En marge du 30 juin 2013 : discours de l’indépendance et leurs significations

Baudouin_et_kasavubu_30_juind_independance(Pr Kambayi Bwatshia, UPN)

L’indépendance n’est pas un cadeau

La situation interne du Congo et l’inquiétude belge n’ont pas empêché le roi Baudouin d’atterrir à Léopoldville le 29 juin 196û. Le lendemain du 30 juin, c’est la grande fête, on se formule des voeux, les quartiers populaires de la capitale congolaise sont en liesse, on danse au rythme de l’indépendance cha-cha », cette chanson de I’immortel Grand Kallé :

Refrain.

Indépendance chacha tozui e**

Oh Kimpwanza chacha tubakidi

Oh Table Ronde chacha bagagner

Oh Dipanda chacha tozui e.

Solo.

Assoreco na Abako

Bayokani moto moko

Na Conakat na Cartel

Balingani na front commun

Bolikango, Kasavubu

mpe Lumumba na Kalonji

Bolia, Tshombe, Kamitatu

Oh Esandja, mbuta Kanza

Na M:N.C., na UJECO

Abazi na P.N.P.

Na PSA African Jazz

Na Table Ronde mpe ba gagner.

Traduction:

Refrain.

L’indépendance, nous l’avons conquise ! chacha

Quelle joie ! Oh quelle joie !

L’indépendance, nous I’avons obtenue

La Belgique coloniale et le(s) Lumumba (s) au Congo

Le combat de la Table ronde Oh !

Ils I’ont remporté, chacha

Quelle joie !

L’independance, nous l’avons obtenue.

Solo.

L’Assoreco et I’Abako

Comme un seul homme ont pactisé

La Conakat et le Cartel

Au sein du Front commun fraternisent

Bolikango, Kasa-Vubu

Avec Lumumba et Kalonji

Bolya, Tshombe, Kamitatu

Oh Esandja I Oh Vieux Kanza

M.N.C. et UJECO

Abazi et P.N.P-

Avec le P.S.A., vive l’African Jazz

Ont remporté le combat de la Table Ronde.

            Le « traité d’amitié belgo-congolais » vient d’être signé le 29 juin. C’est aussi la fête de la consternation, la Belgique a livré toutes les clefs de la souveraineté à une colonie confrontée à d’énormes difficultés. Le journal belge Le Peuple, dans un style romantique qui sort de ses habitudes, écrit : « Voici le Congo au cœur de l’Afrique comme un adolescent qui vient de revêtir sa robe virile. L’intelligence éclate dans ses regards, mais il doit lire encore bien de livres). Bien sûr, il doit lire ; mais si juridiquement, la Belgique a conduit les populations congolaises à leur indépendance, sociologiquement ce phénomène est bel et bien le résultat d’une conquête entreprise par les Congolais eux-mêmes, par le biais de leurs leaders et en particulier par P. Lumumba.

            L’émancipation du Congo s’est réalisée moyennant conjugaison de plusieurs forces intervenues et dans les milieux des colonisés, le cas des leaders congolais, et dans les milieux étrangers en Belgique même et dans d’autres pays; le cas des colonies françaises peut être cité. Ces forces ont modifié l’équilibre des forces entre le Congo et la Belgique.

            Les émeutes du 4 janvier 1959, tout comme le comportement des Congolais après les événements, les prises de parole des leaders congolais, particulièrement P. Lumumba l’arrestation de ce dernier, l’opinion belge elle-même ont forcé la Belgique coloniale à se débarrasser de « sa chère colonie ». Ce sont des facteurs qui ont secoué l’équilibre de l’alliance : Administration, Capitale et l’Eglise. Ceci est plus conforme à la vérité sociologique.

            Le monologue paternaliste belge fut confronté aux aspirations des masses congolaises qui estimaient que la décolonisation était leur conquête. Leur refuser le bénéfice de cette conquête aurait signifié, à leurs yeux, la mauvaise volonté des Belges. Pour un P. Lumumba, par exemple, plus que la liberté, importe la conquête de la liberté qui, seule, peut rendre aux Congolais le sentiment de leur dignité d’homme. Cette dignité, on I’a vue dans toutes les prises de parole de P. Lumumba, ne réside pas dans l’amélioration des conditions extérieures des Congolais, ni dans les formes des relations humaines, ni même dans le droit à l’autodétermination et à l’indépendance, mais dans la rupture radicale du colonisé avec sa condition. Non! L’indépendance n’était pas un (cadeau) de la Belgique aux Congolais.

            Le Congo se trouve au coeur de l’Afrique, fier de danser  « l’indépendance tchatcha » même s’’il doit lire encore beaucoup de livres ». Son Hymne de l’indépendance devient sa chanson patriotique. Essentiellement anticolonialiste et foncièrement nationaliste, l’Hymne traduit l’élan pour l’avenir et la ferme volonté des Congolais de prendre en mains leur destin. Ecoutons:

« Débout Congolais, unis par le sort; unis dans l’effort pour l’indépendance.

Dressons nos fronts, longtemps courbés,

Et pour de bon prenons le plus bel élan

Dans la paix.

O peuple ardent, par le labeur,

Nous bâtirons un pays plus beau qu’avant

Dans la paix.

Citoyens, entonnez, l’hymne sacré, de notre solidarité,

Fièrement, saluez l’emblème d’or de notre souveraineté

R/ Congo

Don béni,

R/ Congo

Des aïeux,

R/ Congo

O pays

Rl Congo

Bien aimé,

R/ Congo

Nous peuplerons ton sol et nous assurerons ta grandeur.

