Démarcation des frontières entre la RDC et le Rwanda : Kasa-Vubu va se retourner dans sa tombe

Combien des fois feu Joseph KASA-VUBU va-t-il se retourner dans sa tombe? La toute première fois, c’était lors des débats apparemment houleux au niveau de la chambre basse alors présidée par Vital KAMERHE autour de la question des bornes frontalières entre l’Angola et la RDC. Cela, à la suite de l’occupation de certains villages de Kahemba par des éléments de l’armée régulière angolais. Les conclusions de cette mission d’enquête présidée par Roger LUMBALA ont été des plus décevantes à plus d’un titre. D’une part, les membres de cette mission se sont permis de prétendre que les bornes frontalières n’ont jamais été déplacées et pire, les villageois se présentant comme congolais se sont retrouvés par mégarde sur le territoire angolais. Moralité : cette question a été jetée dans les poubelles de l’histoire et Dieu sait quel a été le sort de nos compatriotes ainsi abandonnés à leur triste sort face aux éléments de l’armée régulière angolaise dont la brutalité et la cruauté ne sont plus à démontrer.

            Si le tout premier chef de l’Etat congolais doit s’être retourné dans sa tombe, c’est tout simplement parce qu’il est celui qui avait pris part en 1963 à la création de l’Organisation de l’Unité Africaine en apposant, au nom et pour le compte de la République Démocratique du Congo, sa signature au bas de la Charte constitutive de cette instance. C’était aux côtés de ses pairs aujourd’hui disparus que furent Kwamé NKRUMAH, NASSER, BOURGUIBA, MOHAMED V, Sékou TOURE, Léopold Sédar SENGHOR, Félix HOUPHOUËT-BOIGNYI, Modibo KEITA, HAMANI Diori, Abbé Fulbert YOULOU, etc.

            Outre Joseph KASAVUBU, le Roi Léopold II, son arrière-petit fils le Roi Baudouin 1er, les deux premiers Ministres Belges et congolais, à savoir ESKENS et LUMUMBA qui avaient signé l’acte de l’indépendance le 30 juin 1960 devraient aussi se retourner dans leurs tombes respectives. Car, l’un des points essentiels de cette Charte de l’OUA consacre l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation.

            Tout en prônant et rêvant l’instauration des Etats Unis d’Afrique à l’instar des Etats-Unis d’Amérique et de l’Union Européenne, par ce principe d’intangibilité des frontières coulé sous forme de « Jus Cogens » en Droit International Public, les pères Fondateurs de l’OUA tenaient à prémunir le continent des guerres fratricides qui pourraient survenir entre des Etats habités par des communautés tribales transfrontalières comme il en existe presque dans le 3/5 des pays africains aux frontières poreuses.

 

Le piège à cons

 

            Les pères Fondateurs de l’OUA ne s’étaient pas trompés en mettant ce verrou de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Ils avaient vu très loin car la réalité sur le terrain leur donne aujourd’hui raison. Que des visées expansionnistes sous des prétextes fallacieux ne vivons-nous pas à ce jour ! Avec particulièrement des sécessions et guerres qui ont déjà produit leurs effets au Soudan avec la partition en deux Etats distincts, au Nigéria avec la sécession du Biafra, en RDC avec la sécession katangaise et l’Etat autonome du Sud Kasaï, l’Affaire du Sahara Occidental qui est à la base du retrait de l’Union Africaine par le Royaume du Maroc, de la guerre de l’Ogaden entre l’Ethiopie et la Somalie, etc.

            Par ces temps qui courent et au regard des récents évènements sanglants qui ont sérieusement endeuillé la nation congolaise, la démarcation des frontières entre la RDC et le Rwanda constitue un  piège concocté par les dirigeants rwandais dont les visées expansionnistes sur le Congo ne sont plus à démontrer. En effet, le gouvernement de Kinshasa court le risque de se voir opposé les résultats de cette opération effectuée dans la précipitation et sous pression, étant donné que de nombreuses bornes frontalières sont portées disparues ou détruites à dessein pour le besoin de la cause.

            Pourquoi ne pas recourir aux cartes géographiques conservées au Musée de Tervuren en Belgique ou ailleurs pour procéder à cette démarcation ? Au regard de la méfiance entre la RDC et son voisin belliqueux de l’Est qui n’a pas encore bien digéré la défaite militaire lui infligée l’année dernière par les FARDC, il est prématuré pour le gouvernement de Kinshasa de se lancer dans une opération d’une portée sociopolitique indéniable et d’une forte dose émotionnelle, au moment où les populations n’ont pas encore séché les larmes ni pansé les plaies encore saignantes de ces guerres récurrentes depuis deux décennies. Pour éviter des contestations, un observateur attitré de la scène politique dans les Grands Lacs approché par Le Phare croit qu’il faudrait d’abord asseoir une paix durable et ensuite attendre le règlement pacifique de tous les contentieux entre les deux Etats devant une juridiction internationale pour enfin recourir à des expertises indépendantes.

F.M.         

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