Deux poids… deux mesures

  Le contribuable congolais est fort troublé d’apprendre que plus de la
moitié des membres de la Chambre basse du Parlement empochent
mensuellement de gros émoluments – huit mille dollars Usd chacun en
attendant un réajustement d’environ 60% – sans verser la moindre
goutte de sueur. Il l’est davantage en constatant qu’au moment de
frapper ceux qui bénéficient indûment des libéralités du trésor
public, l’arbitraire a pris le dessus sur l’équité.

Pourtant, l’Art. 110 de la Constitution, est sans équivoque : « Le
mandat d’un député national prend fin par : 1) expiration de la
législature ; 2. décès ; 3. démission ; 4. empêchement définitif ; 5.
incapacité permanente ; 6. absence non justifiée et non autorisée à
plus d’un quart des séances d’une session ;  7. exclusion prévue par
la loi électorale ; 8. condamnation irrévocable à une peine de
servitude pénale principale pour infraction intentionnelle ; 9.
acceptation d’une fonction incompatible avec le mandat de député ou de
sénateur ».
Bien que 275 députés nationaux n’aient pas rempli leur part du contrat
social avec leurs élus, en signant simplement leur présence physique à
l’hémicycle de Lingwala, ils ont été épargnés par la Commission ad hoc
et la plénière, pour des raisons qui font croire à la politique de
deux poids deux mesures.
Le non respect d’une disposition constitutionnelle régissant le
mandat de député national constitue un signal fort négatif confirmant
la culture des antivaleurs au niveau de l’Assemblée nationale. La
complaisance affichée à l’égard d’élus qui méritent plus de
représenter le peuple congolais au Palais du Peuple renvoie aux images
très négatives enregistrées dernièrement à l’Assemblée Nationale en
marge des pétitions, motions de censure ou de défiance, questions
orales, écrites ou d’actualité ficelées et retirées sur fond de
marchandage.
A force de verser dans des pratiques peu honnêtes, les députés
nationaux poussent nombre de compatriotes à douter de plus en plus de
leur probité morale, de leur sens des responsabilités, de leur
capacité à légiférer dans l’intérêt général et de contrôler l’exécutif
national dans la transparence. Car certains faits et gestes que posent
des membres de la Chambre basse du Parlement trahissent leur
propension à la jouissance, dans un environnement de récréation
permanente.
Si plus de la moitié des pensionnaires du Palais du Peuple trouvent
le moyen de sécher plus du quart des séances de l’Assemblée Nationale,
il y a lieu de s’interroger sur la validité de certaines plénières et
partant de certains votes qui sanctionnent l’adoption de certains
textes des lois. Il n’est pas exclu qu’au regard de l’absentéisme des
législateurs, plus propositions de lois et projets de lois discutés et
adoptés en plénière avant leur promulgation par le Chef de l’Etat
l’aient été dans l’illégalité la plus parfaite.
De même, le souverain primaire serait en droit de remettre en cause
les décisions portant investiture des membres du Bureau de l’Assemblée
Nationale, du Gouvernement ou de la Commission Electorale Nationale
Indépendante, dès lors que rien ne garantit l’observance du quorum de
siège et du quorum de décision. L’absentéisme avéré des députés
nationaux peut même faire penser, dans leur chef, à un manque de
respect à l’égard de leurs électeurs et à la banalisation de leurs
mandats.
Kimp

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