Evariste Boshab dénonce l’esprit sectaire

Evariste Boshab a finalement procédé, le mardi 15 juin 2010, à la clôture de la session ordinaire de l’Assemble Nationale, laquelle aura duré trois mois. Le doute était persistant au sujet de cette formalité protocolaire, en raison notamment de la grave crise survenue entre la Chambre basse du Parlement et le Parquet Général de la République, à cause de la divergence d’approche dans l’affaire du député Mukonkole.

Selon Evariste Boshab, plusieurs facteurs, exogènes comme endogènes ont terriblement gêné le travail de ses collègues. Aussi les a-t-il exhortés à profiter des vacances parlementaires pour se refaire une santé et reprendre en force en septembre. Content du climat de convivialité en progression à l’Assemblée Nationale, Boshab a toutefois condamné des relents de sectarisme qui y persistent. Son vœu est que le Cinquantenaire aide à panser les blessures intérieures des millions des Congolais et à les engager davantage dans la voie de la paix.

Ci-dessous, le texte intégral de son mot de circonstance

Le président de la Chambre basse relève une forme d’insolence qui se développe eu égard à la Constitution

Ensemble, nous avons déployé les efforts nécessaires pour faire de notre chambre législative un lieu où se défendent les intérêts de notre peuple indépendamment de nos clivages politiques qui ne peuvent que s’estomper face aux intérêts des plus faibles et des plus vulnérables. 

Ensemble, nous avons cultivé un climat d’harmonie pour élever notre chambre législative au niveau d’un temple où toutes les personnes, quelles que soient leurs convictions, trouvent protection et se confient sans réserves aux élus du peuple que nous sommes pour exiger de la République l’égalité et l’équité. 

Ensemble, nous avons mis en place un système de communication qui protège la dignité de chacun sans préjudicier le particularisme de chaque groupe politique.           

Mais hélas, cet édifice qui nous a servi de bouclier commun est entrain de s’écrouler sous nos regards complaisants. Il s’agit là de l’autodestruction. Comment acceptez-vous chers collègues que s’évanouisse aujourd’hui ce que nous avons construit au prix d’innombrables sacrifices ? Cet édifice commun s’appelle confiance, la confiance que nous nous faisons les uns les autres pour que la tolérance règne, la confiance sans laquelle aucun travail parlementaire n’est possible. 

C’est pourquoi, je lance un appel pathétique afin que l’esprit sectaire qui gagne de plus en plus notre chambre législative soit banni. En effet, pour ma part, l’esprit sectaire n’est pas la constitution d’une identité mais plutôt une crise identitaire. Toute crise traduit un dysfonctionnement, or l’Assemblée nationale doit fonctionner et n’a point besoin de dysfonctionnement. 

L’autocritique que nous venons de faire ne peut en aucun cas déboucher sur un découragement car les sonnettes d’alarme n’ont pas été inventées pour alarmer jusqu’à ce que les larmes coulent, mais plutôt pour empêcher celles-ci de couler. C’est pourquoi le temps que nous prendrons pour être plus près de nos électeurs, plus près de la nature, nous permettra j’en suis sûr de trouver de bonnes raisons de marcher à l’unisson. 

Il n’y a pas que des regrets, il y a aussi des avancées inscrites en lettres d’or tout au moins en matière législative. C’est notamment le cas de l’assainissement du milieu des affaires. Quand bien même la réussite de celui-ci nécessite un changement de mentalité, en ce qu’un vin nouveau dans les outres anciennes, perd tout goût, il convient de souligner que la représentation nationale a apporté sa part tout en invitant les autres à en faire autant. La loi portant organisation et fonctionnement de la commission électorale nationale indépendante a été adoptée par notre chambre et il s’agit là de notre commune détermination, non seulement, de parachever le processus électoral, mais aussi et surtout d’en imprimer la régularité pour l’enracinement et le rayonnement de la démocratie. 

L’Assemblée nationale sans s’ériger en censeur , en auscultant tant que faire se peut la charte que la refondation de la République, c’est-à-dire la Constitution constate avec stupeur que pour d’autres institutions, le respect de la Constitution est une donne à géométrie variable. C’est extrêmement grave. Dans les jours qui viennent, la représentation nationale adressera au Chef de l’Etat une requête, en sa qualité de garant de la Constitution et de la bonne marche des institutions, pour que cesse une nouvelle forme d’insolence qui se développe eu égard à la Constitution. C’est le gage de la cohésion nationale. Certes une dette a été contractée par la représentation nationale et sa liquidation s’impose. Il s’agit de la loi de programmation pour concilier les prescrits de l’article 226 de la Constitution avec les aspirations de l’ensemble de notre population. Il en est de même pour le toilettage indispensable à certaines dispositions constitutionnelles pour leur adaptation, au temps dont la maîtrise est un indice du développement, il  va sans dire que l’émission de l’élaboration d’une nouvelle loi électorale tirant les conséquences de l’expérience récente pourrait avoir une incidence négative à tout le moins nocive pour la santé de la démocratie. 

