Dix ans après Sun City : on veut effacer le tableau pour le M23

Pendant que l’opinion intérieure congolaise s’indigne des manœuvres sournoises de la facilitation ougandaise visant à enfermer le gouvernement congolais dans un nouveau piège visant, comme en mars 2009, la légitimation du M23, un obscur membre de ce mouvement rebelle est sorti du bois pour se livrer à un mea culpa. Cette prétendue demande de pardon au peuple congolais, assortie d’un acte subit d’allégeance au pouvoir en place à Kinshasa, fait jaser dans les cercles politiques.

L’on s’interroge, avant toute chose, sur le poids politique que représente le fameux Kambasu Ngeze au sein d’une rébellion qui refuse de mourir. Selon les ajustements intervenus il y a quelques mois, après la liquidation de l’aile Runiga par celle de Sultani Makenga, celui-ci avait offert la direction politique de la rébellion à Bertrand Bisimwa. Dès lors, il est difficile d’accorder la moindre foi à sa déclaration. Aphone et inexistant pendant 18 mois, période durant laquelle ses complices massacraient, violaient, pillaient et menaçaient le pays de balkanisation, ce faux patriote de dernière heure ne s’est jamais senti mal dans sa peau.

Par conséquent, sa sortie médiatique est à considérer comme une pure distraction destinée à jeter la poudre aux yeux des naïfs. N’ayant pas la mémoire courte, le peuple congolais voit dans cette fausse offre de réconciliation nationale une intention cachée, de la part de Makenga et consorts, de se faire pardonner, à moindre frais, des torts faits à toute une Nation.

Dix ans après Sun City

Si les Congolais relâchent leur vigilance face au jeu malsain que tente de développer la facilitation ougandaise à Kampala, avec la bénédiction tacite de la communauté internationale, le scénario de Sun City risque de se reproduire, avec le « blanchissement » des crimes politiques, économiques et sociaux des cadres politiques et militaires du M23. Il y a dix ans en effet, tous les membres des mouvements rebelles et groupes armés coupables des crimes de guerre et crimes contre l’humanité avaient été complètement absouts avec leur intégration dans des postes de responsabilités au sein de l’armée, de la police, des services de sécurité, du Parlement et du Gouvernement de Transition, des entreprises publiques, des missions diplomatiques.

Ainsi, étaient automatiquement effacés leurs actes ignobles commis entre 1998 et 2003, notamment massacres d’innocents, bombardements d’avions civils, sabotage du barrage hydroélectrique d’Inga, destructions méchantes des infrastructures, incendies des cases et champs, recrutements forcés d’enfants-soldats, viols des femmes et filles, enterrements des personnes vivantes dans des fosses communes. Du jour au lendemain, au sortir du Dialogue Intercongolais, des tueurs, violeurs et pilleurs qui auraient dû être déférés soit devant la Cour Pénale Internationale, soit devant un Tribunal Pénal Spécial pour la RDC, se sont retrouvés ministres, députés, sénateurs, mandataires publics, ambassadeurs, gouverneurs de provinces, administrateurs de territoire, bourgmestres, officiers de l’armée ou de la police, responsables des services spéciaux, etc.

 Avant Sun City, notre peuple avait vécu un feuilleton pareil à l’occasion de la Conférence Nationale Souveraine (CNS), entre 1991 et 1992. Dans le dessein d’échapper à la sanction du peuple, qui venait de désavouer les « Dinosaures » de la Deuxième République, nombre d’entre eux s’étaient fait fabriquer un certificat de virginité politique en ralliant les « Forces acquises au changement », regroupées au sein de l’Union Sacrée de l’Opposition Radicale (USOR), devenue par la suite Union Sacrée de l’Opposition Radicale et Alliés (USORAL). Grâce à la « blanchisserie » de l’Opposition, des pilleurs patentés de la République ainsi que des commanditaires, auteurs, co-auteurs et complices des crimes politiques avaient réussi à se repositionner dans les institutions de la République, avant de retrouver leur nature au sein des FPC (Forces Politiques du Conclave), une fois passée la vague des actions punitives des combattants contre les affameurs du peuple.

Non à Sun City/bis !

Echaudé par le renvoi, dans le compte des pertes et profits, des crimes politiques, économiques et sociaux des mobutistes au terme de la Conférence Nationale Souveraine, ainsi que de ceux des seigneurs de guerre à l’issue de la messe noire de Sun City, le peuple congolais est décidé à ne plus se laisser mener en bateau. Aussi observe-t-il avec le maximum de lucidité et d’attention tous les scenarii de sauvetage des animateurs du M23 que tentent de mettre en œuvre Museveni, Kagame et certains représentants de la communauté internationale.

Cette fois ou jamais, il ne devrait pas y avoir de prime spéciale  pour des individus qui n’ont aucun respect pour la vie humaine, les institutions de la République et leur serment de citoyens sous le drapeau. Aucune concession ne devrait être faite à une bande de hors-la-loi qui pensaient changer l’ordre républicain en s’appuyant sur les armes.

Kimp

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