Trente juin O doux soleil

Trente juin du trente juin

Jour sacré sois le témoin, jour sacré de l’immortel

Serment de liberté

Que nous léguons à notre prospérité

Pour toujours !

Le discours du roi Baudouin

« Nous reconnaissons avec joie et émotion votre indépendance »

            Pour le roi des Belges l’indépendance du Congo constitue l’aboutissement de l’œuvre conçue par le génie du roi Léopold II, entreprise par lui avec un courage tenace et continu avec persévérance par la Belgique (…). Pendant 80 ans, la Belgique a envoyé sur votre sol les meilleurs de ses fils d’abord pour délivrer le bassin du Congo de l’odieux trafic esclavagiste qui décimait ses populations, ensuite, pour rapprocher les unes des autres des ethnies qui, jadis ennemies, s’apprêtent à constituer ensemble le plus grand des Etats indépendants d’Afrique (…) -).

            En ce moment historique, notre pensée à tous doit se tourner vers les pionniers de l’émancipation africaine et vers ceux qui, après eux, ont fait du Congo ce qu’il est aujourd’hui. Ils méritent à la fois notre admiration et votre reconnaissance car, ce sont eux qui, consacrant tous leurs efforts et même leur vie à un grand idéal, vous ont apporté la paix et ont enrichi votre patrimoine moral et matériel (… ).

            Lorsque Léopold II a entrepris la grande œuvre ( ) il ne s’est pas présenté à vous en conquérant, mais en civilisateur (…).

            En face du désir unanime de vos populations, nous n’avons pas hésité à vous reconnaître dès à présent cette indépendance.

            C’est à vous Messieurs, qu’il appartient maintenant de démontrer que nous avons eu raison de vous faire confiance.

Votre tâche est immense, et vous êtes les premiers à vous en rendre compte. Les dangers principaux qui vous menacent sont : l’inexpérience des populations à se gouverner, les luttes tribales, jadis, ont fait tant de mal et qui, à aucun prix, ne doivent reprendre l’attraction que peuvent exercer sur certaines régions, des puissances étrangères prêtes à profiter de la moindre défaillance

            Ne compromettez pas l’avenir par des réformes hâtives, et ne remplacez pas les organismes que vous remet la Belgique tant que vous n’êtes pas certains de pouvoir faire mieux (…),

            N’ayez crainte de vous tourner vers nous. Nous sommes prêts à rester à vos côtés pour vous aider ( )-

            Mon pays et moi-même, nous reconnaissons avec joie et émotion que le Congo accède ce 30 juin, en plein accord et amitié avec la Belgique, à l’indépendance et à la souveraineté internationale.

            C’est clair, le roi a été bref dans son propos. Il a dressé une pensée pieuse à ses prédécesseurs, tuteurs, avant lui, du Congo et d’abord à Léopold II, le fondateur qui est venu « non pour prendre ou dominer », mais pour « donner et civiliser »

Le discours de J.

Kasa-Vubu

« Reconnaissance à la Belgique ».

            Avant toute chose, je voudrais vous exprimer ici, avec émotion, la reconnaissance que nous ressentons envers tous ces artisans obscurs ou héroïques de l’émancipation nationale (…).

            La Belgique eut la sagesse de ne pas s’opposer au courant de l’histoire (…)

            Nous saurons également dans tout le pays,  développer l’assimilation de ce que quatre-vingts ans de contact avec l’Occident, nous a apporté de bien : la langue qui est l’indispensable outil de l’harmonisation de nos rapports, la législation qui, insensiblement, a influé sur l’évolution de nos coutumes diverses et les a lentement rapprochées, et enfin et surtout la culture (.. ) aussi ce contact de la civilisation chrétienne et les racines que cette civilisation a faites pousser en nous, permettront au sang ancien revivifié, de donner à nos manifestations culturelles une originalité et un éclat tout particulier (…).

2. Ce que Kasa-Vubu n’a pas dit.

            Voici le texte de la partie du discours de J. Kasa-Vubu que celui-ci n’a pas prononcé, semble-t-il, à la demande de P. Lumumba, tel qu’on peut le lire dans le Peuple du 1er  juillet 1960 :

La présence de votre auguste Majesté aux cérémonies de ce jour mémorable, constitue un éclatant et nouveau témoignage de votre sollicitude pour toutes ces populations que vous avez aimées et protégées. Elles sont heureuses de pouvoir dire aujourd’hui à la fois leur reconnaissance  pour les bienfaits que vous et vos illustres prédécesseurs, leur avez prodigués et leur joie pour la compréhension dans laquelle vous avez rencontré leurs aspirations.

            Elles ont reçu votre message d’amitié avec tout le respect et la ferveur dont elles vous entourent et garderont longtemps dans leur coeur les paroles que vous venez de leur adresser en cette heure émouvante

Elles sauront apprécier tout le prix de l ‘amitié que la Belgique leur offre et elles s’engagent avec enthousiasme dans la voie d’une collaboration sincère.

Messieurs les représentants des pays étrangers, vous avez bien voulu portager nos joies et vous nous avez fait l’honneur de venir nombreux célébrer avec nous ces journées historiques ( …).

            Vous qui voyez autour de vous I’immense enthousiasme qui s’est emparé de toute la nation, vous qui sentez notre désir de réussir et de bien faire, je vous demande de faire connaître au monde, cette image pleine d’espoir que vous emporterez du Congo et qui est sa vraie image.

Je proclame du nom de la nation la naissance de la République du Congo.

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