Elections sous haute tension

La CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) a finalement tenu son pari d’organiser les élections présidentielle et législatives nationales à la date du 28 novembre 2011. Mais, au regard du déroulement des opérations électorales aux quatre coins du pays, il y a à se demander si elle était réellement prête. En effet, de nombreux points noirs ont émaillé les scrutins d’hier, laissant à beaucoup le sentiment d’élections non apaisées, non transparentes et non démocratiques.

Des millions de compatriotes désireux de voter n’ont pu le faire, à cause de plusieurs défaillances, logistiques. Plusieurs faits anormaux ont été constatés : arrivée tardive voire non déploiement des kits électoraux, ouverture tardive des bureaux de vote, fermeture précipitée des bureaux de vote, insuffisance ou absence des bulletins de vote, surtout pour la présidentielle, confusion dans la prise en charge des omis, désorientation des électeurs par rapport à leurs centres d’enrôlement, présence suspecte des bulletins de vote dans des maisons des particuliers ou dans des convois non agréés par la CENI, etc.
Nombre d’observateurs sont d’avis que la transparence n’était pas le fort du « pouvoir organisateur des élections » en République Démocratique du Congo. Tel que s’est passé le vote d’hier lundi, le décor de la contestation est planté. Les failles notées ça et là ont poussé de nombreux électeurs et candidats à soupçonner des fraudes électorales, même si telle n’était pas l’intention des managers de cette institution d’appui à la démocratie.
Radio Okapi, qui a réalisé le monitoring électoral au fil du temps, grâce à son impressionnant réseau de correspondants, a situé les incidents les plus graves au Katanga, dans les deux Kasaï, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu

Selon la radio onusienne, le non déploiement des kits électoraux jusqu’au milieu de la matinée et l’absence des milliers d’électeurs des listes électorales ont fait monter la tension à Kananga, au point qu’un bureau de vote a été incendié au centre de Bakole. Un des présidents du bureau de ce centre a été agressé au passage.

Dans la même province du Kasaï Occidental, la découverte des urnes bourrées à l’avance a entraîné la mise à sac de plusieurs bureaux de vote à Mweka.
Des sources indépendantes ont pour leur part révélé qu’un pasteur de l’église Nzambe Malamu, à Benaleka, dans le territoire de Demba, s’est retrouvé la tête décapitée par des jeunes-gens qui disent l’avoir surpris avec des bulletins de vote à la présidentielle et à la députation nationale déjà cochés. L’infortuné s’appelait Betu. Quant à un préfet d’une école de la place, trouvé en train de cocher des bulletins de vote dans son bureau de travail, il a eu la vie sauve grâce à l’intervention de la police.
La ville de Kananga elle-même a connu plusieurs scènes de violences dues au déficit d’organisation de la CENI et aux tentatives de fraude électorale. Radio Okapi a cité le cas d’une religieuse du lycée Buena Muntu où la population a trouvé un lot de bulletins de vote. L’incriminée a été copieusement tabassée. D’autres religieux ont subi le même sort au grand séminaire de Malole. Quant à la paroisse Christ-Roi, où des bulletins clandestins étaient signalés, tous les bureaux de vote y installés ont été mis sac.

Dans la commune de Nganza, les électeurs n’ont pu supporter d’attendre les bulletins de vote au-delà de midi. Ils ont tout simplement détruit tous les locaux préparés pour le vote. Au centre, la paroisse Sainte-Thérèse, aucun kit électoral n’était déployé jusque hier soir. A Muamba-Mbuyi, tout a été cassé à la suite de la découverte d’une tentative de fraude électorale imputée à un membre du cabinet du gouverneur de province.
A Ilebo, trois maisons ont été incendiées après la découverte des bulletins de vote déjà cochés.
A Luandanda, la célèbre circonscription du chef coutumier Luandanda, l’homme qui avait provoqué la déchéance du gouverneur Kapuku, les bulletins de vote n’étaient toujours pas visibles jusqu’à 19 heures.
Dans la province voisine du Kasaï Oriental, Radio Okapi a fait état des bureaux de vote non ouverts jusque hier à midi à Mbuji-Mayi, au quartier Bakwadianga, dans la commune de la Muya. A cette fausse note s’est ajouté le cas des bulletins de vote pour la présidentielle dépourvus de la case à cocher pour le candidat numéro 11. Fâchés, des milliers d’électeurs qui ne pouvaient supporter pareille situation ont tout simplement mis le feu à ce stock indésirable et non-conforme aux dispositions pratiques arrêtées en matière de vote.
A en croire la même source, la cité de Ngandajika a vécu le scandale d’un carton contenant des bulletins de vote déjà cochés en faveur d’un candidat à la présidentielle. Une fois repéré, ce stock a été tout simplement brûlé.

Radio Okapi a également fait le triste constat de l’attaque armée menée par des hommes cagoulés et en civil contre l’école Njanja, dans la commune de Kampemba, à Lubumbashi. Les assaillants ont emporté urnes et bulletins de vote vers une destination connue d’eux seuls.
De son côté, TV 5 a signalé la mort de deux policiers et d’une femme, victimes d’incidents enregistrés hier au Katanga, en marge des opérations électorales.
Selon Radio Okapi, les témoins des partis politiques étaient absents des bureaux de vote dans les villes de Goma et Beni, au Nord-Kivu. Quant aux électeurs, nombre d’entre eux n’ont pu voter, en raison de l’absence de leurs noms sur les listes électorales.
La radio onusienne a par ailleurs noté qu’à Masisi, des hommes armés identifiés comme des ex-combattants du CNDP (Congrès National pour la Défense du Peuple) se sont présentés dans plusieurs bureaux de vote où ils ont saisi les urnes et les bulletins de vote. On laisse entendre qu’ils les auraient amenés vers une destination inconnue pour des fins peu catholiques. Ainsi, des milliers de personnes enrôlées dans cette partie de la République ont été empêchées de remplir leur devoir civique.

Kimp

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