Des antipaludéens suspects en Province Orientale

Le compte à rebours est largement entamé pour un important stock d’antipaludéens expédiés au milieu de la semaine dernière vers Isiro, en Province Orientale. On signale que cette partie de la République est fichée par les partenaires de notre pays ainsi que les experts du Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) comme le principal foyer d’hébergement de la malaria. Aux dernières nouvelles, il semble que les kits en question se feraient toujours attendre. 
Au regard des statistiques alarmantes enregistrées depuis plusieurs mois, avec notamment une soixantaine de cas de décès et des milliers de cas de morbidité, surtout chez les enfants et les femmes enceintes, une intervention urgente s’imposait pour limiter les dégâts. Malheureusement, un important lot de médicaments anti-malaria, don du gouvernement italien à celui de la RDC, a passé un séjour anormalement long au dépôt central du ministère de la Santé Publique, au point que sa mise en circulation suscite une vive controverse.
Selon des sources crédibles, les anti-paludéens destinés à la Province Orientale devraient arriver à expiration à la fin du mois de juin 2012. A en croire des témoins ayant assisté à leur embarquement par les soins d’une agence de voyage à Ndolo, dans la commune de Barumbu, il s’agirait d’environ 55 kits d’antipaludéens répondant aux critères de « combinaisons artésunates amodiaquines ». 
 
Cette thérapie est reconnue, dans le monde médical, comme la plus appropriée et la plus efficace pour guérir les sujets atteints de malaria. Comme relevé plus haut, le hic se situe au niveau du délai de péremption qui n’aurait pas été respecté. D’où, il y a lieu de craindre l’effritement des principes actifs que devraient receler lesdits médicaments. Si les nouvelles en circulation dans les couloirs du ministère de la Santé Publique se confirment, l’on peut penser que les chances de lutte contre la malaria en Province Orientale sont en train de s’amenuiser sérieusement.
Médecins et personnels soignants risquent d’être confrontés à un phénomène bizarre de résistance aux combinaisons artesunates amodiaquines. Certains d’entre eux seraient tentés d’explorer de nouvelles pistes de traitement de la malaria alors que le fond du problème réside dans le fait que les stocks d’antipaludéens disponibles seraient périmés.
 
Mais pourquoi ces médicaments destinés à sauver des milliers de vie en Province Orientale n’y avaient-ils pas été expédiés à temps ? La question reste posée. Des sources proches de ce dossier laissent entendre que c’est dans les habitudes de certains gestionnaires du Programme National de Lutte contre le Paludisme. Dès qu’ils ne se retrouvent pas dans un don ou une opération d’achat de médicaments, ils le sabotent systématiquement.
A cet effet, on se rappelle que l’année passée, les autorités provinciales du Katanga avaient décidé la destruction d’une grande quantité de kits médicaux venus de Kinshasa, au motif qu’ils étaient frappés par la péremption.
 
Dans les milieux des partenaires de la RDC, l’on se plaint de la mauvaise gestion voire du détournement des dons en médicaments par les animateurs des structures sanitaires à partir de Kinshasa. On raconte à ce sujet l’affaire de plusieurs millions de moustiquaires imprégnées envoyées à Kananga mais bloquées pendant plusieurs mois dans le dépôt d’une compagnie aérienne avant d’être réexpédiées à Kinshasa pour la vente. De telles opérations maffieuses de kits médicaux devant être distribuées gratuitement aux populations congolaises mais reversées dans les circuits commerciaux sont légion.
L’actuel locataire du ministère de la Santé Publique est interpellé pour le suivi du dossier des antipaludéens expédiés récemment en Province Orientale mais aussi de l’état des stocks consignés au dépôt central de son administration car les mafiosi s’y font du beurre sur le dos des personnes vulnérables résidant le plus souvent dans le Congo profond.
 
Kimp

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