Fichier électoral, annexes à la loi électorale : Ngoy Mulunda joue avec le feu

Le président du Bureau de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) a fait une surprenante déclaration le dernier week-end, juste après avoir déposé, auprès du président de l’Assemblée Nationale, le projet de texte contenant les annexes à la Loi électorale, que sont appelées à toiletter les deux chambres du Parlement. S’exprimant sur un ton péremptoire et à la 1ère personne du singulier, il a lancé aux députés nationaux et aux sénateurs un ultimatum qui court jusqu’au 10 août 2011, qu’il considère comme un délai butoir pour le dépôt, entre ses mains, du texte éventuellement amendé.
 
Passé ce délai, a-t-il, «  … je découple la présidentielle et les législatives ». La grande interrogation de l’heure est de savoir si l’Assemblée Nationale et le Sénat, dont la session extraordinaire s’ouvre bientôt, sans précision de date, sauront vider une matière aussi sensible dans le délai prescrit unilatéralement par le président de la CENI. Mais au regard du parcours que devrait suivre le texte apprêté par Daniel Ngoy Mulunda, à savoir d’abord son examen et son adoption à l’Assemblée Nationale, ensuite le même exercice au niveau du Sénat et, enfin, l’harmonisation au niveau de la Commission mixte de deux chambres, il est mathématiquement impossible de respecter la date du 10 août.
 
Visiblement, le président de la CENI est en train de jouer avec le feu car sa décision unilatérale de découpler la présidentielle et les législatives non seulement viole la Constitution révisée il y a 7 mois à peine mais ensuite va soulever un tollé de protestations à tous les niveaux, à commencer par le Parlement, une institution qui a la préséance sur la CENI et qui n’accepterai d’être sous un diktat d’une institution inférieure.
 
Au niveau de la classe politique comme de la Société Civile, Daniel Ngoy peut imaginer les manifestations de colère et d’indignation que souleverait malheureuse initiative. Il n’a qu’à se rappeler, à ce sujet de la controverse suscitée, en son temps, par la proposition des juristes de la défunte AMP (Alliance de la Majorité Présidentielle) de renvoyer les élections législatives à une date autre que celle de la présidentielle. Découpler la présidentielle des législatives, c’est chercher à mettre le feu à la maison Congo qui est déjà fort menacée par le manque de transparence du fichier électoral.
 
Comment Daniel Ngoy Mulunda peut-il imposer un délai butoir au Parlement alors que son institution vient de créer d’autres problèmes en supprimant des sièges par ci, pour en ajouter par là, sans donner des explications convaincantes à ce sujet ? Pourquoi cherche-t-il à précipiter l’adoption des annexes à la Loi Electorale dans un climat de vive contestation du travail que la CENI a réalisé dans la révision du fichier électoral ?
 
Tous les partenaires politiques et sociaux qui cherchent à savoir pourquoi le Katanga se retrouve avec un effectif d’électeurs proche de 5 millions alors que ce n’est pas la province la plus peuplée de la République n’ont pas reçu jusque-là de réponses claires. De même, la demande des partis politiques d’avoir accès au serveur de la CENI pour s’assurer de la véracité des statistiques diffusées jusque-là est restée sans suite.
 
Finalement, l’on se demande ce que tenterait de cacher le président de cette institution d’appui à la démocratie. Le refus de répondre aux préoccupations de la classe politique, notamment l’opposition, et des organisations de la société civile cacherait-il des irrégularités flagrantes ayant pour visées de fausser les résultats des élections ? Si tel n’est pas le cas, pourquoi ne pas apaiser les consciences par l’ouverture du travail de révision du fichier à tous ceux qui doutent de sa transparence ?    
 
Kimp

Leave a Reply