A deux semaines du cinquantenaire de l’accession de notre pays à la souveraineté nationale et internationale, les vœux de la Représentation nationale au-delà des réjouissances populaires à la fois évocatoires et évocatrices seraient que cette séquence contribue à la cicatrisation des blessures, à la consolidation de la paix, à un sursaut d’orgueil pour un Congo plus grand, revendiquant la place qui est la sienne dans le concert des Nations. 

Dans cet ordre d’idées, puisque les droits mémoriels consolident la Nation en jetant le pont entre le présent et le passé, notre chambre législative entend organiser dans deux jours, une cérémonie de commémoration pour rendre hommage aux pionniers, car en effet, c’est le 17 juin 1960 que fut mise en place la chambre des Représentants. Nous considérons le travail  parlementaire comme un dépôt des sédiments en ce que chaque Assemblée législative, quel que soit son mode de désignation, aura apporté un plus dans le processus de la défense des intérêts du peuple et de la prise de conscience qu’au-delà de l’amour propre de chaque être, il y a un être plus grand qu’est la Nation congolaise. 

Le travail des députés reste toujours incompris du commun des mortels. Pour certains, les députés ne devraient pas être payés. Ils doivent plutôt s’investir à défendre les intérêts du peuple par l’élaboration de bonnes lois, le fait de les avoir élus est déjà une rétribution suffisante. Pour les autres, les députés seraient  très bien payés pour ne rien faire. Là, il s’agit de la calomnie, de la mauvaise foi car ceux qui soutiennent cette thèse, bien que conscients du travail éminent qu’abattent les députés, aimeraient les voir croupir dans la misère afin de les rendre malléables à souhait, en quelque sorte à leur merci. Mais, si un député peut être à la merci de qui que ce soit, il perd son âme, il n’a plus d’identité puisqu’il ne saurait plus défendre les intérêts des pauvres, des orphelins et des veuves, il ne représente plus personne. 

Raison pour laquelle nous ne pouvons transiger sur la dignité et la considération dues à un élu du peuple. Nous aimerions, si cela emporte l’assentiment des honorables députés, organiser pour le reste de la législature, au moins une journée porte ouverte par mois, où nous inviterons plusieurs catégories socio-professionnelles de notre pays pour engager un dialogue constructif sur le travail parlementaire afin de donner l’image réelle du député, pour ne pas dire, son importance dans le fonctionnement d’une société démocratique. 

Je ne peux terminer, chers collègues, sans citer la belle définition que donne Victor Hugo de notre travail. En effet, pour cet auteur : « le parlementaire, c’est la garantie des citoyens, la liberté de discussion, la liberté de la presse, la liberté individuelle, le contrôle de l’impôt, le droit de savoir ce qu’on fait de votre argent, la solidité du crédit, la liberté de conscience, la liberté des cultes, la sécurité de chacun, le contrepoids de l’arbitraire, la dignité de la Nation, l’initiative publique, le mouvement, la vie. 

Vous comprenez, chers collègues, que pour l’auteur de NAPOLEON, le petit, le parlementaire est une vision d’un monde meilleur ou chacun a droit à ce qu’il lui est dû.           

C’est cette vision partagée où même les partis antidémocratiques doivent être protégés par le système démocratique que nous devons promouvoir pour un Congo toujours plus grand et plus fort. C’est cette vision partagée d’un Etat de droit que je souhaite vous voir soutenir auprès de vos électeurs pendant les trois mois, où nous allons devoir nous séparer pour concilier le travail au sein de l’hémicycle et sur terrain. 

J’aimerais que cette interruption de trois mois que l’on dénomme vacances parlementaires, par abus de langage, puisse vous permettre de vous reconstituer physiquement et philosophiquement de sorte qu’en nous retrouvant, en septembre prochain, nous soyons des femmes, des hommes transformés pour la réalisation de l’idéal commun.           

Ainsi, conformément à l’article 115 point 1 de la Constitution et 55 point 1 de notre règlement intérieur, voudrais-je déclarer clos les travaux de la Session ordinaire de mars 2010. 

Je vous remercie

Evariste Boshab

 

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