De 1960 à 2010, quels pas pour un géant comme la RD Congo ?

Les opinions divergent sensiblement sur l’événement.Bon nombre de nos compatriotes ne se retrouvent pas dans la célébration de ces cinquante ans de souveraineté nationale. lls sont pour une commémoration patriotique. Pour les uns, c’est le temps qui compte, la longévité. Pour les autres, c’est la moisson. C’est-à-dire qu’avec les quatre éléments dits du mythe cosmogonique de l’existence soit l’air, l’eau, le feu, et la terre, qu’ont produit les congolais, cinquante ans durant ? Quoi ? Et combien ?

Nous avons estimé que ce questionnement valait la peine d’une révisitation méditative de l’histoire de notre pays plus que la programmation des soirées et autres gesticulations à coût de millions de dollars. Car, il nous faut bien une raison fondée et suffisante à célèbre et à fêter….

L’histoire de la RDC commence très mal : révocation des instituons et des animateurs démocratiquement élus dès le 14 septembre 1960: soit deux mois et demi seulement après I’indépendance, le Colonel Mobutu neutralise Kasa-Vubu et le Gouvernement Lumumba ; assassinat au sommet de l’Etat : le 17 janvier 1961 du 1er Ministre Lumumba. Sécessions (Sud Kasaï et Katanga) ; Rébellions (Muléliste au Kwilu et Kabiliste au Kivu) ; partition du pays en deux Etats (République Populaire du Congo, basée à Kisangani, dirigée par Antoine Gizenga, et République Démocratique du Congo, basée à Kinshasa sous Kasa-Vubu).
En 1965, annulation injustifiée des élections remportées par le ConaKat Moïse Tshombé, et putsch du même Colonel Mobutu, mettant fin à Démocratie Congolaise naissante.

Les Gouvernements constitués par les putschistes seront caractérisés par une tendance technocratique, donc composés de Ministres choisis théoriquement plutôt en fonction de leur formation que de leur appartenance à la classe politique. A partir de 1966, en effet, les jeunes intellectuels dont Mobutu s’entoure et s’assure la collaboration sont, ‘dans l’ensemble, sensibles à une idéologie nationaliste et anti-impérialiste. Beaucoup d’entr’eux partagent le sentiment de répulsion très répandu dans le pays à l’égard de politiciens qui, si vite, ont hypothéqué I’indépendance. C’est de cette trahison et de cette déception que se nourrit le mythe dont s’enrobe le souvenir du combat et du martyr de Lumumba.

Le putschiste et liquidateur de Lumumba cherchera à I’exploiter à son profit avant que l’on assiste à un processus de concentration et de personnalisation du pouvoir par Mobutu, avec les techniques de manifestations de masse et de culte de la personnalité empruntées aux systèmes communistes asiatiques… A ce moment, ce n’est plus la technocratie qui pèse dans la sélection des cadres de l’Etat, mais le dévouement total à la personne de Mobutu. Tant et si bien que le progrès social de la Nation est jeté aux oubliettes, alors que son Manifeste de la N’sele a pour doctrine « La Révolution par le Progrès ». La référence réelle du système de pouvoir mobutien est le modèle colonial… Le colonisateur a en effet développé une forme très hiérarchisée et très autoritaire de I’exercice du pouvoir dont le Congo indépendant s’inspire. Les principes de la discipline rigoureuse qui régit les régimes qui se réclament de Marx seront tout simplement récupérés par opportunisme. Puis l’on fera un virage vers une rhétorique de l’authenticité que le régime arbore dans la décennie qui va suivre, ne servant qu’à transfigurer ou à masquer des pratiques cyniques et brutales du régime.

