De faux sourds-muets frappent à Gombe : des ordinateurs et des sacs à main emportés

Deux jeunes garçons, tous deux âgés de 17 ans, font actuellement l’objet de poursuites judiciaires pour vol simple. Pourtant, Botamba Longomo, habitant sur avenue Payi n° 19, quartier Tchad, commune de Mont Ngafula, et son ami Marcel Kabasu, demeurant sur avenue Masumu n° 48, même quartier, étaient connus comme des personnes vertueuses vivant avec handicap. Réputés sourds-muets, ils marchaient souvent en duo ou quelquefois en équipe de trois ou quatre, et ne s’exprimaient que par le langage gestuel. Chaque jour ouvrable, les deux garçons sillonnaient les sociétés privées et certains organismes publics. Mobile principal de la démarche : solliciter de l’aide en faveur de leur association sans but lucratif dénommée OSMO ( Organisation des sourds-muets orphelins). Pour créer la différence avec les autres structures poursuivant les mêmes objectifs,  ils exhibaient à qui voulaient les entendre, une note à en-tête de demande de l’assistance sociale volontaire pour la scolarité des sourds-muets orphelins et des enfants sourds-muets abandonnés. En annexe était attachée une fiche d’assistance volontaire sur laquelle les donateurs éventuels pourvoient inscrire leurs noms, apposer les sceaux de leurs entreprises et indiquer le montant de leur aide.

Depuis deux ans qu’ils fréquentent bon nombre de sociétés et certains services publics de l’Etat, ce sont des plaintes qui sont enregistrées. En effet, après leur passage, l’on déplore souvent la disparition des sacs à main des dames, des équipements de bureau.  Le 17 juillet 2013, dame chance ne leur avait pas souri. Probablement qu’elle en avait marre de leur comportement  ambivalent.

 Voici comment

Entre 12 H 30’ et 14 H, c’est l’heure de la pause à la société de gardiennage Star Security Services sprl, dont le siège est situé sur avenue colonel Lukusa, dans la commune de Gombe. Si certains agents se restaurent avec quelques bananes et des arachides, d’autres se rafraîchissent avec quelques boissons gazeuses. C’est le temps où certains bureaux sont  désertés momentanément. La faim et la soif, ainsi que la fatigue se s’emparent des travailleurs qui relâchent la vigilance. Botamba et son ami Kabasu  se présentent avec leurs notes et les exhibent à la secrétaire. Pendant qu’elle cherche un responsable pour lui soumettre  la demande de l’Organisation des sourds-muets orphelins, la voie est libre. Botamba constate que le bureau du directeur général est ouvert. Il se glisse lentement dans le couloir et pénètre dans ce bureau. Kabasu surveille les mouvements des agents qui reprennent un à un leurs postes de travail. Dès que Botamba sort du bureau du DG, les caméras de surveillance ont filmé ses faits et gestes. Interceptés au moment de quitter Star Security Services, ils sont soumis à une fouille systématique. Dans le sac de Botamba, on a trouvé deux ordinateurs de marques Acer et Dell appartenant au directeur général. Plus de doute. Désormais, les soupçons formulés jadis contre certains agents, trouvent leur réponse. Les deux délinquants sont arrêtés par le Bataillon de la police criminelle avec comme pièces à conviction, les deux ordinateurs portables de  Star Security Services, ainsi que des photos prises par la vidéosurveillance.

L’OPJ, un fin limier, laisse les deux lascars dans son bureau en attendant de les soumettre à un interrogatoire serré. Comme mu par une force surnaturelle, Botamba va solliciter l’aide d’un des policiers. S’exprimant dans un lingala impeccable, le sourd-muet lui demande d’aller ses parents sur avenue Payi n°19 à Mont Ngafula. «Mais toi, où habitent tes parents», demande le policier. Kabasu lui donnera l’adresse du toit paternel. A son retour, l’enquêteur demande aux policiers de son équipe de lui trouver un interprète du langage des signes. Peine perdue, car les sourds-muets se sont mis à parler correctement, répondant à toutes les questions. La supercherie est découverte. Les documents en leur possession étaient des faux. Eux-mêmes se sont révélés de faux sourds-muets.

Comme s’il n’était pas encore au bout de sa surprise, l’OPJ sera saisi de trois autres plaintes contre ces voleurs. Le 3 juillet 2013, comme elle a eu à le dire, Hélène Mbingu, secrétaire de direction à FEC, se rappelle du passage de ces deux voleurs. Distraite par l’un, l’autre en profitera pour soustraire son sac à main rouge contenant 300 dollars.  Le 26 août, le duo frappe au FPM sur avenue Tombalbaye, dans la commune de la Gombe.  Eulalie Muyansi Angou, chargée du protocole, est embarquée par le langage gestuel de Botamba, Kabasu constate qu’il traînait quelque part le sac à main de la dame. Il a disparu pendant que Muyansi répondait à un appel téléphonique prolongé. Elle avait perdu son sac contenant 200 dollars, un passeport et une carte d’électeur.

Pour toutes ces accusations, Botamba et Kabasu sont passés aux aveux, reconnaissant avoir simulé être des sourds-muets pour mieux susciter la compassion de leurs  bienfaiteurs occasionnels qu’ils réussissent à dépouiller de leurs biens. C’est ce modus operandi qu’utilisent actuellement des bandes d’escrocs qui passent tantôt pour des blessés de guerre, tantôt pour des organisations d’aide aux enfants abandonnés, des orphelins.

Moralité : cette affaire invite les bienfaiteurs et les hommes de bonne volonté à plus de vigilance.              J.R.T. 

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