agit d’un travail complexe et d’envergure. Nous rencontrons toujours d’énormes difficultés à faire comprendre le travail accompli dans ce genre d’opérations, compréhension qui exige expertise en la matière.

Nous invitons les personnes qui ont utilisé les informations de ce blog à le relire attentivement. Celui-ci pose des questions, il ne s’agit pas des faits et il est dangereux et peu responsable d’en reprendre des éléments sans au préalable avoir eu une démarche de prise de renseignements dans le but d’obtenir des informations tangibles qui lèveront immanquablement les doutes exprimés.

Kinshasa, le 3 Octobre 2011

Fabien MARIE
Directeur de Projet
ZETES PASS

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