Démocratie à double vitesse en RD Congo

Le Collège Boboto était pris d’assaut  hier par une foule nombreuse venue commémorer la journée historique du 16 février 1992. « Evaluation à mi –chemin du processus politique et démocratique en RDC » était le thème  du jour. C’est  le Réseau national des ong des droits de l’homme dans notre pays «  Renadhoc » qui était au centre de l’organisation.  Une messe d’action de grâces a été dite à la paroisse Sacré Cœur juste après les exposés. De   célébrités des milieux politique et associatif   étaient à Boboto. . Dans le lot, on pourrait citer Zahidi Ngoma, Bo Boliko, Martin Fayulu, Eve Bazaiba,  Moise Nyarugabo….

Une quinzaine d’orateurs étaient retenue pour  expliquer le sens de la journée du 16 février 1992 ; dresser le bilan des avancées démocratiques  depuis la date historique en question et parler des perspectives d’avenir.
Eve Bazaiba qui a parlé pour le compte du Mlc a dit qu’en se déployant dans les rues du pays, les Congolais de l’époque avaient fait fi de la peur et  de la passivité. Longtemps imbu de lui-même, Mobutu avait accepté d’organiser les consultations populaires. Il s’est rendu compte  à la fin des années 80 que les dirigeants avaient intérêt à prendre  réellement en compte les aspirations du peuple pour mieux asseoir leur pouvoir. Et un peu plus tard c’était la CNS. 18 ans après, les acquis du 16 février n’ont pas été réellement préservés.. Aujourd’hui, l’expression de la démocratie marque le pas. Le recul étant évident, certains compatriotes ont été amenés à prendre les   armes.
Thierry Landu, professeur de son état, a usé de la métaphore pour caricaturer les ratés constatés de nos jours. «  Ayant rencontré  un jour deux Congolais fauchés par les balles lors de cette journée historique, ces derniers lui demandent : Qu’avez-vous fait de cette journée ? Nous sommes atteints par la Wengemanie », a-t-il répondu..
Gérard Kabamba du Front patriotique, a lui, fustigé la confiscation de la parole. En clair, il dénonce la tendance à la pensée unique. Raoul Nsolua, cadre de l’Udps, Raphael Kapambu,  Bomanza, conseiller politique de Jean-Pierre Bemba  sont revenus sur les difficultés de tous genres auxquels les Congolais sont confrontés en ce moment. La période post électorale ayant été précédée par une transition chaotique, les choses ne peuvent pas bien marcher, ont-ils indiqué.  «Ceux qui nous dirigent n’ont pas un projet de société cohérent. Le Congo évolue au gré des vagues. Nous interpellons nos dirigeants car la RDC est notre propriété à tous», a souligné Jean Baptiste Bomanza.
Le sénateur Djoli, a démontré que le concept sécurité est abusivement utilisé pour réprimer les citoyens. Le 16 février 1992, le pouvoir de l’époque avait invoqué les raisons sécuritaires pour disperser les manifestants. En réalité, c’est la sécurité d’un seul individu qui est en jeu. Or, sécurité doit englober la sauvegarde des intérêts économiques, sociaux, culturels … du peuple. La quasi-totalité des guerres  qui naissent en Afrique résultent  des conflits post électoraux, électoraux et pré électoraux
Le conférencier Ezuluwa du parti Puna s’est contenté de reprendre des citations de Paul Valery, Machiavel, CHevenement, Norbert Zongo , Boutros Ghalil… pour passer son message. «  La vie ressemble à une cage des singes où on remarque que certaines personnes s’évertuent à construire le monde, et d’autres tenter de le détruire. La démocratie est un but à atteindre. Là, où on a le pouvoir pour le pouvoir, il y a réellement danger…. » Prenant soin de dire que les pesanteurs du moment  étaient prévisibles dans la mesure où il y a eu de fausses notes au départ.. Valentin Mubake, animateur d’une des ailes de l’UDPS, a fait remarquer que nous devons compter d’abord sur nous-mêmes pour rebâtir ce pays.  Nos partis politiques sont en partie responsables du gâchis enregistré en RDC. Si au niveau des partis, on dispose des gens honnêtes, sages et courageux, c’est déjà une bonne chose.  Les diplômes ne suffisent pas. N’est-ce pas que les diplômés sont assimilés à des administratifs ?, s’est-il écrié.

Témoignage

Les  exposés  terminés, les hôtes du Renadhoc se sont rendus à la paroisse Sacré Cœur pour suivre l’homélie du père Rigobert Minani. Le permanent du Rodhecic s’est appuyé sur le « discours d’orientation » de Jésus-Christ peu avant de commencer son ministère.  «Jésus, a-t-il indiqué, avait dit qu’il était venu pour libérer les opprimés, s’intéresser aux laissés pour compte….»
«Les actes de courage des martyrs doivent à tout moment nous interpeller. Nous  avons l’obligation  morale de reconnaître que le peu de démocratie  que nous avons est en partie dû au sacrifice consenti par les martyrs de la marche du 16 février 1992». Quelques personnes, entre autres, le ministre honoraire Ntantu Mey, ont fait des témoignages. Formulant par la même occasion le vœu de voir les Congolais perpétuer à jamais la mémoire leurs compatriotes tués ce jour là.

Jean- Pierre Nkutu.

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