CSAC : mauvais départ !

Après plusieurs semaines de flottement dû à des raisons inexpliquées mais que l’on a pu saisir comme une volonté délibérée de politiser le choix des membres du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC), les identités des 15 membres de cette structure ont enfin été divulguées le dernier week-end. Ainsi que les professionnels des médias le redoutaient, la loi relative aux modalités de désignation des membres du CSAC est volontairement violée au niveau de la Présidence de la République.

En effet, deux des quinze membres, choisis souverainement l’un par le président du Bureau du Sénat, à savoir Jean-Chrétien Ekambo, et l’autre par les organisations professionnelles des médias chargées de l’autorégulation, de la défense de la liberté de presse et des droits sociaux des journalistes, en l’occurrence Martin Mukanya, ont été rayés des tablettes du CSAC par la volonté de ceux que l’on épingle déjà comme des ennemis de la presse dans l’entourage du Chef de l’Etat.

Les membres de la corporation se demandent pourquoi le législateur leur a accordé le droit d’agir comme un centre de décision dans le choix de leurs représentants au CSAC s’il était décidé, de longue date, que la procédure allait être soumise une décision d’autorité de la présidence de la République. De quel texte ont été tirés le diktat et le droit de veto qui viennent de tomber sur la famille communicationnelle comme une douche froide ?
On constate qu’en dépit des efforts fournis par la profession journalistique pour faire comprendre aux services de la Présidence de la République que les règles du jeu, telles que consignées dans la Loi portant création, organisation et fonctionnement du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication, la décision d’écarter Ekambo et Mukanya était arrêtée de longue date.

Ce qu’il faut craindre désormais est que le CSAC, qui est appelé à fonctionner comme institution de régulation des médias, ne se transforme, comme la HAM (Haute Autorité des Médias) en son temps, comme un instrument de caporalisation des journalistes et de répression contre les entreprises de presse. Il s’agit d’un mauvais départ pour une structure fortement désirée et attendue tant au sein de la corporation que dans les milieux des partenaires extérieurs.
Avec le coup fourré donné par la Présidence de la République aux organisations professionnelles des médias, le CSAC va démarrer ses actions dans un climat de suspicion et de méfiance. Il sera difficile, dans les conditions actuelles de leur désignation, aux membres bénéficiaires de la complaisance de l’entourage du Chef d’Etat, d’agir en toute indépendance d’esprit,  dans le sens des textes organiques de leur institution et des passerelles prévues par le législateur entre structures de régulation et d’autorégulation des médias.

Un CSAC placé sous l’emprise des politiques acceptera-t-il que les « tribunaux des pairs » puissent connaître des délits présumés de presse, que les journalistes congolais travaillent selon l’esprit et la lettre de leur « bible » qu’est le Code d’éthique et de déontologie, qu’ils exercent leur métier en toute liberté en raison du droit du public d’être pleinement informés?
Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication aura-t-il suffisamment d’autorité pour s’opposer aux sautes d’humeur des décideurs politiques souvent prompts à faire taire les médias et les professionnels des médias sans avoir établi formellement leur culpabilité au regard du contenu de l’information incriminée ? Les questions restent posées.

Kimp

 

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