Des puits de diamants déciment des creuseurs

 A l’arrière-pays, la ruée vers le diamant a récupéré jeunes et vieux sans emploi et surtout la jeunesse non scolarisée, au détriment du travail de champs, de la chasse ou de la pêche.
Et même des travaux d’intérêt commun, tels que l’entretien des routes ou la construction des ponts.
L’exploitation artisanale de ces pierres précieuses a donc vidé nos campagnes, au point de faire régresser la production agricole. Elle a par contre, créé la classe de nouveaux riches qui peuplent nos cités, rivalisent des conquêtes féminines et se pavanent dans des limousines de luxe.

 Une grande activité minière du secteur de l’informel s’est développée au Kasaï oriental, occidental et dans la province de Bandundu, où creuseurs alimentent le commerce du diamant en créant des emplois pour les exploitants artisanaux, les commissionnaires, les convoyeurs appelés les « tindeurs » et les   trafiquants ou les comptoirs agréés.

 Mais derrière cette abondante activité menée de manière artisanale, et sans précaution, se cache un danger permanent, à savoir l’éboulement des puits des diamants. Et depuis que la ruée vers les pierres précieuses bat son plein, les morts ne se comptent plus dans nos provinces. Surtout dans les rangs de la jeunesse.
 Mbuji-Mayi. Dans une galerie souterraine où des creuseurs avaient trouvé, il y a un mois, un diamant de joaillerie, une dizaine de jeunes garçons ont été surpris par un affaissement de sol. Le puits s’est brutalement effondré, ensevelissant deux creuseurs. Cet accident, comme il faudrait le souligner, n’est pas le premier du genre. Il y a quelques années, d’autres creuseurs étaient coincés dans l’éboulement d’un puits de diamants. Si quelques rescapés ont pu être secourus, il n’en est pas le cas pour le creuseur emprisonné au fond du trou.
 Pas plus tard que vendredi soir à Tshikapa, un autre drame vient de se produire dans une carrière désaffectée, située non loin de la centrale hydro-électrique dans la localité de Lungudi.
 En effet, après avoir exploité ce site pendant des années, Namakwa Diamant, une entreprise sudafricaine, avait arrêté début mai dernier, l’exploitation de diamants à la suite des problèmes techniques, laissant derrière elle une mine à ciel ouvert de plus de 30 mètres de profondeur.
 Avec la découverte de quelques carats de diamants industriels, la carrière a attiré une foule des creuseurs qui s’y affairent à longueur de journées, et même pendant la nuit. Les exploitants estiment que la saison sèche est propice à cette activité minière, avant le retour des pluies prévu en septembre prochain. Malheureusement, les parois d’une partie de cette carrière se sont effondrées, ensevelissant de nombreux creuseurs. Près d’une centaine se trouvaient dans ce site au moment de l’accident. Bilan provisoire, les témoins parlent de plus d’une soixantaine, alors que les officiels eux indiquent de trois morts. En tout état de cause, pour l’instant, aucun chiffre exact n’a été communiqué sur ce drame. Il faudrait attendre l’extraction au fil des jours, des victimes, pour en livrer le nombre exact.
 Signalons que depuis ce drame qui vient de frapper durement la localité, Lungudi est plongé dans le deuil. A l’heure qu’il est, la dangereuse carrière a été interdite d’accès aux creuseurs et à toute activité d’exploitation artisanale. Cette mesure sera-t-elle respectée quand on sait que pour le diamant, les jeunes sans emploi sont prêts à tout, au péril de leur vie !
 J.R.T.  

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