«Esprit de vie» : le clientélisme politique en embuscade

esprit de vieDans son objectif de chasser définitivement les bus de marque Mercedes communément appelés « Esprit de mort », le gouvernement vient d’honorer sa promesse faite aux hommes d’affaires spécialisés dans le transport en commun en mettant à leur disposition, sous forme de prêt, un lot important de véhicules de marque Hyundai. Ces véhicules sont entreposés et exposés à la place dite du Cinquantenaire située juste en face du Palais du Peuple. Selon le service du protocole du Ministère des Transports et Communications, il est prévu plus de cinq cents bus d’ici le mois de juin prochain et c’est alors que l’on va procéder à la livraison auprès de ceux qui remplissent les conditions requises, notamment les opérateurs économiques spécialisés en transport en commun regroupés au sein d’une association corporative reconnue par l’autorité compétente.

                Outre l’affiliation au sein de cette association corporative, il est demandé aussi de délier au préalable le cordon de la bourse à la hauteur de la somme équivalente à 20 % du prix total du véhicule en question dont le coût total serait de l’ordre de 57.000 dollars Us. Cela, sous forme de garantie. Jusque-là, rien d’anormal, indique-t-on. Mais seulement voilà ! Connaissant les us et coutumes congolaises, il y a risque de voir ces véhicules tomber entre les mains des proches des apparatchiks du régime au pouvoir.

            Dans les annales de l’histoire politique de ce pays pourtant béni des dieux, l’on renseigne des cas d’attribution des engins de portée économico-financière à des proches ne remplissant même pas la moindre des conditions exigées. Il y a deux ans, le gouvernement de la République avait promis un important lot d’engins agro-pastoraux aux opérateurs socioéconomiques remplissant une série des conditions pour animer le programme de la relance agricole. Quelle n’a pas été la surprise des observateurs de se retrouver en face des individus sortis d’on ne sait quel coin bénéficier des tracteurs sophistiqués et ultramodernes dont le 9/10 ème avaient été revendus quelques mois après dans les parcs de vente des véhicules sur les Boulevards Lumumba et Sendwe et à vil prix. Très peu d’entre eux pouvaient se vanter de disposer des espaces de terres pour la relance des activités agropastorales. D’autres ne se sont même pas gênés de garder leurs engins dans leurs parcelles situées soit à Kinshasa ou dans d’autres villes du pays.

            A l’époque du MPR-parti-Etat, le ministère de l’Agriculture avait distribué des engins agricoles à des dignitaires du régime assortis des crédits agricoles leur octroyés par la Banque de Crédit Agricole. Non seulement ces engins se sont retrouvés exposés à la vente dans les divers parcs automobiles de la capitale, mais ce qui est grave, c’est que les crédits financiers leur alloués par la célèbre Banque de Crédit Agricole ou BCA furent utilisés pour se taper des villas à Binza-Pigeon, UPN, Ozone et Ma Campagne. Sans oublier l’enrichissement de leurs charrois automobiles avec des grosses cylindrées de dernier cri. Voilà comment cette Banque de Crédit Agricole a mis la clef sous le paillasson et les débiteurs se sont volatilisés dans la nature car faisant partie des groupes des intouchables du régime.

L’un des ministres de l’Agriculture, aujourd’hui disparu, qui avait présidé les opérations des attributions de ces engins agricoles fut rattrapé par un procès lui intenté au lendemain de ses critiques acerbes faites à charge du régime de l’Afdl-CPP. Il fut appréhendé et jugé en procédure de flagrance devant la Cour Suprême de Justice pour détournement des tracteurs et se vit infligé une peine privative de liberté de quatre ans. Dieu merci, il fut sauvé et remis en liberté au lendemain de l’assassinat de Mzee. Tous les regards sont donc tournés vers le Ministère des Transports Communications pour suivre les opérations de remise de ces véhicules de transport en commun censés chasser les bus dits « esprit de mort » que les congolais  attendent de tous leurs vœux.

                                   F.M. 

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