Elections, le doute s’installe !

 


L’Opposition politique, toutes tendances confondues, n’a pu avoir accès hier dimanche 09 janvier 2011 au Salon Congo du Grand Hôtel Kinshasa, pourtant réservé et payé, pour la publication de sa « position commune » en rapport avec le projet de révision de la Constitution et de la Loi électorale. Pourtant, les deux sujets ont quitté le domaine des tabous puisque tout le monde – acteurs politiques, activistes de la Société Civile, ministres de Dieu- en parle.  D’où l’on continue de s’interroger sur le sens de ce nouveau signal très négatif pour les élections de 2011.

Les Congolais qui ne sont ni cadres, ni militants de base de l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP) ont-ils le droit de s’exprimer sur les places publiques ou de discuter politique, dans des salons privés, autour d’un verre de limonade ? Apparemment non ! Car, si le droit à la parole était reconnu à tous les compatriotes de manière égalitaire, Vital Kamerhe et l’UNC (Union pour la Nation Congolaise) n’auraient pas été empêchés de communier avec d’autres Congolais à Goma (15 décembre 2010) et Bukavu (16 décembre 2010). L’étape de Kindu avait été supprimée à la suite du message du gouverneur du Maniema faisant état de son incapacité de garantir la sécurité des délégués dépêchés  au chef-lieu de cette province pour préparer l’arrivée du président de l’UNC et de sa délégation.
            Pas plus tard que le 4 janvier 2011, Etienne Tshisekedi n’a pu se rendre à Mbanza-Ngungu où était programmée une grande matinée politique de son parti, l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social). Des agents de sécurité positionnés au poste de péage de Ntampa, dans la périphérie de la Cité de Kasangulu, dans le Bas-Congo, avaient tout fait bloquer, pendant des heures et sans motif plausible, la délégation des combattants partie de Kinshasa, et qui s’était acquittée de la taxe de passage exigée à cet endroit.
 
Fin de législature sans élections ?

L’année 2011 est réputée électorale. En principe, les Congolais désireux de solliciter les suffrages de leurs compatriotes pour des mandats électifs devraient avoir l’occasion d’en parler en long et en large, dans tous les espaces non prohibés par le législateur. En France et aux USA, où les élections présidentielles n’interviennent qu’en 2012, les Chefs de l’Etat en exercice comme les prétendants à la magistrature suprême ont déjà lancé leurs campagnes de charme en direction des électeurs. Personne n’empêche personne d’exposer son projet de société ou de critiquer, sévèrement ou non, les actions des gouvernants en place.
            Mais à la lumière de ce qui s’est passé en décembre à Goma, Bukavu et de Kindu en décembre 2010 et des dérapages de Mbanza-Ngungu et du Grand Hôtel Kinshasa en ce début d’année, l’on peut se demander si les citoyens de la RDC vont aller aux urnes en 2011. Une campagne électorale intégrale ou à sens unique paraît impossible, dans les conditions actuelles de chasse systématique aux sorcières. Les paramètres négatifs qui s’accumulent autour du débat d’idées, en raison des entraves aux activités politiques des leaders de l’opposition politique font craindre l’exclusion totale de ceux-ci, dans les semaines sinon les mois à venir, de l’espace politique.
            Le débat démocratique paraît fort hypothétique pour 2011, d’autant que tous les représentants du pouvoir central dans la grande comme dans la petite territoriale, relèvent de la même famille politique. Il va suffire que des consignes strictes de réduire l’opposition au silence soient données aux gouverneurs de provinces, aux maires des villes, aux commissaires de districts, aux administrateurs de territoires et aux chefs de secteurs pour que le droit à la contradiction disparaisse de l’espace politique national.

            Le doute s’est ainsi installé dans les esprits des Congolais quant aux risques de non organisation des élections ou plutôt de la tenue d’élections non transparentes, non libres et antidémocratiques. Le refus de débattre des règles du jeu en grand danger d’être modifiées par la volonté d’une seule famille politique préfigure une fin de législature fort agitée. L’avenir du pays est sombre. Il est temps de se réveiller  et de corriger le tir avant que les démons de la discorde ne nous enlèvent définitivement le droit à l’indispensable cohésion nationale.                                                                

Jacques Kimpozo

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