Des terroristes de Kinshasa à Brazzaville ?

brazzaLa chasse aux ressortissants de la République Démocratique du Congo à Brazzaville cacherait des non-dits. Selon des rumeurs en circulation sur l’autre rive du fleuve Congo, la police du Congo voisin les soupçonnerait de vouloir monter un groupe terroriste ayant pour mission non seulement de semer l’insécurité au sein de la population civile mais aussi de chercher à déstabiliser les institutions établies.

         D’où l’opération « Mbata ya bakolo », au-delà d’une prétendue traque des bandits à main armée et des prostituées affichant la nationale rdcongolaise, viserait en réalité à prévenir tout retour de la capitale du Congo/Brazzaville au cycle des violences de la sombre époque des « Cobras », « Ninjas », « Cocoyes » et autres. Au regard des images diffusées la semaine dernières sur plusieurs chaînes audiovisuelles internationales montrant des suspects aux arrêts et des armes saisies sur eux ou dans leurs lieux de résidence, et des déclarations de certains responsables de la police de Brazzaville, on pourrait effectivement adhérer à la version de la montée d’un nouveau type de banditisme dans cette ville.

            Ce qui dérange dans l’affaire, c’est la stigmatisation particulière des Congolais de Kinshasa et leurs expulsions massives, sur fond de confiscation de leurs biens, de traitements inhumains et dégradants. Le déferlement, sur la ville de Kinshasa, en l’espace d’une semaine, de plus d’un millier de victimes de l’opération « Mbata ya bakolo », sans le sou et dont certaines portaient des traces des coups de crosse et de matraques, a fait monter la tension à Kin-Malebo.

Interpellé, le gouvernement rdcongolais s’est empressé de dépêcher une délégation officielle à Brazzaville, en vue de s’enquérir des mobiles et conditions d’expulsion de nos compatriotes. Curieusement, depuis son retour à Kinshasa, c’est le silence radio. Nul ne sait si elle a pu obtenir quelque explication au sujet de ce qui arrive à la colonie congolaise à Brazza-la-verte. Entre-temps, la chasse aux Congolais, accusés de tous les péchés du monde, n’a pas fléchi.

Tshibanda attendu à l’Assemblée Nationale

On croit savoir que c’est le flou qui entoure les expulsions de nos compatriotes de Brazzaville ainsi que les mauvais traitements généralisés dont ils sont l’objet dans les pays voisins qui ont décidé le député national Palu (Parti Lumumbiste Unifié), Patrick Muyaya, à adresser une question d’actualité au ministre des Affaires Etrangères, Coopération Internationale et Francophonie, Raymond Tshibanda. Le sujet, apprend-on, sera à l’ordre du jour de la plénière de ce mercredi 16 avril 2014 à l’Assemblée Nationale.

            A en croire des sources proches du dossier, l’élu de la circonscription de la Funa (ville de Kinshasa) voudrait connaître les raisons profondes des renvois massifs des Congolais de Kinshasa de Brazzaville et savoir si les autorités de Kinshasa étaient préalablement informées par voie diplomatique. Il s’interroge aussi sur les dispositions pratiques de leur accueil au beach de Kinshasa…Il cherche à savoir si les refoulés étaient soumis à des contrôlés médicaux pour s’assurer de leur état de santé… si on a procédé à l’inventaire des biens qu’ils auraient perdus à partir de leurs habitations.

Enfin, Patrick Muyaya demande à Raymond Tshibanda si le gouvernement congolais a pensé à prendre les dispositions utiles afin que la maltraitance que subissent nos compatriotes au Congo/Brazzaville, en Angola, en Ouganda (251 Congolais morts noyés dernièrement dans le Lac Albert) et ailleurs ne se reproduise plus. Car l’impression que laissent les vagues de refoulement des Congolais de l’étranger est qu’ils ne bénéficient d’aucune protection de la part de leur propre gouvernement.

Le virus des exilés économiques

            Sans pour autant chercher à excuser les autorités de Brazzaville ou celles d’autres pays voisins où les Congolais de Kinshasa sont perçus comme des mendiants, des escrocs, des brigands, des voleurs, des prostitués, il y a lieu de déplorer la misère, le chômage, le manque de perspective d’avenir, le déficit de démocratie, l’inexistence de l’Etat de droit, qui poussent des millions de Congolais vers l’exil économique. Depuis que la RDC (ex-Zaïre) est fichée parmi les pays les plus pauvres de la planète, les chancelleries africaines et occidentales ont durci les conditions d’octroi des visas à ses citoyens, car voyant en chacun d’eux un candidat à l’asile politique.

La ruée des « Ngulu » (clandestins) congolais vers n’importe quelle destination du monde, pour fuir l’enfer congolais fait en sorte qu’ils se retrouvent souvent en surnombre par rapport aux citoyens d’autres Etats. Par conséquent, des cas isolés de vol, d’escroquerie ou de banditisme ayant pour auteurs des membres de la diaspora congolaise sont vite généralisés.

            La leçon à tirer du mépris qu’affichent de nombreux peuples d’Afrique et d’Europe envers les ressortissants de la RDC est que ses gouvernants devraient prendre davantage conscience de l’impératif d’y créer des conditions politiques, sociales et économiques susceptibles de leur permettre de jouir du minimum vital sur la terre de leurs ancêtres.

            Mais si des diplômés en médecine, pharmacie, économie, droit, journalisme, agronomie, chimie, mécanique, électricité, relations internationales, finances, informatique…sont obligés de se convertir en marchands des cartes prépayées de téléphonie cellulaire, en chargeurs des parkings, en cireurs de chaussures, en vendeurs à la criée de l’eau glacée en sachets, on n’arrêtera jamais l’exode des «Ngulu». Tant que des sociétés étatiques (Lignes Aériennes Congolaises, Minière de Bakwanga, Sidérurgie de Maluku, Régie des Voies Fluviales, Lignes Maritimes Congolaises, Gécamines, Cimenterie Nationale, Kilo-Moto…) et des firmes privées continuent de renvoyer des milliers de travailleurs au chômage ou de battre des records des salaires impayés s’étalant sur 200 à 300 mois, comment arrêter la rage des Congolais d’aller chercher l’eldorado en dehors des frontières nationales ? Hier très respectés, les Congolais sont devenus la risée du monde aujourd’hui à cause de leur état d’éternels assistés et nécessiteux.

Kimp

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