Fichier électoral : la grande inconnue !

Le processus électoral congolais est en train de livrer progressivement ses secrets. Après la très controversée révision constitutionnelle et la non moins controversée mise en place du Bureau de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante), sur fond de disqualification de la Société Civile, Congolaises et Congolais sont à présent fixés sur le chronogramme des élections.

La grande inconnue demeure cependant et toujours le fichier électoral. Lancées en 2009 à Kinshasa sous l’égide de la défunte CEI (Commission Electorale Indépendante), les opérations de révision du fichier électoral avaient été déclarées nulles à cause de la non prise en compte des détenteurs d’anciennes cartes d’électeurs. Relancées peu après au Congo, elles sont loin d’être bouclées. Les pannes des kits, les interférences de certaines autorités zélées de la territoriale dans le travail des agents de la CEI/CENI, l’éloignement et l’insuffisance des centres d’enrôlement, le monnayage des cartes d’électeurs, la confusion autour de l’enrôlement ou non des citoyens non détenteurs d’anciennes cartes d’électeurs, les difficultés de trésorerie de la CENI causent un retard fou à un processus pourtant engagé dans une course contre la montre.

La CENI vient de décider d’accentuer la pression sur elle-même en annonçant la clôture des opérations de révision du fichier électoral au 30 juin 2011. Cela voudrait dire qu’il ne lui reste que deux mois pour enregistrer tous les ayants-droit à travers la République. Mais, au rythme où se déroule la révision du fichier électoral, l’on se demande si des millions de compatriotes encore non inscrits dans les 7 provinces actuellement prises en charge auront leurs cartes d’électeurs.
Comment vont se passer les choses à Kinshasa, d’autant qu’en 2009, la CENI avait préféré fermer ses centres d’enrôlement après avoir brillé, pendant deux mois, par un amateurisme révoltant ? La question est d’autant importante que le cafouillage enregistré à l’occasion était le fait de seuls nouveaux inscrits. La CENI sera-t-elle amenée, comme la CEI de triste mémoire, à fermer boutique à l’échéance du 30 juin et à abandonner des millions de candidats à l’enrôlement sur de longues et interminables files d’attente ? Les Kinoises et Kinois éligibles au vote seraient-ils obligés, comme en 2009, de se réveiller à quatre heures du matin pour gagner leurs places devant les bureaux d’enrôlement et d’y rester jusqu’à la tombée de la nuit sans se faire délivrer leurs cartes d’électeurs ?  Carte d’électeur contre une matraque de la police ou de l’argent : c’était aussi le décor de l’enrôlement à Kinshasa.

Tout le monde souhaite que la CENI produise un fichier électoral où devraient apparaître tous les Congolais et Congolaises en âge de voter et remplissant les critères requis à cet effet. Afin que le corps électoral ne puisse prêter à la moindre équivoque, cette institution d’appui à la démocratie devrait se faire violence pour afficher les listes électorales dans tous les quartiers et villages ayant abrité ses antennes.

Ainsi chaque villageoise ou villageois d’une part, et chaque citadine ou citadin d’autre part devraient avoir le loisir de les consulter afin de s’assurer qu’elles ne renferment pas des « infiltrés »,  à savoir des Congolais à la double ou triple nationalité, des expatriés, des « morts », des mineurs d’âge, des policiers et militaires. Nos concitoyens voudraient savoir avec exactitude combien d’entre eux ont le droit de décider du sort des animateurs de futures institutions nationales, provinciales et locales.

Si la CENI arrive à dresser des listes électorales réellement « transparentes », ce serait tout à son honneur. Un tel travail serait le prélude à la transparence des scrutins proprement dits, à tous les niveaux.

Kimp

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