E. Tshisekedi : une jubilation malsaine

tshisekediComme à l’époque du cancer de la prostate de feu le Maréchal Mobutu, en 1996, le projet de voyage d’Etienne Tshisekedi en Belgique, pour un check médical général, fait grand débat au sein de l’opinion nationale depuis que la bande passante de la RTNC, diffusée en boucle le dernier week-end, l’a présenté comme un mourant à évacuer urgemment à l’étranger à bord d’un avion médicalisé. Certains médias, dans le dessein de faire accréditer la thèse de l’état critique dans lequel se trouverait le président national de l’UDPS, en dépit des démentis formels de sa famille et de son parti, sont en train d’étaler ses bulletins de santé sur la place publique.

            De mémoire de Congolais, on n’a jamais connu pareille violation du secret médical. A propos de sa maladie, il est fait état tantôt d’un AVC (Accident Vasculaire Cardiaque), tantôt d’un diabète aigu vieux de plusieurs décennies, ou encore de la perte de l’usage de ses jambes. Bref, le tableau médical d’Etienne Tshisekedi est peint comme très sombre. Pour justifier la campagne médiatique autour de l’irréductible opposant congolais, on soutient qu’il est un homme public, qui ne s’appartient plus. On aurait compris cela si l’intéressé assumait une charge publique. L’impression que l’on donne est que Tshisekedi serait devenu un problème pour la Nation.

Bulletins médicaux des « VIP » : la fin du secret ?

            S’il était permis aux médias congolais d’exposer sur la place publique les bulletins de santé des personnalités politiques, l’on peut être sûr que la profession serait rapidement débordée, tant les dossiers médicaux ignorés du grand public garnissent les placards. Car, la République héberge un nombre inestimable de malades qui s’ignorent. Qui peut jurer ne pas souffrir de quelque chose au sein des institutions de la République ?

            Si un sondage sérieux était mené auprès de la population congolaise, il révélerait certainement que l’écrasante majorité de Congolais aimeraient savoir comment se porteraient réellement les sénateurs, les députés, les ministres, des gouverneurs de provinces, les ambassadeurs de la RDC à l’étranger, les managers des entreprises du Portefeuille, les chefs des partis politiques, et pourquoi pas les stars de football et de musique, les maires des villes, les administrateurs de territoires, les chefs de secteurs, les bourgmestres des communes, les chefs coutumiers, les chefs des quartiers…

            Si on sifflait la fin du secret médical, que n’apprendrait-on pas sur l’état de santé réelle de ceux qui dirigent les institutions de la République ou siègent en leur sein, du sommet à la base de la pyramide ? Les hommes publics seraient-ils tout contents de voir leurs fiches médicales, inconnues du grand public, publiées en fac-similés dans les journaux ou affichées sur les écrans de télévision ? Les services spéciaux laisseraient les médias déballer les dossiers médicaux des «VIP»?

L’axe RDC-Inde-Afrique du Sud

            Lorsque l’on observe l’axe RDC-Inde-Afrique du Sud, on note que les évacuations sanitaires des Congolais, surtout ceux pris en charge par le Trésor public, ne fléchissent pas. C’est la preuve, si l’en faut, que l’implantation de l’Hôpital du Cinquantenaire à Kinshasa est loin de résoudre le problème de la saignée des finances publiques par les « grands malades » qui continuent de partir en soins à l’étranger.

            Aller se faire soigner en Afrique du Sud ou en Inde pour des cas d’AVC (Accident Vasculaire Cardiaque), de diabète, d’hypertension, d’appendicite, de hernie, de cirrhose de foie, d’insuffisance rénale, de prostate, de goutte voire pour accoucher est devenu comme une compétition nationale. Les dossiers des demandes de transfert vers ces deux pays se succèdent à un rythme endiablé aux ministères du Budget et des Finances. Dans les entreprises publiques, mandataires et cadres ainsi que les membres de leurs familles ne jurent que par l’Afrique du Sud ou l’Inde au moindre bobo de santé.

Kutino et Diomi : deux grands malades abandonnés…

            Ceux qui pensent devoir absolument informer les Congolais de l’état de santé de certains de leurs compatriotes auraient pu se saisir de l’occasion pour se pencher sur les cas de deux compatriotes qui en appellent, depuis des mois, à une assistance urgente du gouvernement en vue de les tirer d’une mort certaine. Il s’agit, on s’en doute, de deux prisonniers, en l’occurrence, le pasteur Kutino Fernando, en séjour à la prison centrale de Makala depuis plus de 8 ans, et Eugène DiomiNdongala, président national de la Démocratie Chrétienne, qui se trouve au même lieu depuis une année, pour purger une peine de 10 ans.

            Voilà deux malades qui ne se cachent pas. La semaine dernière, Kutino Fernando a fait publier son bulletin de santé dans la presse, par l’entremise du député Franck Diongo, afin d’attirer l’attention du gouvernement sur la gravité de son état de santé, qui exige une évacuation sanitaire urgente vers l’étranger. Transmis sous forme de « Sos », son message n’a rencontré aucun écho du côté des décideurs politiques. Financièrement endetté jusqu’au cou, avec une facture impayée qui vient de dépasser 80.000 dollars, ce ministre de Dieu n’en peut plus. Chaque jour qui passe, les séquelles de son Accident Vasculaire Cardiaque ne font que s’aggraver. Alors que ses jours sont comptés, rien ne bouge du côté des autorités judiciaires ou politiques.

            C’est pareil pour Eugène DiomiNdongala, lui aussi victime des problèmes respiratoires et des complications post-opératoires. Ses requêtes répétées en direction des pouvoirs publics, pour des soins à l’étranger, à ses propres frais, restent sans suite, en dépit de la publicité que ses proches, à commencer par son épouse, font autour de son inquiétant bulletin de santé.

            Tout récemment, l’ancien ministre provincial de l’Agriculture au Bas-Congo, le regretté Raymond NsumbuBadika, a trouvé la mort dans son statut de détenu, pour n’avoir pas reçu à temps des soins appropriés, que devait lui prodiguer l’Etat congolais, propriétaire des établissements pénitenciers. Pourtant, depuis l’année dernière, lui-même, ses avocats et sa famille avaient envoyé des signaux de détresse en direction de qui de droit.

            Pourquoi refuse-t-on de venir en aide aux malades privés de liberté, réellement à l’article de la mort, pour porter un intérêt suspect sur Etienne Tshisekedi qui, jusque-là, n’a pas sollicité une assistance publique ? Voudrait-on l’aider à mourir très vite que l’on ne procéderait pas autrement.

            Dans des pays de vieille démocratie, on fait très  attention à la sphère d’intimité des individus, hommes publics soient-ils. L’affaire du vol du dossier médical de Schumacher, l’ancien champion allemand de «Formule 1», se trouve en justice. Pour échapper à celle-ci, le présumé auteur du coup s’est suicidé.

            Dans le passé, on n’a jamais divulgué les dossiers médicaux de l’ancien président François Mitterrand ou de la star américaine Michael Jackson. Chez nous, personne n’est entré dans les dossiers médicaux de Luambo ou TabuLey. Avec tout ce qui se dit avec triomphalisme autour de Tshisekedi, la RDC ne s’acheminerait-elle pas vers une jungle ?

                                   Kimp

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