Le désespoir des jeunes exige une réponse

IMG_9359Des chiffres séduisants ont été récemment donnés du haut de la tribune des Nations-Unies par Joseph Kabila lui-même. Le taux de croissance économique de la République Démocratique du Congo fait pâlir d’envie, « le bâtiment va » et ne laisse planer aucun doute sur la réalisation de l’objectif de l’émergence à l’horizon 2030…

         Mais c’est dans ce « Congo debout » que se déroule en ce moment un phénomène qui sort de l’ordinaire. Déjà observé depuis plusieurs années, il a atteint les sommets en ce début du mois d’octobre. Pour s’en convaincre, il suffit de circuler à travers la capitale. Les cyber-cafés sont noirs de monde, des jeunes de dix-huit ans et plus. Ils jouent, selon ce qu’ils disent, la chance de leur vie en tentant d’obtenir le droit de s’installer aux Etats-Unis d’Amérique à travers la loterie américaine DV-2016 organisée chaque année au mois d’octobre.

            Quand on  les interroge sur le pourquoi de cette volonté d’aller voir ailleurs, les jeunes répondent qu’ils ont perdu l’espoir. Ils avaient pensé que l’ouverture de nombreux chantiers dans le pays allait déclencher la lutte contre le chômage.  Mais au lieu de combler leurs espérances, ceux-ci ont préféré accueillir une main d’œuvre venue de l’étranger alors que des grandes écoles comme l’Institut des Bâtiments et des Travaux Publics, l’Académie des Beaux Arts, les différentes facultés polytechniques  déversent chaque année des milliers de jeunes suffisamment qualifiés, condamnés à blanchir leurs cheveux au coin de nos rues en jouant sous un soleil ardent le rôle de changeurs de monnaie ou de vendeurs des cartes de téléphone cellulaire.

Même s’ils savent que la loterie ne récompensera finalement que quelques dizaines de chanceux, les jeunes tiennent à tenter le coup, parce que c’est tout ce qui leur reste à faire. Et ils ajoutent que même si ça ne marchait pas cette année, ils recommenceront l’année prochaine.

            Ces propos devraient faire réfléchir. D’abord parce qu’un pays tire une grande partie de son dynamisme de sa jeunesse et ensuite parce qu’il s’agit d’un signal négatif qui doit susciter la remise en cause de certaines stratégies politiques  qui semblent faire peu cas des nationaux, réduits au simple rôle de faire valoir et de réservoir des voix pendant la période électorale.

            Depuis des années, nous nous plaignons de l’exode des populations de l’arrière-pays vers les centres urbains. Nos villages ayant été abandonnés à eux-mêmes, les jeunes les ont désertés au profit des villes où ils espèrent rencontrer le bonheur. Et là, rebelote,  le chômage reste au rendez-vous. La persistance d’une telle situation n’est pas de nature à redonner de l’espoir. Il faut agir et surtout tordre le coup aux politiques qui ne créent pas le bonheur collectif.  Parce qu’il y a toujours une espèce de honte d’être heureux à la vue de certaines misères, surtout lorsque lesdites misères concernent tout un peuple, l’indice mondial du Pnud sur la pauvreté faisant foi.

 

LP

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