Elections : les nuages s’accumulent

Le démarrage de la révision du fichier électoral à Kinshasa a confirmé ce que beaucoup craignaient : l’impossibilité d’enrôler, avant le 30 juin 2011, tous les Congolais en âge et en droit de voter. Même un délai supplémentaire d’un ou deux mois ne règleraient rien. Les images relatives aux pannes, à la défectuosité et à l’insuffisance des kits et matériels électoraux, à l’amateurisme des opérateurs de saisie, à la démotivation du personnel d’appoint, une nombre trop réduit de centres d’enregistrement, que l’on croyait du domaine de la fiction, sont maintenues vécues en « live » dans la capitale.

Une chose est de plus en plus certaine : la Commission Electorale Nationale Indépendante donne l’impression d’avoir décidé d’exclure des millions de concitoyens du processus électoral. Ou mieux, la logistique mise à sa disposition la place dans une situation telle qu’elle ne sait pas répondre à la forte demande des Congolais désireux de participer, cette fois, au choix de futurs membres et animateurs des institutions de la République.

En tous les cas, l’espoir d’avoir un fichier électoral « inclusif » est en train de s’envoler. Mais, ce qui semble de plus en plus évident, c’est le cheminement du Congo démocratique vers la prolongation « automatique » des mandats de ses élus de 2006, à commencer par le premier d’entre eux, à savoir le Chef de l’Etat.

A ce sujet, les observations de « International Crisis Group » appelant à une transition négociée entre la Majorité Présidentielle, l’Opposition politique et la Société Civile sont largement partagées dans les salons huppés de Kinshasa. Cette Ong a pleinement raison de douter de la capacité de la CENI, au vu de ses difficultés financières, administratives, juridiques et surtout logistiques,  à respecter son calendrier électoral, déjà en large déphasage avec le délai constitutionnel.
Son analyse au sujet des risques d’un scénario à l’ivoirienne est également pertinente, tant le fichier électoral est déjà sujet à contestation avant d’avoir été complètement nettoyé. Le travail d’amateur que la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) a hérité de la défunte CEI (Commission Electorale Indépendante) est porteur des germes de conflit.

Car, des milliers, sinon des millions d’électeurs potentiels sont en train d’être privés de leur droit de vote à cause des défaillances techniques et humaines à mettre au passif de cette institution d’appui à la démocratie. En effet, tout le monde sait que le fait d’enrôler plus d’électeurs dans une contrée de la République par rapport à une autre fausse automatiquement la configuration des circonscriptions électorales et partant le jeu électoral lui-même. Telles que se passent les choses, les anomalies connues en 2006 sont de retour, avec des villages plus peuplés que des villes, des chefs-lieux de territoires à la démographie plus importante que des chefs-lieux de provinces, bref un déséquilibre démographique qui dénature le corps électoral.

Au regard d’un tel environnement électoral, l’égalité des chances entre candidats aux élections présidentielle, aux législatives nationales et provinciales, aux sénatoriales, aux municipales et locales n’est pas garantie. Comme suggéré par International Crisis Group, il y a nécessité que la classe politique et la société civile se retrouvent autour de la table de négociations pour s’accorder sur les termes d’une nouvelle mais brève transition, en attendant que la CENI, héritière d’un cadeau empoisonné de la CENI, mette de l’ordre dans sa boutique.

Jacques Kimpozo

Leave a Reply