Dame la pluie fait des dégâts et cause des morts

DE72FD~1Après les vagues de fortes canicules qui avaient transformé Kinshasa, en un gigantesque four à ciel ouvert, la fraîcheur de la saison sèche avec son doux climat, avait ramené aux Kinois, des nuits apaisées et un sommeil prolongé, faisant oublier aux gestionnaires des infrastructures routières de la ville de Kinshasa, leurs tâches quotidiennes. On a signalé le curage des caniveaux et des égouts encore en bon état, et la construction de nouvelles infrastructures là où s’imposaient la nécessité et l’urgence. Plus de quatre mois sont passés sans que l’on aperçoive la ville de Kinshasa muée en un grand chantiers. L’on comprendra aisément que la sécheresse de la trésorerie et d’initiatives est passée par là  !

Au cours de la saison sèche, on s’attendait à assister d’une part, à la réhabilitation des routes et caniveaux sur la voie publique, et d’autre part, voir les services de la Division urbaine des Infrastructures, Travaux publics, et Reconstruction sillonner les avenues de certains vieux quartiers non urbanisés, et même de nouveaux, visiter des parcelles, contrôler l’état des murs, des maisons et des poteaux électriques, et recommander la réfection de certaines bâtisses en état de délabrement avancé. On s’est plus concentré sur la réfection de l’avenue By Pass et le boulevard Lumumba, pour l’essentiel.

Aujourd’hui, les pluies ont fait leur grand retour, rappelant aux uns et aux autres, quelles devraient être leurs préoccupations majeures durant la saison sèche. Et ce retour s’annonce avec non seulement des dégâts, mais aussi des morts.

Sous la pluie diluvienne de samedi 26 au dimanche 27 octobre 2013, à la Prison centrale de Makala, les toitures en état de délabrement de certains pavillons se sont transformées en douche, parce que suintant intensément. 1.500 pensionnaires étaient contraints de se baigner, bien malgré eux. Ils seront obligés de passer toute la nuit à la belle étoile, ne pouvant fermer l’œil, faute d’abris pouvant les accueillir.

            Tel est aussi le cas du quartier Binza Ozone où les mêmes pluies ont causé l’écroulement d’un mur de parcelle. Et ce mur est tombé sur une chambre à coucher où dormaient une jeune femme et son enfant. Les deux personnes sont mortes sur le champ. Dans d’autres quartiers de la ville, ce sont les mêmes images de désolation. Des toitures emportées, des murs qui s’écroulent et des bâtiments mal construits ou en état de décrépitude qui s’effondrent. Avec comme autres bilans, des morts, de nombreux blessés et des familles entières contraites de passer la nuit à la belle étoile. Il suffit de visiter le quartier droit bordant le monument du héros national Patrice Emery Lumumba, sur le boulevard du même nom, pour s’en rendre compte. Dans un lac improvisé, de nombreuses parcelles envahies par des eaux de pluies non canalisées, ont emprisonné les habitants, une journée entière dans leurs maisons. Les rues fleuves ont empêché toute circulation des piétons, surtout avec la menace permanent des câbles souterrains de la Snel. Dans ce quartier investi par des constructions anarchiques érigées sur un terrain marécageux, les risques majeurs d’écroulement des murs et des maisons sont là. Pire, le Boulevard Lumumba, l’avenue By Pass et tant d’autres, connaissent une lenteur maladive des travaux. Les ouvrages d’agrandissement de la voie, de construction des caniveaux et de revêtement de la chaussée, sont effectués à pas de tortue. Là aussi, le prétexte est vite trouvé. C’est au fur et à mesure que les moyens sont donnés que les sociétés chargées de réaliser ces travaux d’infrastructures, exécutent leurs tâches. Mais à ce rythme, quand finira t-on ces travaux, alors que les pluies ont fait leur retour avec pompe et dégâts ?

Avec l’explosion démographique alimentée par un fort taux de natalité dans les rangs des adolescents et des délinquants, et par l’exode rural qui a vidé l’arrière-pays de sa jeunesse, Kinshasa méritait à notre avis, un regard plus critique sur la gestion de ses infrastructures. De cette vision de reconstruction, l’on devait dégager des plans de réhabilitation à court, moyen et long termes, au lieu de s’atteler à quelques travaux de réfection juste pour boucher les nids de poule, remblayer les cratères et réparer les fissures, quand il y a de grands dégâts avec pertes en vies humaines. Et les pluies diluviennes qui n’en sont qu’à leur début, n’ont pas encore dit leur dernier mot en ce mois d’octobre finissant et pour les mois à venir !

                                                                                                           J.R.T. 

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