Fièvre pré-électorale en RDC : le temps des «coups montés»…

 


De l’avis de nombreux observateurs, les élections de 2011 à 2013 en République Démocratique du Congo  risquent de ne pas se dérouler dans la transparence et dans un climat apaisé. En effet, la fièvre pré-électorale qui est en train de gagner tous les états-majors politiques s’accompagne de stratégies suspectes visant la disqualification, avant terme, d’adversaires politiques. L’heure des « coups montés » semble avoir sonné.

    Alors que les partis politiques et cartels proches de la majorité au pouvoir recrutent des militants et implantent des sections partout – entreprises publiques et privées, marchés, universités, instituts supérieurs, quartiers, communes, districts, territoires, secteurs, villages, ports, aéroports, parkings – pareilles initiatives sont très mal vues, sinon torpillées dès qu’elles émanent d’un parti ou leader l’opposition, institutionnelle comme extraparlementaire.
    Ainsi en est-il d’étudiants qui ont pris des cartes d’affiliation auprès des formations politiques se réclamant de l’opposition et dont les leaders ont déjà affiché leurs ambitions pour des mandats politiques au sommet de l’Etat ou à la députation nationale. Le cas le plus récent et le plus abondamment commenté est celui de cet étudiant de la Faculté des Lettres, le nommé Israël Beya, qui connaît de gros ennuis au niveau des services de sécurité pour s’être fait membre de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), un parti politique de création récente, lequel a choisi d’opérer dans les rangs de l’opposition.

L’appel du 21 janvier

    Selon les informations parvenues au Phare, l’étudiant Israël Beya a reçu, le vendredi 21 janvier 2011, vers 21 heures 40, un appel provenant d’un numéro masqué et l’invitant à participer à une réunion de leur groupe. « Trouves-nous au niveau du rond point Vatican. De là, on ira à une réunion du parti », a lancé son correspondant anonyme. Logé au Home X, Israël s’est empressé de s’apprêter pour le lieu du rendez-vous.
    Mais une fois arrivé au rond point Vatican, il était surpris d’être interpellé par deux inconnus. Pendant qu’il se posait des questions au sujet de ces deux individus, un troisième a surgi de l’ombre. Après l’avoir apostrophé par son prénom d’Israël, le nouvel arrivant va se mettre à l’accuser aussitôt d’être de ceux qui veulent vendre le pays.
    Comme les trois individus avaient adopté une attitude d’hostilité à son endroit, le garçon a pris peur et appelé immédiatement au secours. Ses cris de détresse ont eu pour effet de faire sortir ses camarades de toutes parts, tous prêts à faire front aux assaillants. Face au déferlement des étudiants vers le rond point Vatican, deux des assaillants ont réussi à prendre la fuite. Le 3me a été maîtrisé et conduit au poste de la Garde Universitaire.
    Mais, fait curieux, au lieu de verbaliser l’intrus et de laisser Israël Beya regagner le Home X en compagnie de ses condisciples, la Garde Universitaire a décidé de retenir le plaignant comme l’assaillant, sous prétexte que l’étudiant ne pouvait être relâché qu’après l’interrogatoire de l’inconnu.
    Durant toute la journée de samedi, un ballet bizarre de plusieurs personnalités politiques a été observé du côté du poste de la Garde Universitaire. L’on a fini par apprendre que toutes faisaient pression sur Beya pour l’amener à porter des accusations contre certains politiques de l’opposition, de manière à faire accréditer la thèse de la main noire qui serait en train de manipuler les milieux universitaires pour les pousser aux réactions épidermiques et actes de vandalisme. Ainsi, les violences vécues à l’Unikin après l’assassinat de deux étudiants en l’espace de 10 jours seraient commanditées par des politiciens.
    Apparemment, selon des sources estudiantines, Israël Beya a refusé de mordre à l’appât. Aussi, même les accusations formulées publiquement par certaines autorités autour de la main noire qui agiterait le campus de l’Université de Kinshasa n’ont pu être confirmées par ce prétendu infiltré.

Pourquoi une main noire ?

    La question à se poser, face au feuilleton de Beya Israël, est de savoir si les événements malheureux enregistrés le jeudi 13 janvier 2011 à l’Unikin et dont tout Kinshasa connaît les tenants et les aboutissants étaient planifiés. Dans quel intérêt cherche-t-on à impliquer cet étudiant dans un prétendu « coup monté et manqué » et à casser ainsi son avenir académique ? Ce qui s’est passé à l’Unikin était très clair : deux étudiants avaient trouvé la mort dans des circonstances troublantes et leurs copains avaient décidé de protester à travers une marche pacifique qui a mal tourné.
Tous ceux qui sont passés par le banc de l’université et qui connaissent les mentalités estudiantines ne sont pas du tout étonnés que les événements aient pris une tournure dramatique. On peut rappeler, à ce sujet, des précédents fâcheux tels ceux de 1964 ( Génération N’Singa Udjuu, Kamanda wa Kamanda, etc), du 4 juin 1969, du 4 juin 1971 à l’Unikin, et du 10 mai 1990 à l’Unilu (« Opération lititi mboka »). Qui avaient manipulé les étudiants sous Kasa-Vubu et Mobutu ? Qui avait incité les étudiants français, en 1968, à pousser la général Charles de Gaule à la porte de sortie ? Qui a intoxiqué les étudiants tunisiens pour les amener à grossir les rangs des manifestants contre les dignitaires du régime du président déchu Ben Ali ?
    La jeunesse estudiantine universelle est ainsi faite. Les étudiants congolais ont-ils besoin d’une main noire pour constater qu’ils mangent mal, qu’ils dorment à 10 dans une chambrette, qu’ils s’entassent à 1.500 dans un auditoire construit pour 300, qu’ils n’ont pas de bourse d’études, qu’ils sont obligés de réquisitionner des véhicules des privés pour aller aux cours et rentrer chez eux, que les installations sanitaires de leurs homes sont bouchées depuis des lustres, que les cotes des examens, interrogations et travaux pratiques sont monnayées, qu’il n’existe plus de perspective d’embauche au sortir de leurs études… ?
    La grogne sociale est omniprésente en milieux estudiantins congolais. C’est le ras le bol permanent. De quoi Israël Beya est-il responsable pour être privé de liberté et de la possibilité de poursuite de ses études, même si c’est pour affronter, à l’image des milliers de ses prédécesseurs, les affres du chômage au terme de la grande fête de sa « collation » ?

                Jacques Kimpozo

 

Leave a Reply