Désignation du porte-parole de l’opposition : Minaku, une distraction inutile !

L’actualité nationale a été dominée ce week-end par deux faits majeurs, à savoir : la guerre au Nord-Kivu que le voisin rwandais nous impose et la présentation du projet du budget de l’exercice 2012 par le Premier ministre devant les députés.
 
Cependant, les Congolais ont été surpris d’apprendre qu’au lieu de focaliser l’attention sur ces faits d’actualité dont dépend l’avenir de la nation, le président de l’Assemblée nationale a plutôt choisi de s’activer pour la désignation du porte-parole de l’opposition ! Comme si cela constituait la priorité pour les Congolais en ce moment où la nation est en péril.
Le Phare a appris, à ce sujet, que le président de la chambre basse Aubin Minaku, s’est retrouvé le week-end à l’hôtel Vénus avec une fraction de l’opposition dans le but d’apporter ses bons offices en vue d’aider ses interlocuteurs du jour à se mettre d’accord pour désigner leur porte-parole.
 
La priorité est ailleurs
 
Pour nombre de Congolais, l’essentiel pour le moment n’est pas la désignation du porte-parole. Un poste non seulement inutile dans le contexte congolais, mais également qui n’apportera rien en termes de changement auquel la majorité des compatriotes aspirent. Le poste se veut une simple course au confort matériel pour ceux qui se bousculent au portillon pour l’occuper.
La guerre de l’Est avec tout le risque de compromettre l’intégrité du territoire et l’unité nationale qu’elle présente devrait préoccuper au premier plan la représentation nationale.
On rappelle, à propos, que le président de l’Assemblée nationale a dernièrement privé au peuple congolais le privilège de suivre, afin de connaître les causes réelles de la guerre qui sévit dans la province du Nord Kivu, la retransmission en direct du débat parlementaire grâce à la question orale du député Martin Fayulu. 
Aubin Minaku a préféré à la place le huis clos, alors que les répercussions de ce qui se passe dans la partie orientale du pays sont désastreuses.
 
Pendant ce temps, le Rwanda pointé par plusieurs organisations y compris le gouvernement comme l’instigateur de cette guerre-agression, se mobilise en stigmatisant toujours les menaces d’instabilité dont il est l’objet de la part des FDLR, ses propres sujets qui massacrent, violent et pillent en Rdc.
Des diplomates étrangers accrédités à Kigali ont été réunis par le régime de Paul Kagame pour tenter d’obtenir leur adhésion à son éternel chantage de menaces pour la sécurité de son pays à partir de la Rdc. Des rencontres entre les ministres congolais et rwandais de la défense puis des Affaires étrangères ont été tenues, sans oublier l’activisme de son lobbying extérieur.  
Du côté congolais, la question se voulait un tabou qu’on ne devait pas traiter en public. Et il fallait attendre plusieurs jours pour voir le gouvernement  se prononcer enfin, en dénonçant cette fois-ci le jeu pyromane de Kigali jusqu’à saisir le Conseil de sécurité des Nations unies. Au plan diplomatique, les choses n’ont presque pas bougé. 
Jusque quand la Rdc gardera-t-elle une telle attitude face au danger qui guette la nation ? Quel secret que les autorités congolaises, gouvernementales et parlementaire, cachent-elles à leurs compatriotes ? 
Ce sont là quelques interrogations que les Congolais tout comme les observateurs se posent. 
 
Une vieille méthode de l’époque Mobutu
 
D’aucuns n’ont pas perdu de mémoire que la diversion fut l’une des méthodes d’opérer du maréchal Mobutu Sese Seko. Cela a été vécu à plusieurs reprises avec le régime de la 2ème République. Notamment lorsqu’il fallait désigner un Premier ministre des rangs de l’opposition à l’issue des négociations auxquelles des médiateurs africains étaient associés, tout comme avec la réclamation de la tenue de la Conférence nationale, etc. Mobutu jouait la diversion en nommant, pour ce qui est du premier cas, son « Premier ministre » qu’il présentait comme étant issu de l’opposition. Même attitude pour la convocation du forum national. 
Alors que l’écrasante majorité du peuple réclamait la conférence nationale souveraine, Mobutu Sese Seko tenait à tout prix à imposer plutôt sa conférence constitutionnelle. Des éminences grises nationales avaient été mobilisées, à ce sujet, au point de compromettre la science pour le peuple d’accepter la conférence constitutionnelle en lieu et place de la conférence nationale.
 