Dans cet ordre s’inscrit aussi le conflit Régime Mobutu – Eglise Catholique. C’était la volonté du régime de mettre au pas la seule institution pouvant le contrecarrer dans ses ambitions de totalitarisation. ll faut bien observer qu’il s’agissait là d’une confrontation entre deux systèmes de socialisation à prétention hégémonique. La définition et le contrôle de I’espace d’intégration étaient en jeu. Au chapitre de la gouvernance, quand il s’empare du pouvoir, les moyens qui font défaut aujourd’hui sont disponibles et accessibles au Régime de Mobutu : malgré sécessions et rebellions, l’Appareil Administratif de la RDC respire encore ;la Coopération lnternationale est favorable à la RDC. Au chapitre économique, le taux de change est de 2 $US pour un Franc Congolais ; un stock monétaire de 14 milliards de dollars us est palpable à la Banque Centrale, ainsi qu’une créance auprès du Secteur privé de 12,7 milliards de dollars us ;le tissu industriel tient ; le Budget de la République est de 6 milliards de dollars us en 1966. alors même que le pays ne compte encore que 13 millions d’habitants.

Par ailleurs, le facteur de production le plus déterminant, I’homme, n’a pas fait défection : le tissu social congolais a résisté et survécu à toutes les guerres tribales allumées de toutes parts. La population congolaise travaille, car les 40% du Budget de 1966 sont financés par le secteur agricole ; chaque province produit au moins un produit fini’: textile, boissons, sucre, savons, chaussures, tôles, ciment, … ; l’infrastructure routière tient et soutien l’agriculture; l’équilibre extérieur n’est pas une fiction car la RDC exporte; enfin, le PIB est à 410$ US, contre moins de 70$ US aujourd’hui,..
Une vraie politique économique, si elle existe, est supposée assurer la solidarité, la justice sociale, et I’amélioration des niveaux de vie de la population.
Mais, en République Démocratique du Congo, les masses laborieuses n’ont droit qu’à des symboles et à des paraboles : démonétisation sans objet en 1967 ; flou « Objectif 80 » ; diabolique zaïrianisation en 1973, Plan d’Ajustement Structurel tronqué/1g84 ; Démocratisation farfelue en 1990 ; … Sans parler des pillages au grand jour de 1991 et 1993.

La  llé République qui se voulait millénaire (comme le lllè Reich Nazi) a finalement subi la loi de I’histoire : comme tout ce qui commence, elle va rendre son dernier souffle le l7 mai 1997. L’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo/AFDL accède au pouvoir d’Etat avec l’appui total du peuple et réussit un réveil jamais observé des masses laborieuses sur toute l’étendue de la République Démocratique du Congo. En quelques semaines le peuple congolais transcende toutes les blessures et dépressions subies pendant 32 ans, et regarde l’avenir avec pleine confiance, et se remet effectivement au travail.
Dans le secteur des Finances Publiques par exemple, les Caisses de l’Etat laissées vides par les mubotistes sont si instantanément renflouées par les recettes locales qu’aucune dette, ni externe, ni interne n’est contractée. Laurent-Désiré Kabila est proclamé par Jeune Afrique l’homme de I’année 1997.

Au plan économique, Mzee introduit l’Economie Sociale de marché. Un modèle économique basé sur le stock option, c.à.d. où les travailleurs peuvent acheter des parts du capital social de leur entreprise, et où les capitaux financiers cèdent le pas devant le capital humain. C’est ici l’occasion de reconnaître que Mobutu n’était pas seul dans l’oeuvre de destruction du Congo. Les membres survivants de « la coalition intrnationale contre le Congo – Kinshasa » voyant mal cette prise de conscience nationale et nationaliste, se décident de revenir à la charge : le Président Bill Clinton ne se voile pas la face dans ses menaces contre Mzee Laurent Désiré Kabila. Et comme par enchantement, le Gouvernement rwandais qui peine à s’organiser au plan régional et à se stabiliser au plan interne trouve du coup des centaines de millions de dollars avec lesquels agresser la géante RDC, recrutant au passage Ougandais et Burundais ! Devant cette coalition qui a réussi à recruter même dans son voisinage immédiat, la RDC a maille à faire passer la vérité : l’Agression du Congo par ses voisins de I’Est. La coalition crée des brouillards épais dans les opinions en y opposant la thèse d’une guerre civile entre Congolais (sic). Sur le terrain, l’Effort de Guerre est parvenu à arrêter la Machine de la Reconstruction de la RDC. Tous les indicateurs socio-économiques reviennent au rouge.

