Dialogue Kinshasa- Kigali : cercle vicieux !

Les exhortations à un énième dialogue entre Kinshasa et Kigali, en vue d’arrêter la « guerre » qui secoue le Nord-Kivu, viennent de pratiquement partout : Usa, Grande-Bretagne, France, Belgique, Gabon, etc. La dernière en date est signée Ban Ki-Moon, Secrétaire général des Nations Unies.
 Cette position suscite des interrogations chez les Congolais, d’autant que c’est à travers le tout récent rapport des experts onusiens que le monde entier a pris connaissance des preuves de l’implication du Rwanda dans le conflit armé créé par le M. 23.
Les observateurs pensent qu’en lieu et place du dialogue entre la RDC et son voisin agresseur, cette éminence grise onusienne aurait dû tirer les conséquences des révélations du document rendu dernièrement public par ses services. S’il y a une mesure qu’il devait préconiser d’urgence, c’est celle exigeant le retrait sans conditions et illico presto des troupes rwandaises du territoire congolais. L’option d’un nouveau feuilleton de dialogue entre le régime de Kinshasa et celui de Kigali apparaît, à ce titre, comme une caution aux initiatives belliqueuses rwandaises contre la RDCongo et son peuple.
 
S’agissant des négociations, il y a lieu de constater qu’elles sont permanentes entre les autorités congolaises et rwandaises. On peut signaler, à titre indicatif, le long feuilleton d’échanges entre responsables civils et militaires du Rwanda et la RDC, au mois de mai dernier, qui ont abouti à la signature, le 19 mai 2012 à Kigali, par le ministre congolais des Affaires Etrangères, Raymond Tshibanda, et son homologue rwandaise Marie-Louise Mushikiwabo, d’un accord de collaboration pour la traque des FDLR au Nord-Kivu et la résolution pacifique du conflit armé entre les FARDC et le CNDP.
Mais, à la surprise générale, alors que la RDC venait de faire des concessions notables au pouvoir de Kigali, en donnant le feu vert à l’armée et aux services de sécurité du Rwanda pour des campagnes permanentes de vérification des positions des FDLR en terres congolaises, un nouveau mouvement rebelle a été fabriqué de toutes pièces : le M. 23. En réalité, le Congo démocratique s’est retrouvé avec deux seigneurs de guerre étrangers, à savoir le général Bosco Ntaganda et le colonel Ruzandiza alias « Sultani Makenga », pilotant une même rébellion portant deux labels, en vue de faire accréditer la thèse d’une seconde mutinerie au sein des FARDC.
Au mois de juin, une délégation rwandaise conduite par Marie-Louise Mushikiwabo est venue à Kinshasa dans le but de tenter de se dédouaner face aux révélations troublantes échappées des Nations Unies. Peu après, les Congolais se sont rendus au Rwanda dans l’espoir d’enquêter dans les centres présumés servir à l’entraînement des recrues militaires rwandaises destinées au CNDP/M. 23 mais, c’était sans compter avec le jeu de cache-cache du Rwanda.
 
Bref, depuis le rétablissement de leurs relations diplomatiques, il y a deux ans, et même avant, notamment à l’époque où le Conseil de Sécurité avait recommandé le retrait de toutes les troupes étrangères engagées au Congo entre 1998 et 2003, officiels congolais et rwandais n’ont jamais cessé de se parler.
La question à se poser, maintenant, est non pas de savoir si un dialogue s’impose entre Kinshasa et Kigali, mais plutôt d’évaluer les résultats de la longue et interminable série de négociations entre gouvernements congolais et rwandais. En termes de résultats, il est pénible de constater que la partie rwandaise n’a jamais respecté ses engagements. Non seulement le Rwanda est tous les temps au cœur des plants de déstabilisation de la RDCongo en suscitant des rébellions à des cycles réguliers de deux à trois ans, mais en plus, il n’hésite pas à expédier ses troupes pour des safaris meurtriers et dévastateurs au Nord-Kivu.
Dans ces conditions, qu’est-ce que la RDC tire des dialogues sans lendemain avec un pays voisin ayant pour idée-fixe l’annexion d’une partie de son territoire et sa transformation en Etat autonome ? Les négociations antérieures n’ayant pas produit de paix durable au Nord-Kivu, ce ne sont pas celles proposées par Ban Ki-Moon qui vont changer l’état d’esprit qui prévaut à Kigali.
 
Kimp

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