Exécutions extrajudiciaires et disparitions forcées : le Rodhecic tire la sonnette d’alarme

Trois acteurs sociaux, membres du Réseau d’Organisations des Droits de l’Homme et d’Education Civique d’Inspiration Chrétienne « Rodhecic »  et de l’asbl « Amis de la prison » ont animé le samedi 5 février 2011au siège du regroupement d’ong à Lingwala  une journée de réflexion axée principalement  sur les exécutions extrajudiciaires et les disparitions forcées.

 Paul Kabeya , Fabien Ngoy  de l’Association Chrétienne pour l’Abolition de la Torture «  Acat »,  et  Célestin Ohote des « Amis de la prison »  ont  suivi dernièrement à Yaoundé, en compagnie  de leurs collègues   africains, une session de formation sur les défis auxquels ils doivent faire face en matière d’ exécutions extrajudiciaires et de disparitions forcées.

En organisant cet atelier, Kabeya et consorts ont voulu aussi  amener les opj, commandants de police et autres acteurs d’étudier des voies et moyens pour améliorer la situation des droits de l’homme en RDC. Et en même temps voir comment adapter les connaissances acquises à Yaoundé  aux réalités locales.  Ou  encore faire le plaidoyer pour amener notre pays à ratifier la convention internationale sur les disparitions forcées.

Trois exposés portant sur les fondements philosophiques, anthropologiques théologiques, les violations des droits de l’homme, la convivialité entre acteurs étatiques et non étatiques ont été débattus.
L’exposé de Paul Kabeya a été certainement l’intervention phare de la journée.
D’entrée de jeu, Kabeya a dit bien qu’on parle de la diversité dans le domaine des droits de l’homme, il ya aussi des points d’intersection.
Et quand on parle de violation, c’est qu’il y a une personne morale ou physique qui en est l’auteur.
Ces considérations énoncées, il a fait remarquer que les disparitions forcées ont souvent des motivations politiques. Et les enlèvements  sont surtout  occasionnés par des motivations matérielles.

Une vieille pratique

 Les  disparitions forcées datent de la nuit des temps. Les personnes victimes de cette pratique sont souvent torturées. 78 nations , entre autres  l’Espagne, le Cambodge, l’Algérie, le Brésil…  et plusieurs pays de l’Amérique Latine détiennent le triste record des pays où cette pratique a fait de nombreuses victimes.
 L’argentin Adolfo Perez, auréolé dans le passé  d’un titre de  Prix Nobel de la paix a été la première personne à s’intéresser de près à ce concept  de disparition forcée  vers l’année 1981.
 La communauté internationale s’en est appropriée.  Une Déclaration , hélas moins contraignante, fut adoptée au niveau de l’ONU.  Au finish, une Convention internationale fut signée en 2006 pour mieux combattre ce fléau. Jusqu’ici très peu des pays l’ont ratifiée. La RDC ne l’a pas encore ratifiée.
 Ladite convention contient une quarantaine d’articles.
Il est même dit dans l’un des articles que les cas des  disparitions forcées à une plus grande échelle sont  érigés en crimes contre l’humanité, a indiqué Kabeya.
 Plusieurs familles ( surtout en Amérique Latine)  victimes des disparitions forcées s’étaient mobilisées pour avoir des nouvelles des leurs. Cela a fini par payer.
 C’est d’ailleurs pour cela qu’on a institué des commissions vérités et réconciliations un peu partout dans le monde.
 On retiendra de l’exposé de Fabien Ngoy que pour une meilleure perception des droits de l’homme, il est indiqué de s’intéresser aux approches philosophiques, anthropologiques, sociopolitiques et théologiques. Toutes ces approches, a fait remarquer le chargé du monitoring à l’Acat, doivent être mises chacune à côté de l’autre, pour que nos sociétés aient une bonne morphologie.
 Fabien Ngoy a déclaré qu’au départ, les églises avaient estimé que les droits de l’homme étaient une auto affirmation de l’homme contre l’autorité divine. Leur position a nettement évolué.
 Par contre, chercher à comprendre les devoirs de l’homme par une démarche sociopolitique, c’est chercher à décrire  les faits sociaux liés à la politique.
Pour la sociologie, a-t-il expliqué, les droits de l’homme ne doivent pas être perçus comme des notions banales. En somme, les débats idéologiques tiennent une place importante. C’est ainsi qu’il a même parlé du marketing des mouvements locaux.

Clairvoyance

 Fabien Ngoy, Célestin Ohote… ont été précédés par le secrétaire permanent du Rodhecic, Jean – Baptiste Ndundu. Il a fait remarquer  que les acteurs sociaux ont intérêt à s’intéresser de près aux concepts d’exécutions extra judiciaires  et des disparitions forcées. D’autant plus que les échéances électorales pointent à l’horizon.  La Fédération Internationale pour l’Abolition de la Torture « Fiacat » a largement contribué à l’organisation de la session de formation de Yaounde.  Dans les mois à venir, Ohote, Ngoy et même des acteurs sociaux de l’arrière pays seront de nouveau les hôtes du cycle Norbert Kenne, organisateur des sessions des formations  sur les droits de l’homme.

Jean- Pierre Nkutu
 

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