Diplomatie : les Congolais orphelins

Au moment où se tient la 10me Conférence Diplomatique à Kinshasa, ce forum organisé à l’intention des diplomates congolais en poste à l’étranger, des questions se posent sur la santé de notre diplomatie. Pour d’aucuns, celle-ci souffre de plusieurs maux, notamment la pléthore d’effectifs, le manque de moyens financiers, le déficit de logistique, mais surtout la présence, en son sein, d’une grande colonie de débrouillards. Ce qui inquiète le plus les Congolais de la diaspora, c’est le sentiment d’abandon dans lequel ils vivent à l’étranger.           

            Le dernier cas en date est celui de Thierry Mandina Madila, un Congolais inscrit régulièrement en Droit à l’Université Libre de Bruxelles, selon le témoignage de la Doyenne et du Recteur de cet établissement, mais menacé d’expulsion depuis deux semaines. Pendant tout ce temps, l’Ambassadeur de notre pays en Belgique reste aphone. C’est plutôt un Collectif Européen qui donne de la voix, dans l’espoir de forcer l’Office belge des étrangers à laisser notre compatriote poursuivre ses études.

            Ce scénario est courant dans les annales de la diplomatie congolaise. Face aux problèmes divers qu’ils rencontrent dans leurs pays d’accueil, les Congolais donnent la triste image d’orphelins, d’apatrides. Qu’ils aient tort ou raison, les membres de nos missions diplomates affichent une indifférence révoltante à égard. Qu’il s’agisse de l’Angola voisine ou du Congo voisin, à un jet de pierres de Kinshasa, les expulsions massives et répétitives des Congolais, sur fond de traitements inhumains et dégradants, se passent comme si notre pays n’avait pas d’ambassade à Luanda et à Brazzaville.

            Ce sont les Organisations nationales et internationales des Droits de l’Homme qui montent au créneau, pour dénoncer les extorsions, viols et tortures dont sont victimes les Congolais indésirables à l’étranger. Au contraire, nos services spéciaux en rajoutent à leur douleur, en leur imposant des tracasseries administratives avant de les autoriser à regagner la mère patrie. 

Des ambassadeurs conflictuels 

            Dans la plupart des pays d’Afrique, d’Europe, d’Amérique et d’Asie où la RDC entretient une représentation diplomatique, nos ambassadeurs brillent par des relations conflictuelles permanentes avec nos propres compatriotes. Certains passent le plus clair de leur temps à établir des « B.I » (Bulletins d’Information) à charge de tous ceux qui apparaissent, à leurs yeux, comme des ennemis de la patrie.

            Les diplomates congolais se comportent comme s’ils n’étaient pas au service de leur pays, des institutions de la République, de leurs concitoyens vivant à l’étranger mais plutôt des individus ayant signé leurs actes d’affectation.  Dès lors que la communauté congolaise réalise qu’elle a affaire à un « mouchard », un diplomate conflictuel, elle se met à douter de la fin du monopartisme, de l’avènement de la démocratie pluraliste, de la fibre patriotique censée sommeiller dans l’organisme de chaque Congolais.

            L’on n’oubliera pas de si tôt le comportement bizarre d’un ancien ambassadeur congolais à Lusaka, qui tenait au limogeage illico presto des représentants de notre pays au Comesa et à leur remplacement par des originaires de son terroir. En fin de compte, les quotas de la RDC avaient été cédés aux ressortissants des pays voisins. L’absence des Congolais dans les structures des organismes continentaux ou régionaux (BAD, SADC, UA) tient souvent aux humeurs des animateurs de notre diplomatie à l’étranger. 

Arche de Zoé : un cas interpellateur 

            Lorsque des citoyens français membres d’une organisation humanitaire dénommée « Arche de Zoé » ont connu des ennuis judiciaires au Tchad, car accusés de trafic d’enfants tchadiens, la diplomatie française s’est totalement investie dans le suivi de leurs dossiers. Le président français, Nicolas Sarkozy, a dû effectuer le déplacement de Ndjamena pour obtenir leur transfert en France où leur procès s’est terminé de la manière que l’on sait.

            C’est dire combien, dans de nombreux pays, une attention particulière est accordée aux citoyens vivant à l’étranger ou en séjour à l’étranger. Ici à Kinshasa, il est devenu courant de voir des ambassadeurs africains ou occidentaux se présenter en avocats de leurs compatriotes dans des dossiers judiciaires, d’affaires, d’expropriation immobilière. 

La pauvreté : un prétexte 

            A tous ceux qui leur reproche le manque de dynamisme et de visibilité, les diplomates congolais en postes à l’étranger évoquent la pauvreté. Réduits eux-mêmes à une vie de clochards, sans abri, impayés depuis des lustres, sans frais de fonctionnement, ils s’estiment impuissants face aux difficultés administratives et judiciaires de leurs compatriotes. S’il est vrai que les diplomates congolais vivent et travaillent dans des conditions difficiles, l’on ne peut accepter qu’ils soient incapables d’élever une protestation face à ce qui arrive à leurs compatriotes. On aimerait entendre leurs cris d’indignation, ou à défaut, les voir rendre des visites de réconfort moral à leurs frères et sœurs en situation difficile, loin de la mère patrie.

                                                                                         Kimp

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