Députés : l’esprit ailleurs


         Le taux élevé d’absentéisme et le manque d’enthousiasme observés chez les députés nationaux depuis l’ouverture, il y a 11 jours, de la session extraordinaire de l’Assemblée Nationale n’ont qu’une explication : les élus de 2006 ont l’esprit ailleurs. En termes clairs, ils se sont déjà lancés dans la pré-campagne électorale. Préoccupés par le renouvellement de leurs mandats, dans un environnement politique où la concurrence s’annonce rude et où leur bilan ne paraît pas très brillant, ils sont plus présents dans les états-majors de leurs partis, plates-formes ainsi que dans leurs circonscriptions électorales qu’au Palais du Peuple.

            Certains improvisent de courts séjours dans le Congo profond, pour distribuer des bancs dans des écoles, des médicaments et lits dans des centres médicaux, payer les frais de maternité des mères et bébés pris en otages dans des hôpitaux, financer le réaménagement des marchés et des ponts de fortune, offrir des équipements (vareuses et ballons) aux équipes de football, de basket, de volley et de handball des jeunes, faire forer à leurs frais des puits d’eau, installer des écrans géants dans des villages pour la diffusion des rencontres sportives, implanter des groupes électrogènes pour l’éclairage public, etc.

            Chefs des partis ou membres des directoires, tous veulent démontrer à leurs futurs électeurs mais aussi à leurs adversaires politiques, qu’ils existent sur le terrain, qu’ils n’ont pas oublié leurs « bases » pendant les quatre premières années de leur présence au sein de l’Assemblée Nationale. La crainte d’être sanctionnés négativement, pour n’avoir pas, dans leur écrasante majorité, répondu aux attentes des masses, les pousse à s’investir dans des opérations de charme qu’ils pensent pouvoir amener l’électorat à passer l’éponge.

Quant aux députés fichés jusqu’il y a peu comme « indépendants » ou chassés de leurs partis d’origine, ils se sont empressés de créer le leur propre. Les douleurs d’enfantement de ces nouvelles formations politiques sont si atroces qu’elles exigent des géniteurs un suivi spécial.

            Par ailleurs, plusieurs chefs des partis viennent de lever l’option de sceller de nouvelles alliances, ce qui les oblige à un devoir de « visibilité » sur le terrain, de manière à se faire remarquer de leurs nouvelles « autorités morales », au sein de la majorité au pouvoir, de l’opposition parlementaire ou extra-parlementaire.

            Plusieurs députés sont encore en ballottage, du fait d’avoir été radiés de leurs partis sans pour autant avoir signé formellement leur affiliation dans un nouveau parti ou une nouvelle plate-forme politique, même s’ils fréquentent assidûment des cercles politiques bien connus de la place de Kinshasa. Ceux-ci se battent aussi pour effacer, de l’esprit de futurs électeurs, la carapace de taupes ou traîtres qui pourraient leur coller à la peau et réduire sensiblement leurs chances d’être reconduits à l’hémicycle de Lingwala.

            Les députés ayant eu le courage de renoncer à leurs mandats par une démission en bonne et due et forme, clarifiant du coup leurs ambitions politiques, paraissent plus à l’aise. Il parait difficile, au regard des enjeux politiques de 2011, de combattre l’école buissonnière dans les rangs des députés nationaux, d’autant plus que chacun d’eux connaît la ligne rouge à ne pas franchir au risque de se faire invalider.

                                   Jacques Kimpozo

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