Dossier sécuritaire du Nord-Kivu : le Parlement

La position du Parlement congolais se fait toujours attendre, plus de deux mois après le déclenchement de la rébellion du M. 23 (Mouvement du 23 Mars 2009) contre les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC). Celle qui était décrite au départ comme un mouvement insurrectionnel interne s’est finalement révélé – le rapport du panel des experts des Nations Unies faisant foi – comme une agression en bonne et due forte de notre pays par le Rwanda.

 Cela fait plus de deux mois que les deux chambres du Parlement congolais se taisent sur la situation sécuritaire de la partie Est du pays. Pourquoi ? Nos compatriotes ne cessent de se le demander. Ce double mutisme intrigue, d’autant que les occasions de s’exprimer sur le sujet ne manquent pas. Pour ne prendre que le cas de l’Assemblée Nationale, elle a préféré le huis clos au débat public sur la question orale avec débat adressée par un de ses membres au Vice-Premier ministre et ministre de la Défense. Par conséquent, il a été ôté au peuple congolais toute possibilité d’être pleinement informé de ce qui se passe au Nord-Kivu.
 Comme si cela ne suffisait pas, une motion de défiance ficelée par un autre député contre le même membre du gouvernement vient d’être mise en veilleuse, comme si le M23 va suspendre ses attaques contre les FARDC et ses exactions sur les populations civiles en attendant la tenue de la session parlementaire de septembre.

 Quant au Sénat, c’est seulement jeudi passé que son bureau s’est avisé à toucher au dossier du Nord-Kivu. Mais, suite à la double absence du Vice Premier ministre et ministre de la Défense et de son collègue de l’Intérieur de la capitale, la question a été renvoyée à plus tard. Entretemps, la session extraordinaire a pris fin.
 Le Parlement congolais attend-t-il que tout soit consommé, c’est-à-dire que cette province échappe totalement au pouvoir central, comme le Nord du Mali ou une bonne partie de la Somalie, avant de réagir ? Des complices internes du Rwanda se recruteraient-ils au sein des pensionnaires de l’hémicycle de Lingwala, comme le redoute le commun des Congolais ? De quoi députés et sénateurs ont-ils peur ?
 Nos compatriotes se sont souvent plaints du manque d’agressivité de notre diplomatie face à celle du pays de Paul Kagame. Mais où nos diplomates ou délégués au sein des organisations ou forums pourraient-ils puiser la force indispensable à la conduite d’un lobbying gagnant contre le régime de Kigali si les élus du peuple optent pour la langue de bois ? En principe, le Parlement congolais aurait dû déjà prendre clairement position contre l’implication du Rwanda dans les activités du M23 et tracer à l’intention de l’Exécutif national la ligne de conduite à suivre. Députés et Sénateurs ne se sentent-ils pas liés au sort de leurs électeurs en détresse au Nord-Kivu ?


 Pourtant l’affaire, ainsi que chacun de nos compatriotes peut le constater, est au centre des débats à l’ONU, à l’Union Africaine, à Washington, à Londres, à Bruxelles, à Paris, dans les chancelleries occidentales, au Parlement de l’Ouganda, etc. Après avoir levé l’option de la mise en place d’une force africaine neutre chargée de combattre le M23 ainsi que toutes les forces négatives qui écument l’Est de la RDC, l’Union Africaine vient de désigner un panel d’envoyés spéciaux investis de la mission de rechercher les causes profondes de l’insécurité dans la région des Grands Lacs en vue de proposer la thérapeutique de choc nécessaire à sa résolution.
 Au nombre de ces nouveaux « experts » du dossier des Grands Lacs figure l’ancien président du Nigeria, Olusegun Obasanjo, celui-là même qui avait scandalisé nombre de Congolaises et Congolais en 2008, en s’affichant publiquement sur des photos comme un « pote » du général rebelle Laurent Nkunda, alors que son rôle de médiateur aurait dû lui commander une attitude de neutralité.
 Le gouvernement congolais n’est plus maître du dossier du Nord-Kivu parce que la Représentation nationale a refusé d’en faire une priorité au cours de sa session extraordinaire de juin-juillet 2012. C’est dommage !       

    Kimp

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