Dictatures en Afrique : le message des Tunisiens

         Jusqu’au vendredi 14 janvier 2011, on était loin de penser qu’un dictateur africain pouvait connaître une fin de règne semblable à celle du Roumain Ceaucescu ou du Shah d’Iran, chassés en leur temps du pouvoir par la rue. L’Afrique peut désormais compter les Tunisiens parmi les peuples capables de mettre à genoux, à mains nues, le Chef d’un Etat policier, son armée, ses services de sécurité, son parti unique, ses milices, ses amis dignitaires.

 

          Après 23 ans de règne sans partage, Ben Ali n’a pas su lire les signes de temps qui lui commandaient deux petites choses : le bien-être social et la liberté d’expression. Il a suffi qu’un jeune diplômé en chômage s’immole par le feu, pour protester contre la destruction de la petite échoppe qui lui permettait de survivre au quotidien, pour que tout un pays s’embrase et qu’un peuple vainque la peur des chars, des blindés, des canons, des gaz lacrymogènes, des matraques, des kalachnikov, des balles, des baillonnetes, des rafles policières et décide du sort de son président et de tout son système politique.

       Depuis le vendredi 14 janvier 2011, c’est la voix du souverain primaire qui règle la marche des affaires publiques en Tunisie, où le président en fuite a vu le décret confiant son interim à son premier ministre voler en éclats l’espace d’un matin, pour enfin laisser parler la Constitution, un texte cousu sur mesure et dont les jours sont comptés, de même que ceux du malheureux président de l’Assemblée Nationale, qui sait qu’il peut être emporté par la colère populaire au moindre faux pas.
       Une chose est désormais certaine : la démocratie, la vraie, va s’installer en Tunisie. La chute brutale et honteuse de Ben Ali constitue est un message interpellateur pour tous les dirigeants africains qui exercent des mandats à vie ou qui rêvent d’investir le carré fermé des Chefs d’Etat qui refusent de passer la main en dépit de la lassitude que leur longévité au pouvoir provoque au sein de l’opinion publique.
       A l’instar d’autres dictateurs chassés de leurs trônes pacifiquement ou par les armes, pour n’avoir pas correctement saisi le ras le bol des populations qu’ils martyrisaient, Ben Ali se retrouve tout seul dans son exil, abandonné de tous les thuriféraires qui lui faisaient croire qu’il était dans le bon chemin, celui de la dictature, de la confiscation des libertés individuelles, de la chasse aux opposants, des assassinats politiques, de la justice à double vitesse, du terrorisme policier, de la paupérisation de ses concitoyens, de l’enrichissement personnel et de celui de ses collaborateurs dignitaires du régime, du pillage des ressources nationales, etc.
       Lorsque l’on jette un regard circulaire aux quatre coins du continent, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest, l’on se rend compte que les dictatures et les dictateurs foisonnent. Un peu partout, la révolte populaire couve. L’effet de contagion ne pourrait tarder de toucher d’autres peuples demain ou après demain. C’est le moment ou
jamais, pour ceux qui se reconnaissent dans la peau des dictateurs et leurs alliés internes, de méditer sur ce qui vient de secouer la Tunisie, où une nouvelle page de l’histoire est en train de s’écrire, sous la dictée du souverain primaire, de la société civile, de cette majorité silencieuse, de ces sans-voix que d’aucuns ont souvent refusés d’écouter.
       Un ancien dictateur de ce pays disait que « sous l’ouragan de l’histoire, mûr ou pas mûr, le fruit tombe quand même ». Il ne croyait pas si bien dire. La Tunisie vient de montrer la voie aux Africains. Le cas tunisien est un avertissement sans frais aux Chefs d’Etat de carrière. A qui le prochain tour ?

Jacques Kimpozo

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