Dictateurs d’Afrique : l’heure du choix !

 

    Le 3me millénaire s’annonce, pour l’Afrique, comme celui d’une nouvelle donne politique : le retour au pouvoir populaire. Ce ne sont plus les pères des indépendances, ni les militaires, encore moins les opposants politiques, qui décident du sort des hommes au pouvoir, mais plutôt les peuples eux-mêmes. Le souverain primaire, considéré comme un faire-valoir voici des décennies, est en train de s’affirmer, comme le véritable maître du jeu politique.
    Le virus tunisien, qui a emporté Ben Ali en l’espace d’un mois, et qui s’emploie à laminer tout son système politique ainsi que ses dignitaires, a gagné l’Egypte. Une chose est presque certaine : les jours du président Hosni Moubarak sont comptés. Son combat d’arrière-garde, avec des réformes politiques et des nominations qui interviennent sur le tard, semblent n’avoir aucun effet sur la détermination de ses concitoyens de le voir débarrasser le palier. Les manifestants du Caire, d’Alexandrie, de Suez et d’autres villes du pays des Pharaons n’ont qu’un refrain à la bouche : « Moubarak, dégage ! ».
    Véritable signe des temps, la « révolution tunisienne » a sonné le réveil politique des peuples non seulement du monde arabe mais aussi de l’ensemble de l’Afrique. Il est sûr et certain que l’effet de contagion ne va pas s’arrêter sur les bords de la Méditerranée et du Nil. Ben Ali ne va pas tarder à avoir de la compagnie, dans son exil.

Dictateurs avertis

    La chute brutale de la dictature en Tunisie et l’effritement progressif de celle, déjà chancelante, de Moubarak en Egypte, devraient constituer de sérieux avertissements pour les hommes forts aux mandats interminables en Afrique. C’est le moment ou jamais, pour ceux dont la longévité au pouvoir a visiblement fatigué leurs concitoyens de choisir entre un départ volontaire honorable et une triste et déshonorable fin, entre l’écoute de la voix du peuple et la sourde oreille, entre la prédation planifiée et la distribution équitable du revenu national, entre la pensée unique et la liberté de parole pour tous, entre la jungle et l’Etat de droit, etc.
    Que réclament les peuples d’Afrique ? Les dictateurs et les membres de leur nomenklatura ne l’ignorent certes pas.  Les Africains ont soif de démocratie, de bonne gouvernance, de liberté de pensée et de parole, de liberté d’association et de mouvement, de bien-être, de justice, de bonne santé, d’instruction de qualité, de loisirs sains, de culture… bref des valeurs qui fondent les Etats modernes.
    Ils ont bien tort, les Chefs d’Etat et les partisans de leurs régimes, de croire qu’ils se trouvent hors de portée du virus tunisien…que les peuples d’Afrique de l’Ouest, de l’Est, du Centre et du Sud ne manifesteront jamais autant de courage que celui de Tunisie pour réduire au silence et à l’impuissance des armées et des polices entières, ainsi que des services de sécurité. Qui aurait pu croire, avant ce week-end, qu’une armée aussi puissante que celle d’Egypte, présentée comme la plus forte du continent, allait sympathiser avec des manifestants anti-Moubarak ? C’est tout un message. Les dictateurs doivent apprendre à partir… quand il est encore temps. Ils doivent savoir que leur pouvoir n’est pas éternel.

Tout perdre ?

    L’entêtement de Ben Ali lui a fait tout perdre : le pouvoir, l’argent, la liberté, l’honneur. D’ores et déjà, tous ses comptes, ceux de son épouse, de leurs proches ainsi que de tous les dignitaires du régime en exil ou encore présents en Tunisie sont bloqués, à l’étranger comme au pays. Un mandat d’arrêt international court contre le président tunisien, comme pour dire qu’il est candidat, à brève échéance, à des poursuites judiciaires. Il refusait de rendre compte à son peuple. Il va le faire, bientôt, devant les instances judiciaires.
    Curieusement, ce sont ses anciens protecteurs, en Occident, qui se positionnent en première ligne pour condamner ses méthodes dictatoriales de gouvernement, ses erreurs de gestion, son régime corrompu, et se mettent à lui demander de rendre au peuple tunisien tout ce qu’il lui a volé, avec la complicité de son épouse, de ses enfants, de ses frères et beaux-frères, de ses sœurs et belles-sœurs, de ses oncles et tantes, de ses neveux et nièces, de ses amis, de ses ministres, de ses généraux, de ses députés, de ses sénateurs, des responsables de ses services de sécurité, etc.        Arrivé au pouvoir en 1986, Ben Ali ne faisait qu’enchaîner les mandats, refusant manifestement de perdre aux élections. Au pouvoir depuis 1981, Moubarak s’est inscrit dans la même logique, celle des mandats à vie. D’autres, comme eux, en Afrique, se croient intouchables, dans leur rêve de vieillir et mourir au pouvoir.
    Dans les démocraties modernes, le législateur a limité les mandats à la magistrature suprême à deux. La raison en est qu’en 8 ou 10 ans de règne, l’on croit un Chef de l’Etat capable de tout donner et partant de ne plus être en mesure de réinventer la roue. L’usure du pouvoir est souvent source de dérives totalitaires.

                Jacques Kimpozo
 

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