La guerre d’agression que la coalition internationale contre la RDC inflige à notre pays soulève par ailleurs le spectre d’une confrontation régionale entre les armées les plus puissantes d’Afrique Centrale (Rwanda, Ouganda), d’une part, et, d’autre part, les armées les plus puissantes d’Afrique Australe (Angola, Zimbabwe, Namibie) avec le risque de voir le 3ème pays le plus étendu d’Afrique se désintégrer en une poignée d’émirats, tout en déstabilisant tous les pays voisins. Jusqu’à l’inédit dans l’Histoire de Congo-Kinshasa: le 16 janvier 2001, en effet, l’agression, même si elle n’a pas pu prendre le pouvoir, réussit néamoins à décapiter les forces qui avaient chassé le représentant de ses intérets séculaires en Afrique centrale , Mobutu : le Président Laurent Désiré Kabila est lâchement abattu. Deux mauvais souvenirs à charge de Mzee : d’abord, l’interdiction des partis politiques à son arrivée, et ce, jusqu’à sa fin. Ensuite, Mzee laisse faire un ordre social féodal révolu, fondé sur une échelle de proximité régionale (Est congolaise) et ou d’origine tribale ( lubakat).

2003: le peuple congolais par partis politiques, mouvements insurrectionnels et Société Civile revient d’une longue négociation en Afrique du Sud. Ces négociations donneront lieu à la mise en place des institutions de la transition devant mener aux élections tant promises, mais toujours reportées. Avec, en clé de voûte, un certain « 1+4 ».
Au plan économique, rien à signaler, pendant la transition. Et les investisseurs et les unités de production, et les bailleurs sont dans l’expectative des élections. Enfin en 2006, la RDC, pour la 1ère fois de son histoire aura droit à des élections générales sous le mode un homme une voix. Quelques grosses machines politiques ratissent le terrain : principalement, le MLC, le PPRD, et le PALU. Mais, l’UDPS campe dans son traditionnel isolationnisme boudeur …

Les élections se tiennent effectivement. Un seul fait polarise toute l’attention : c’est la dérive verbale, source des tensions socio politiques qui iront jusqu’au pire : les milices du MLC en viennent aux tirs avec l’Armée. A la suite de ces affrontements, consécutifs entre autre à la défaite électorale du MLC, le paysage politique se détériore : le leader du MLC fuit le pays, avant d’être arrêté (pour des faits commis en dehors de la RDC). En ce moment, la coalition PPRD, PALU, UDEMO nommée Union pour la Majorité Présidentielle/UMP occupe tout le terrain et l’échiquier politiques. Le résultat prioritaire qu’il y a retenir des Elections est la Naissance de la troisième République, avec une Constitution approuvée par référendum.

Au plan économique, la RDC doit faire face à la crise renforcée par I’Agression. L’appui financier et technique viendra d’abord de l’Union européenne, puis de la Chine,avec laquelle la RDC signe un grand contrat pour la réhabilitation et la construction des infrastructures. Et ce, malgré les 14 milliards de dollars engloutis par le Zaïre de Mobutu, et que la RDC avait refusé de reconnaître sous Mzee. Ce qui fait craindre à certains les risques de massification de la dette publique extérieure. Car c’est sur un montant de 9.000.000.000 $us que les accords sont signés entre la RDC et la Chine. La RDC doit rembourser au moyen des richesses de son sous-sol, directement exploité par les chinois.
Mais,curieuse coïncidence tout de même que la parfaite équivalence entre, d’une part le stock monétaire trouvé par les putschistes en 1965, et,d’autre part, le poids de la dette extérieure du pays à leur départ : pas plus, ni moins, 14 milliards de dollars us.

