De faux agents de sécurité en divagation : des extorsions se multiplient

Depuis des mois, des hommes embarqués sur des motos réquisitionnées ou prises en location, rôdent à travers la ville de Kinshasa, en quête des occasions pour frapper. A la vue d’une femme trimballant un gros sac à main, ils demandent au motocycliste de s’approcher d’elle. Poliment, ils l’attirent loin des témoins curieux pour éviter toute intervention. La présentation faite, ces faux agents de services de sécurité militaire demandent à fouiller le sac, sous prétexte qu’ils recherchent des armes de guerre, telles que des revolvers, des grenades ou autres effets militaires.
La frousse de la victime est pour eux, un indicateur révélateur de son état d’esprit et qu’ils peuvent soumettre son sac à une fouille systématique. Pendant que l’un de ces malfaiteurs distrait alors la dame, son compère soutire les téléphones portables, tablette et des billets de banque.  Et le wewa, moteur en marche, attendait la fin de l’opération. Au premier signal, le sac restitué, les deux délinquants qui ont remonté sur l’engin à deux roues, se sont orientés  dans une direction contraire.
C’est des minutes plus tard que Mme Mbuyi se rendra à l’évidence qu’elle a été dépouillée de ses deux téléphones V.I.P. de marque Samsung et autres biens de valeur.
Un colonel à la retraite debout à l’intersection de l’avenue Inga avec Kasa-Vubu, attendait samedi dernier, vers 11 H, un véhicule pour se rendre au rond-point Victoire. Assis sur la banquette, deux passagers ont demandé au motocycliste de les descendre parce qu’ils devaient interpeller l’homme. Ils l’ont salué en se présentant comme étant des agents de sécurité.
Que me voulez-vous ? leur a toisé le colonel qui ne s’expliquait pas ce que ces «  agents » pouvaient lui reprocher. Nous devons fouiller le sac ! Ne résistez pas, car tu nous obligerais à te conduire au bureau où tu auras à t’expliquer devant nos chefs, menaçait l’un de ces mécréants.
Enervé, l’officier à la retraite a exigé leur bulletin de service. Pendant qu’ils balbutiaient, il a exhibé  son ancienne carte de service. A la vue de cette pièce d’identité, les faux agents de sécurité se sont confondus en excuses devant l’homme, mais furent incapables de présenter un ordre de mission. Et sans demander le reste, ils ont sauté sur leur moto prenant une direction inconnue.
Au milieu de la semaine passée, c’est le cadre d’un grand journal de la place qui a été interpellé par les malfaiteurs de même acabit. Croyant avoir affaire à une personne naïve, ils ont tenté de fouiller sa mallette. Mais ce dernier a opposé une résistance farouche. Dès qu’il a téléphoné aux autorités policières pour s’enquérir de la légalité de cette campagne de contrôle des sacs et mallettes des citoyens, menée par des prétendus agents de sécurité, le journaliste apprendra qu’une telle opération n’a pas été initiée et que ceux qui le font sont des malfaiteurs.
Au moment où il appelait quelques passants à l’assister pour appréhender ces délinquants, les deux gaillards sont vite montés sur leur moto et se sont évanouis dans les dédales des rues de la commune de Bandalungwa.
Une fois de plus, deux autres agents tracassiers ont interpellé le lundi 17 novembre, à 14 heures, un enseignant en quête d’un taxi pour la commune de la Gombe. Il se verra approcher par deux jeunes garçons qu’une moto venait de débarquer. Mission ? Contrôler ses pièces d’identité et fouiller sa mallette.
Prudent, l’enseignant a sorti son téléphone et dévoilé le fond de sa mallette qui ne contenait que des livres, des notes d’élèves et quelques effets personnels. N’ayant rien trouvé d’intéressant, ils ont remonté sur leur moto, l’abandonnant avec son sac.
Les interpellations de cette nature sont devenues légion dans la ville de Kinshasa. Des victimes en ont vécu dans les communes de Bandalungwa, Kasa-Vubu, Ngiri-Ngiri, et Kalamu. On laisse entendre que ces faux agents de sécurité n’en sont pas à leurs premiers coups du genre. Parmi eux, il y a des déserteurs policiers et militaires qui recourent à ces coups pour extorquer des butins à leurs victimes.
La difficulté que ces dernières rencontrent dans ce genre des situations, est qu’au moment des interpellations, aucune jeep de la police ne passe dans les parages. Ensuite, les motos ne portant pas de plaques minéralogiques, on ne sait pas identifier le propriétaire et retrouver les traces des malfaiteurs.
A la fin de leurs opérations, ils vont procéder à des kilomètres plus loin, au partage des butins et pendant quelques jours, seront invisibles dans les lieux du «  crime ».

J.R.T.

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