Dernier virage pour une affaire de moeurs à l’Onatra/Matadi

Trois policières de l’Onatra Matadi ont comparu lundi 09 mai 2011, à la Cour Suprême de Justice où elles sont en appel pour une affaire de viol, attentat à la pudeur et harcèlement sexuel dont elles ont été victimes à des moments divers et dans les circonstances presque similaires, de la part de leur chef hiérarchique, le directeur de police Bora Munganguzi.

Les trois agents de la police étaient assistés par un collectif d’avocats ayant à leur tête, le doyen Me Mbungu. Le prévenu Bora avait à ses côtés, un collectif d’avocats pour sa défense.

L’audience a démarré par la lecture par le greffier, du dispositif de l’arrêt rendu par la Cour d’appel de Matadi. C’était pour rafraîchir la mémoire des uns et des autres sur les décisions du premier juge. Dans ce cadre, la parole a été accordée aux différentes parties pour exposer les motifs de leur appel et le fondement de leur démarche devant la Cour Suprême de Justice.

 

Pour le collectif des avocats des parties civiles, ils ont interjeté appel pour mal jugé, étant donné que le juge de la Cour d’appel a non seulement méconnu la qualité de parties civiles aux policières Tsimba Nzita et Bibi Makumbu Nzuzi, mais a mal qualifié les faits en droit et a condamné le prévenu aux peines minimales en évoquant des circonstances atténuantes, alors qu’il aurait pu s’appuyer sur des circonstances aggravantes compte tenu de la position hiérarchique dominante du prévenu sur ses victimes. En conclusion, les avocats des parties civiles ont sollicité de la Cour Suprême de Justice, de réexaminer cette affaire, aussi bien sur la forme que le fond.

Au niveau de la défense, c’est un autre son. Les avocats de Bora ont allégué que leur client était innocent et que les dépositions des trois policières sont des mensonges montés de toutes pièces. Ils sont allés en appel, parce que le juge de la Cour d’appel de Matadi s’est basé sur des racontars et des rumeurs. Aucune preuve de viol, d’attentat à la pudeur et d’harcèlement sexuel n’est apportée dans le dossier.

Rappel des faits

La Cour suprême a cherché à savoir comment les deux policières Tsimba Nzita et Bibi Makumbu Nzuzi entendues devant la cour d’appel comme témoins, se sont constituées parties civiles. Et comment la justice a-t-elle été saisie ?
A la barre, elles ont fait valoir qu’elles avaient été entendues au Parquet général près la Cour d’appel de Matadi comme témoins. C’est là qu’elles ont porté les faits au magistrat instructeur contre le prévenu Bora. Pour sa part, l’inspecteur de police Marie-Claire Mbadu a rappelé que c’est dans sa plainte du 5 juin 2010 au Parquet général de Matadi qu’elle a évoqué également les faits subis par ses collaboratrices Tsimba Nzita et Bibi Makumbu Nzuzi. Ces dernières en ont donc profité pour dévoiler les avances de leur chef, mais aussi quelques scènes dont des attouchements aux parties postérieures et à la poitrine, ainsi que des scènes de streap-tease de ce cadre de la police dans son bureau.

Afin d’édifier les juges, Me Mbungu a sollicité de la Cour Suprême de Justice d’accorder la parole aux victimes pour qu’elles exposent les faits.    Une question a été posée : pourquoi les victimes ont-elles porté plainte en 2010, alors que certains faits reprochés au prévenu remontaient à 2006, 2007, 2008 et 2009 ?
L’une des policières a expliqué qu’elles avaient privilégié avant tout la voie du dialogue, en prodiguant des conseils à leur chef, et en recourant au service de ses amis et ses proches. Toutes ces démarches, a déploré la dame, sont demeurées vaines, parce que le prévenu manifestait toujours un acharnement particulier. Et d’ajouter qu’au bout du compte, elle a alerté la délégation syndicale, comme en témoigne une lettre adressée à cet organe social de l’Onatra. Excédée par ce comportement et des menaces de permutation et du gel de sa promotion lui proférées, l’inspectrice Marie-Claire Mbadu a alors écrit aux autorités provinciales et nationales, afin de faire cesser ses multiples actes d’harcèlement sexuel et de sauvegarder des relations professionnelles saines avec son chef.
L’officier du ministère public a demandé au prévenu s’il ne se rappelait pas avoir été interrogé sur les cas de deux autres policières. Le directeur Bora a reconnu le fait et précisé que c’est lui qui avait porté plainte contre les dames devant le Tribunal de paix de Matadi. C’était, dira-t-il, en réaction à la lettre de dénonciation de Mme Mbadu envoyée auprès des autorités.

Pour ses avocats, Bora est de l’Est et les policières du Bas-Congo. Elles ont été instiguées par des concurrents au poste de Directeur de police pour Matadi. Me Mbungu s’est  insurgé contre la tendance à politiser l’affaire. Il a demandé aux juges de ne rester que sur le terrain du droit pénal, mais non sur celui du droit politique, comme la défense l’insinue.

Versions contradicotires

Lors des débats, on s’est retrouvé face à deux thèses contradictoires. La première est celle de Bora qui soutient que toute cette affaire est partie du fait qu’on cherchait à lui priver de sa promotion comme directeur, une manœuvre orchestrée par son collègue directeur des ports maritimes à Matadi. Ce dernier s’est appuyé sur les policières.

Réagissant à cette déclaration, l’inspectrice Mbadu a dévoilé son propre cas. Alors qu’elle était en instance d’être nommée, son chef hiérarchique lui a refusé la promotion au motif qu’elle repoussait ses avances. Et d’indiquer qu’il y avait une gué-guerre entre elle et son chef. Elle a évoqué le cas de l’opérateur économique Kabeya dont le contrat signé avec les responsables du port, n’était pas exécuté.
Pour ce blocage, l’Onatra a été condamné à payer des dommages-intérêts à cause de l’intransigeance du prévenu Bora qui sera sanctionné. Quant aux faits portés contre ce cadre de la police, les trois dames en ont livré assez aux juges. Des avances, des invitations dans des chambres d’hôtel à Mbanza-Ngungu, Matadi et Boma, ainsi que des attouchements sexuels dans le bureau.

La policière Bibi Makumbu Nzuzi a même imploré le prévenu de craindre Dieu et de dire la vérité, car elle n’a pas intérêt à inventer des faits aussi graves contre lui. Même attitude pour la policière Tsimba Nzita qui ne s’explique pas les dénégations de leur chef. Suffisamment édifiés, les juges ont renvoyé l’affaire au 6 juin pour les plaidoiries des avocats. Il était 19 heures.

          J.R.T.  
      

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