A cause de cette somme d’argent emportée par la Cour de Mobutu, notre pays se retrouve aujourd’hui enchaîné par la Banque Mondiale. Cette Banque Mondiale encadre ses crédits, mais qui n’avait pu empêcher l’évasion d’une telle manne dans une Zone monétaire contrôlée par elle, car dollarisée !!
Au moment où nous couchons ces lignes, et dans l’effort de remboursement des dettes appelé lnitiative PPTE (pays pauvre très endetté), la RDC est en train de boucler son DSCRP (Document Stratégique de Croissance et de Réduction de la Pauvreté). Mais, force est de constater ou de rappeler que le DSCRP de la RDC n’a pas rempli les conditions convenues avec les lnstitutions de Bretton Woods.

Après avoir franchi le «point de décision» de son DSCRP,, qui n’avait pas reçu de contestations, la RDC devait montrer des signes de croissance, avant de parvenir au point d’achèvement dont on parle déjà aujourd’hui. On parle même de DSCRP llè génération, alors que le DSCRP 1 est resté en queue de poisson.
La RDC devait honorer le Pacte de Performance signé avec ses créanciers internationaux, soit financer les DSCRP des Provinces du pays, les mettre en harmonie, et enfin les valider, pour espérer atteindre son point d’achèvement. ll y a donc toutes les chances qu’après avoir été proclamé dans ces conditions, le point d’achèvement de la RDC ne lui permette pas de sortir des chaînes du remboursement interminable, ainsi que de la pauvreté, des maladies, du chômage, de I’analphabétisme…. Le non respect de la procédure que nous venons d’épingler n’est pas à négliger. La RDC a toutes les probabilités de demeurer parmi les moutons noirs du troupeau, à la date butoir de 2015. Et pourtant, depuis son adhésion aux OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement) en 2002, l’Aide multi et bilatérale coule à flots en RDC ; les guerres sont finies, ou presque ; des élections libres, démocratiques et transparentes ont eu lieu, et les lnstitutions issues de ces élections sont en place depuis quatre ans… Qu’est-ce qui manque à la RDC pour se libérer, et décoller ?

Aujourd’hui, l’Etat congolais n’arrive même pas aux 50% du Budget de 1966, avec ses 2 milliards de dollars essentiellement constitués de la charité internationale, pour une population cinq fois supérieure à celle de 1966.On parle de 66 millions d’habitants.
Comme nous n’avions pas manqué de le dire dans notre publication du 24 mars dernier, le facteur non seulement déterminant, mais primordial du progrès d’une communauté, d’une organisation, ou d’un Etat, … c’est l’humain. Pas l’homme. Pas l’homme animal »… Le Congolais doit impérativement transcender les besoins primaires, et évoluer vers les besoins supérieurs de dignité, d’honnêteté, de loyauté. Concrètement, faisons le bien que nous observons chez le voisin, soit la Chine, l’lnde, ou le Brésil, …

Depuis les Entités Administratives Décentralisées (EAD) de fond ; les services déconcentrés ; jusqu’au Gouvernement Central, cessons d’être allergiques au Suivi, au contrôle, et à l’Evaluation dans tous les secteurs de la vie nationale. Car, c’est cette lacune organisationnelle et fonctionnelle qui est à la base de cette catastrophe-gouffre dans laquelle nous sommes étranglés et qui ne fait que changer de nom depuis des lustres . pays sous-développés;pays en développement ;pays ACP (afrique-caraïbe-pacifique) ; pays pauvres très endettés….

Faisons de la Planification, Suivi, Evaluation, notre Vade Mecum, individuellement et collectivement. Nous connaîtrons moins d’injustices sociales, moins d’égoïsme, moins de corruption, moins de crimes. Economiques notamment. En somme, moins de dépendance, et moins d’arriération, comme c’est le cas.. .. depuis cinquante ans.

Zacharie Kombe M. Pero
Analyste Socio-Economique

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