« Floribert Chebeya, un modèle que l’église salue»

Ambassadeurs, représentants des corps de mission diplomatique, députés, sénateurs, activistes des droits de l’homme et autres anonymes ont, samedi en la cathédrale Notre Dame du Congo, rendu un dernier hommage à Floribert Chebeya.

Sur des calicots et t-shirts, des messages de désaveu à l’industrie du crime et à la sécurisation des activistes. « Plus jamais ça », « Le cinquantenaire avec du sang des sans voix », des messages qui expliquent une certaine révolte d’une population qui voit, en la mort de l’illustre défenseur des droits de l’homme, l’extinction même de la voix de sans voix. Le parvis de la cathédrale était noir de monde. Diplomates et badauds  se frottaient pour se frayer, chacun, un chemin. Enfin, c’est le sous le coup de 13h45’ que le corps sans vie de Chebeya atteint le temple de Lingwala.
A l’entrée, l’archevêque de Kinshasa, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya à la tête d’une équipe d’officiants. L’eau bénite est aspergée sur la bière avant que s’en suive la procession jusqu’à l’autel où la dépouille, à découvert, a été déposée.

« Un chrétien qui ne transigrait pas …»

Dans son homélie, l’officiant qui alternait avec l’archevêque de Kinshasa au début de l’eucharistie, a reconnu que l’illustre disparu fut « un chrétien qui ne transigeait pas sur les droits humains. Un modèle que l’église salue».
Prêchant sur l’espérance de la vie après la mort, le célébrant a réconforté tout l’auditoire assurant que « Chebeya ressuscitera un jour au nom du mystère de la résurrection ».

Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur, si nous mourrons, nous mourrons pour le Seigneur, a-t-il exhorté avant de prévenir que « le tribunal du Seigneur existe ».
L’abbé a déclaré que le disparu est mort au front pour la défense des droits de la personne humaine. « Floribert Chebeya était réellement la voix des sans voix », a reconnu le religieux qui a dit être d’avis que « le sang de Floribert Chebeya parle et parlera ». Il a, dans la foulée de l’eucharistie, insisté sur le fait que « l’autre n’est pas un ennemi ». Les applaudissements ont entrecoupé le sermon lorsque l’officiant a lâché : « Il y a toujours des Chebeya aussi longtemps que l’homme ne comprendra pas qu’il ne faut pas tuer l’autre ».
Dans sa peau d’intercesseur, il a prié Dieu de bien vouloir accueillir l’âme du disparu.

 

Luzolo, l’homme seul
Le constat fait par l’opinion, c’est l’absence fort remarquée des membres du gouvernement, à l’exception du ministre de la Justice, Emmanuel Luzolo Bambi. Aucun député ni sénateur de la majorité. Seuls, les parlementaires MLC ont été aperçus. Et dans la ghotta  kinoise, des rumeurs sont allées bon train. La police mobilisée s’est montrée, du début à la fin de l’homélie, disciplinée. Des hymnes du désespoir entonnés par des jeunes se réclamant de l’opposition n’ont su pousser les forces de l’ordre à réagir.

Chebeya à Mbenseke

C’est autour de 16 heures que le cortège funèbre a quitté le temple pour le cimetière de Mbenseke-Nouvelle cité via ex-24 novembre. Proches parents, tous, vêtus en uniforme étaient bien en sanglots à l’annonce du départ, pour sa dernière demeure, de celui qui aura étrangement mobilisé l’ensemble de la communauté internationale.
Diplomates, amis, connaissances et anonymes ont évacué le parvis, visage crispé.

La foule s’interroge…

A quelques heures de l’arrivée du cortège funèbre, celui des ambassadeurs et chefs de mission diplomatique en poste à Kinshasa s’ébranle. Les représentants de grandes puissances en RDC s’annoncent l’un après l’autre.  Aux côtés du reporter du Phare, quatre anonymes s’interrogent : « Ces ambassadeurs ont laissé tout pour venir compatir avec nous. Ce que Chebeya représentait quelque chose à leurs yeux ». L’étonnement, c’est à l’arrivée de l’ambassadeur des Etats-Unis, suivi de son homologue belge. Quelques minutes ont suffi pour que s’annonce le Belge. Ceux du Canada et des Pays-Bas, toutes des femmes de fer, s’amène ntchacune, comme leurs homologues qui les avaient précédées, avec des gerbes des fleurs. Mais au-delà, il y avait des responsables des organismes d’appui aux droits de l’homme aux côtés de la crème de défenseurs des droits de l’homme de la capitale.

C’est au vélodrome de Kintambo, dans la nuit de vendredi à samedi, que le cops de « Flory » a été exposé. Et où des hommages lui ont été rendus. Que des gerbes des fleurs avaient fleuri « Flory », étendu là, enveloppé d’un ensemble costume blanc cassé sans vie. Malheureusement. La veuve, paupières enflées, affichait une réelle fatigue cumulée depuis l’annonce de l’extinction forcée de l’âme sœur.             

D-I.K

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