En marge de l’An 1 à la Primature : les chiffres parlent pour Matata

Plus que les années antérieures, le bilan des douze premiers mois des illustres locataires de la Primature semble intéresser beaucoup de monde. Ce n’est pas sans raison. L’on attendait beaucoup de l’équipe d’Augustin Matata Ponyo, compte tenu de son propre profil et de celui de ses collaborateurs, qualifiés de « technocrates surdoués ». Après le premier quinquennat du Chef de l’Etat, Joseph Kabila, dont l’idée-force s’articulait autour des « Cinq chantiers » de la République, et un certain goût d’inachevé ressenti par plusieurs pans des populations de Kinshasa comme du Congo profond, le nouveau Premier ministre devait convaincre plus d’un que la « Révolution de la Modernité » n’allait pas s’arrêter au slogan.

            Echelonné du 09 mai 2012 au 09 mai 2013, le parcours de Matata est commenté diversement. Pour les uns, il a échoué sur toute la ligne. Pour d’autres, il serait plus juste de le juger à l’analyse des résultats. Et, sur ce terrain, les chiffres semblent plaider pour la reconnaissance de ses mérites. Il est difficile, par exemple, de ne pas admettre que le taux d’inflation a sensiblement baissé, au point ne se situer à 2,72 % à la fin de l’exercice 2012.  Selon son entourage, le chef du gouvernement s’est lancé un défi à lui-même : celui de ramener l’inflation à moins de 1%, à la fin de l’année en cours. Il faut faire une marche-arrière de plus de trente ans pour retrouver, dans les archives de 1970, le taux de 1,7%. On est bien loin du cauchemar de l’année 2001, avec 511,2 % de taux d’inflation.

 Quant au taux de croissance, il se veut aussi celui des records comme dans les années 68 et ‘70, où il avait atteint respectivement 8,4 et 9,7%. Pour 2012, le pays a affiché un taux de croissance de 7,1%, ce qui est nettement mieux que celui de 2009, chiffré à 2,8%. Matata rêve de placer la barre à 8,4 % au terme de l’année 2013 et à deux chiffres à l’horizon 2014. Plusieurs facteurs le poussent à l’optimisme, notamment la multiplication des recettes publiques par deux, grâce à une collecte efficiente de l’impôt, la stabilité monétaire en dépit de la mise en circulation des coupures à valeur faciale adaptée (1.000 FC, 5.000 Fc, 10.000 Fc et 20.000 Fc).

Amère mais salutaire pilule des réformes

            Les réformes initiées par Augustin Matata avaient suscité, au départ, beaucoup de critiques. C’était le cas, entre autres, pour la bancarisation. Mais, une fois de plus, l’innovation a permis à l’Etat congolais de maîtriser les effectifs de ses fonctionnaires, soldats et policiers. Fin mai 2013, le nombre de cadres et agents de l’Etat bancarisés est estimé à 750.000, alors qu’en 2012, seulement 87.800 l’étaient. En termes d’épargne, le Trésor public congolais en est aujourd’hui à un bonus de 4,7 milliards de Francs congolais, un fond qui prenait des destinations inconnues. Comme effets d’entraînement dans la traçabilité des fonds destinés à la paie des personnes qui émargent du Budget de l’Etat, il y a la redynamisation du système bancaire et la création de 13.000  nouveaux emplois à travers des projets à Haute Intensité de Main d’œuvre (Himo), dans des secteurs tels que l’Agriculture et l’Infrastructures.

            La bataille de l’amélioration du climat des affaires reste de mise. Le souci du gouvernement est de favoriser, dans la mesure du possible, l’application des procédures transparentes dans la cession des actifs miniers de l’Etat et des entreprises du Portefeuille, la publication des contrats miniers, la déclaration des revenus générés par l’exploitation des ressources naturelles. L’exécutif national continue d’attacher une importance particulière à la révision du Code minier, conformément aux intérêts de toutes les parties prenantes, la mise en place du Guichet unique intégral, l’implantation d’un service géologique national, l’aménagement d’un cadre de concertation permanent entre les régies financières et les opérateurs miniers, etc.

Santé, Education, Transport, Agriculture…

            Le social, qui a souvent paru comme le ventre mou de l’action gouvernementale, est sérieusement ciblé par l’équipe Matata. Ainsi, grâce à un excédent budgétaire de 300 millions dollars américains et d’autres ressources internes, le gouvernement a levé l’option de prendre en mains le secteur de la santé, en disponibilisant 20 milliards de Francs congolais pour  l’équipement et l’approvisionnement régulier en médicaments de 66 hôpitaux généraux de référence et 198 centres de santé sur l’ensemble du pays, soit 6 hôpitaux et 18 centres médicaux par province.

            Pour ce qui est de l’éducation, un fond de 40 milliards est affecté à l’aménagement et la construction de 168 écoles. Ce programme devrait toucher progressivement 400 écoles, avec une enveloppe de 100 milliards de Francs congolais. Priorité des priorités et moteur du développement, l’agriculture devrait retrouver bientôt ses lettres de noblesse. Pour la campagne agricole 2012, le gouvernement a mobilisé 23 millions de dollars américains sur fonds propres. Cet argent devrait soutenir les activités agricoles de manière à conduire la RDC vers l’autosuffisance alimentaire. Dans ce cadre, il est prévu l’aménagement des routes de desserte agricole, la réhabilitation et la construction des voies ferrées, la relance d’une société comme la SNCC avec la commande de nouvelles locomotives, en vue de désenclaver les deux Kasaï, le Katanga et le Maniema. Des instructions précises ont été données aux gouverneurs des provinces en vue du retour au cantonnage manuel, afin d’assurer la maintenance des routes de desserte agricole.

            En matière de transport, les Congolaises et Congolais devraient, très bientôt, commencer à voyager autrement dans les grandes villes. Dans un premier temps, un lot de 200 bus va désengorger le trafic urbain dans la capitale, avant que chaque chef-lieu du pays soit doté de son parc automobile pour le transport en commun.

            Augustin Matata croit que la RDC est à même de produire ses propres richesses et de faire face, sur fonds propres, à certaines de ses missions régaliennes, sans recourir aux institutions de Breton Wood.

Kimp

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