Des archives de la Cour Suprême de Justice anéanties par les eaux

 

C’est  la énième fois que la Cour Suprême de Justice vient de perdre ses archives. La forte pluie qui s’est abattue sur Kinshasa dans la nuit de samedi à dimanche dernier a provoqué non seulement des morts mais surtout des dégâts matériels énormes à la suite des érosions qui ont ravagé des quartiers entiers essentiellement dans des endroits envahis par des lotissements pirates.

C’est au niveau des bâtiments abritant les services de la Cour Suprême de Justice que des dégâts énormes ont été constatés le lundi. Les eaux de cette forte pluie se sont infiltrées dans les bureaux jusqu’à atteindre plus d’un mètre de hauteur.

 Le bilan est catastrophique :  les archives, notamment les dossiers judiciaires, administratifs et privés ont été engloutis dans ces eaux furieuses, même ceux qui se trouvaient dans les armoires, tiroirs, étagères et autres lieux de conservation. Les bureaux qui abritent les services du greffe pénal et administratif ont été les plus touchés car situés en-dessous du niveau du parking principal. Le courant de ces eaux était si fort que les portes n’ont pas résisté jusqu’à atteindre le sous-sol où sont gardées les archives les plus anciennes.

C’est le lundi que les agents et les juges de la Haute Cour ont découvert les dégâts. Des documents étaient éparpillés et noyés dans les bureaux envahis par ces eaux en furie. Il a fallu d’abord les récupérer, ensuite les rassembler avant de les faire sécher dehors sous le soleil. Le spectacle était désolant de voir les juges de cette juridiction en train de patauger dans la boue engendrée par ces eaux de pluie à la recherche de leurs documents personnels et de ceux des justiciables. Notamment les dossiers judiciaires contenant des décisions de justice provenant des juridictions inférieures, les notes des plaidoiries et autres documents faisant partie du dossier traité ou à traiter par les juges. 

La toute récente perte des archives remonte aux affrontements entre les combattants du MLC et les éléments des forces de l’ordre, accusés d’être proches de Joseph KABILA au lendemain du deuxième tour de l’élection présidentielle en 2006. Un incendie manifestement d’origine criminelle avait ravagé la salle des archives de cette haute cour lors de ces accrochages sanglants qui s’étaient soldés par l’arrestation de certains candidats leaders de l’opposition, dont notamment  Néné NLANDU, candidate malheureuse à cette élection de 2006.

Comme au lendemain des scènes de pillage de tristes mémoires perpétrés en 1993 par des éléments irresponsables ou manipulés qui avaient détruit certaines juridictions judiciaires de la capitale, incendiant de nombreuses archives importantes, la Cour Suprême de Justice se voit amputée de certains documents précieux. Notamment les dossiers judiciaires  déjà traités ou en instruction. Non seulement les juges auront tout le mal à reprendre les procès mais ce qui est plus grave, c’est que des justiciables vont payer le prix le plus élevé, surtout ceux qui s’attendaient à gagner les procès.

Les avertissements du bâtonnier national

Que faire ?  Lors de son discours à l’occasion de la rentrée judiciaire de cette année, la Bâtonnier National MBUY Mbiye Tanayi avait lancé un avertissement aux autorités judiciaires pour mettre sur pied une commission de récupération des archives judiciaires, notamment celles détruites par l’incendie de 2006. Il avait proposé que cette commission s’adresse non seulement aux juridictions inférieures pour rassembler les archives mais aussi aux justiciables particuliers détenant certaines pièces des dossiers. Ce, en attendant l’informatisation de tout le système judiciaire du pays, avait-il prévenu. Avocat à la Cour Suprême de Justice depuis 1987, le Bâtonnier National était loin de s’imaginer que deux mois après ,ce qu’il avait prédit allait se produire et encore une fois à la Haute Cour.   

Des noctambules surpris           

Cette pluie a surpris les Kinois, particulièrement les amoureux des boites de nuit, bistrots et bars érigés le long de certaines rues de la ville. Beaucoup d’entre eux n’ont pas pu regagner leurs domiciles respectifs car les rues et avenues étaient inondées des eaux bouilleuses et autres objets tranchants provenant des déchets ménagers. Les services de la Police Nationale et de la Croix Rouge Congolaise ont fait état d’une dizaine de personnes mortes noyées dans le courant de ces eaux en furie ou suite à l’électrocution provoquée par des fils électriques non protégés car laissés à découvert dans de nombreuses rues et avenues.

Une autre conséquence non prévue, c’est le bouchage des caniveaux par des déchets ménagers détruisant ainsi le travail de débouchage des caniveaux mené tambour battant pendant deux mois avant la Francophonie. Démontrant ainsi le côté burlesque et folklorique des ces équipes des balayeurs de rue regroupés au sein des ONG de développement appartenant à certains apparatchiks du régime. Tout est à refaire et Kinshasa a retrouvé son décor sale des années passées

F.M.  

 

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