Elections à l’Est : le grand brouillard !

De gros nuages continuent de s’accumuler dans la partie Est du pays, où l’insécurité au quotidien prend des proportions alarmantes, au fur et à mesure que se précisent les échéances électorales. Après la clôture, le dimanche 11 septembre 2011, des opérations d’enregistrement des candidatures aux élections présidentielle et législatives nationales, les « forces négatives » congolaises et étrangères ont une fois de plus envoyé des signaux négatifs au Nord-Kivu et au Sud-Kivu par rapport au processus électoral.

A ce propos, un colonel de la Police nationale congolaise issu des rangs de l’ex-mouvement rebelle CNDP (Conseil National pour la Défense du Peuple) n’a pas trouvé mieux que de prendre en otage une délégation officielle venue de Goma pour tenter d’installer un nouveau commandant de ce corps à Lubero. Il a fallu trois heures aux représentants du pouvoir central pour obtenir leur libération et répartir d’où ils étaient venus, la queue entre les pattes.
Ce n’est là qu’un échantillon des cas d’insoumission, pour ne pas dire de mépris à l’égard de l’autorité légalement établie dans plusieurs parties du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où les vrais maîtres des lieux sont les ex-officiers du CNDP supposés intégrés dans les FARDC (Forces Armées de la République Démocratique du Congo) et la PNC (Police Nationale Congolaise), les miliciens Mai-Mai ainsi que les rebelles rwandais et burundais dont les plus actifs se recrutent au sein des FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda).

Il ne se passe plus un jour sans que l’on connaisse un cas de pillage, de vol, de viol, d’incendie criminel, d’arrestation arbitraire, de braquage, de meurtre ou d’assassinat d’une cité ou un village des deux provinces précitées.
La paix a totalement foutu le camp dans territoires et secteurs de l’Est du pays, tant et si bien que l’on doute de plus en plus de la tenue des élections dans cet environnement d’insécurité généralisée. En effet, la participation au vote est des plus incertaines pour des compatriotes obligés de se déplacer chaque jour pour fuir la mort, les vols, les interpellations, les agressions physiques, les exactions, les viols, les pillages, les incendies, les jugements sommaires ayant pour auteurs des éléments armés incontrôlés.

Même si la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) installait des bureaux de vote et déployait des kits électoraux selon le planning prédéfini dans son calendrier électoral, tout pourrait être hypothéqué le 28 novembre, l’unique journée retenue pour l’organisation jumelée des élections présidentielle et législatives nationales. Il suffirait que des éléments du CNDP, des Mai-Mai ou des FDLR s’énervent un peu le jour même des scrutins pour qu’aucun électeur ne prenne le risque de mettre son nez dehors à Beni, Butembo, Lubero, Kasindi, Rutshuru, Minembwe, Masisi, Minembwe, Shabunda, Minova, Fizi, Uvira, etc.
L’on peut tout dire, le processus électoral est pris en otage par les « forces négatives » à l’Est de la République. Le déroulement ou non des scrutins va dépendre pratiquement des humeurs des hors la loi qui détiennent le droit de vie et de mort sur des millions de nos concitoyens, qui ne cessent de se demander s’ils appartiennent à un même Congo que celui habité par leurs frères et sœurs de Kinshasa.

De l’avis de certains analystes politiques, cette situation de ni guerre et ni paix au Nord-Kivu et au Sud-Kivu pourrait faire partie de l’agenda caché des ennemis de la démocratie qui ne veulent pas que les Congolaises et Congolais de ces deux provinces pèsent, dans l’indépendance et la transparence, sur les scrutins de 2011 à 2012. De quoi auraient-ils peur ? La question reste posée.

En clair, des millions de compatriotes vont être privés de leur droit civique de voter parce qu’ils ne sont sécurisés ni par les autorités nationales, ni par la communauté internationale, à travers la Monusco (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation du Congo). Ce qu’il faut le plus craindre, c’est le bourrage des urnes par les « forces négatives » au profit des candidats de leur choix à la présidentielle et à la députation nationale. Réputés non man’s lands, les deux Kivu appellent une thérapie de choc si la CENI tient à les voir participer au processus électoral dans les mêmes conditions qui celles qui prévalent dans les provinces plus ou moins sécurisées.

Kimp

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