CSAC : parti politique ou organe technique ?

Le temps commence à devenir long pour les professionnels des médias comme pour ceux de la politique, fort impatients de voir le CSAC (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication) prendre ses quartiers dans le secteur de la régulation des médias en République Démocratique du Congo. Le besoin d’avoir une structure d’arbitrage de la campagne électorale au niveau des stations de radio et de télévision d’Etat est d’autant pressant qu’en cette période de pré-campagne, un embargo de fait frappe les activités des partis politiques et leaders de l’opposition.

Plus les jours et les semaines passent, et davantage se précise le décor de la caporalisation des médias d’Etat par une seule famille politique, celle actuellement au pouvoir. Tous les regards sont braqués sur la présidence de la République, où se fait attendre la publication de l’Ordonnance présidentielle portant composition des membres de cette institution d’appui à la démocratie. Apparemment, rien ne devrait plus s’opposer à une telle formalité, dès lors que toutes les institutions et structures habilitées à y désigner leurs délégués  en son sein ont déjà fait leur travail.

Une certaine opinion a voulu faire accréditer la thèse d’une prétendue impasse au niveau de la désignation des deux derniers représentants des organisations professionnelles des médias. Mais, il a été démontré à tous que Chantal Kanyimbo ( représentante du Katanga) et Martin Mukanya (représentant des deux Kasaï), ont été désignée l’une par consensus et l’autre par un vote en bonne et due forme.

Alors que l’on croyait que les choses étaient rentrées dans l’ordre et que la sortie de l’Ordonnance présidentielle était imminente, l’on apprend, à partir des nouvelles en circulation dans les salons huppés de la « Haute ville », que de nouvelles peaux de banane seraient placées sur le chemin du CSAC. Il semble que les services spéciaux auraient reçu mission de confectionner des fiches individuelles des candidats, de manière à s’assurer de leurs origines, de la véracité de leur curriculum vitae, mais surtout, de leur « neutralité politique ».

 

On laisse entendre que certains délégués, pourtant investis du quitus de leurs « parrains » (Président de la République, Premier ministre, Président du Sénat, Président de l’Assemblée nationale) ou de leurs pairs (Médias) seraient soupçonnés d’être affiliés à des partis politiques bien connus de la place de Kinshasa. Et, on voudrait se saisir de cette présumée appartenance politique pour les élaguer de la composition du CSAC, sans avoir au préalable consulté leurs « mandants ».
Les observateurs s’étonnent de l’exhumation subite du critère « politique » avant l’agrément par la Présidence de la République, de la composition du CSAC. L’on se demande, à ce propos, si le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication est devenu un parti politique ou demeure un organe technique. S’il s’agit d’un parti politique, l’on comprendrait que l’on ferme ses portes aux éléments douteux.

Jusqu’à preuve du contraire, il est un organe technique. En parcourant la composition actuelle de ses membres, l’on ne trouve pas de politicien ou de militant d’un parti politique notoirement connu. C’est du reste en raison de leur neutralité, à la fois vis-à-vis de la classe politique et de leurs corps de métiers, que les membres du CSAC ont été choisis. Par ailleurs, tous les membres du CSAC sont réputés futurs électeurs. En tant que tels, ils auront le droit de voter pour tel ou tel candidat au niveau des urnes. Bref, on a affaire à des compatriotes qui peuvent avoir de la sympathie pour des partis ou hommes politiques. Ce que l’on devrait exiger d’eux, c’est que leurs convictions politiques ou idéologiques n’interfèrent pas dans leur travail de régulation des médias, surtout en période électorale.

Chercher à écarter un délégué du CSAC, sans réunir les preuves formelles de son appartenance politique serait fort injuste. On ose croire que ceux qui bloquent le décollage de cette institution d’appui à la démocratie vont avoir le courage de renoncer à leur vilain jeu pour la laisser se mettre au travail et rattraper le temps déjà perdu.                                       

Kimp

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