Impossible compromis autour d’un candidat
 
En dehors de la désignation du porte-parole de l’opposition, sujet qui n’est ni urgent ni prioritaire en ce moment, nul n’ignore que le consensus autour d’un candidat est presqu’impossible à trouver.
Le manque de consensus pour désigner un candidat unique qui devait représenter l’opposition à la présidentielle de novembre 2011, soutient l’affirmation. L’opposition avait éclaté en deux camps, à savoir : le camp de Fatima qui avait jeté son dévolu sur la personne du vieil opposant Etienne Tshisekedi, et le camp de l’hôtel Sultani qui malheureusement n’avait pas réussi à se mettre d’accord autour d’une candidature commune en alignant au finish 5 candidats, alors que la démarche était celle de dégager un consensus autour d’une candidature.
En dépit de la vérité des urnes, au regard des résultats affichés, qui avaient établi clairement le poids de chaque candidat en lice par rapport aux ambitions parfois démesurées au départ des uns et des autres, les acteurs politiques continuent à se comporter comme si rien ne s’était passé dans ce pays.
 
C’est cette même attitude ou mieux la course effrénée au confort, qui plane  dans la tête de la plupart des acteurs politiques plutôt que la recherche de l’idéal de lutte politique pour le changement de gouvernance.
Ici, il n’y a plus de doute d’affirmer que beaucoup de ceux qui se battent aujourd’hui sous la casquette de l’opposition ne sont plus membres de cette famille politique. Qu’ils cessent de flouer l’opinion, alors qu’ils bénéficient déjà du parrainage du camp au pouvoir pour des raisons évidentes. Et ce dernier doit arrêter de s’investir dans une telle entreprise qui ne lui apportera rien en termes de dividende politique.
Comment expliquer par exemple que quelqu’un qui n’a plus de parti d’attache, s’étant auto exclu par son propre comportement, puisse prétendre parler au nom de l’opposition ?
S’inspirant du passé lointain comme proche, il est évident que celui qui sortira dans cette ambiance n’aura jamais la plénitude de confiance de tous les membres de l’opposition. Son pouvoir risquera d’être limité à son propre parti politique avec le soutien de quelques amis du pré-carré.
Puisque le consensus ne sera pas trouvé, il serait réaliste d’instaurer une présidence tournante d’une durée de trois mois, par exemple. Une formule qui aura pour avantage de satisfaire bon nombre de plateformes politiques, mais aussi limiter les velléités de voir s’instaurer un impérium fort au risque d’échapper au contrôle de ses collègues.   
 
Dom

One Comment

  1. Margarette Jean Baptiste says:

    Quelle belle analyse ? Les intellectuels congolais ne sont plus dupes. Il ne suffit plus d’aller à l’université pour décortiquer les facettes de méandres qui poussent la RDC vers sa spoliation avec a la tête ses propres fils et filles intéressés seulement à l’appât du gain. Qui pouvait penser que l’exclavagisme allait finir, qui pouvait penser que les Juifs allaient encore s’imposer dans le monde et aujourd’hui, aucune réunion ou conférence ne peut se tenir sans la présence de l’un de leurs. Le peuple ne doit plus croire aux balbutiements de Mende, Matata, Joseph Kabila et les autres. Qu’il constitue lui-même sa propre résistance pour bouter l’ennemi dehors. L’exemple de la population du Nord Kivu qui soutient les soldats de la FARDC est très encourageant. Inchallah.

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